CHAPITRE VII
du roi et d’Anne de Bretagne, Madame Claude, avec la Bourgogne et la Bretagne en dot. On ne pouvait signer de traité plus désastreux. Mais la France réclama, et Louis XII saisit la première occasion de faire droit à ses vœux. En 1505, Ferdinand le Catholique, irrité contre son gendre, songea k le déshériter en contractant un second mariage. Il épousa (germaine de Foix, nièce de Louis XII; et ce prince, par un traité signé encore k Blois (octobre 1505), céda de nouveau ses droits sur Naples k sa nièce, ce qui était rompre une des principales conditions du mariage de Madame Claude. La Bretagne et la Bourgogne étaient encore engagées par les précédentes stipidations; Louis convoqua les états généraux k Tours, pour les rompre ouvertement (15 mai 1506). Ceux-ci déclarèrent l’inaliénabilité des deux provinces comme domaine delà couronne, et supplièrent le roi de marier sa fille Claude k son héritier présomptif, François, duc d’Angoulême. Louis XII n’eut pas de peine k accorder ce que lui-même désirait. Cette fois il avait peut-être trompé les trompeurs. Maximilien, qui avait toujours la même ambition et la même pénurie; Ferdinand, chargé par la mort de Philippe le Beau de la tutelle de son petit-fils, Charles d’Autiâche , ne réclamèrent point ; Louis XII put même, l’année suivante, et sans être inquiété, faire rentrer Gênes, qui s’était révoltée, dans le devoir. n Ores, marchands, criait Bayard, défendez-vous avec vos aulnes et laissez les piques et lances, lesquelles vous n’avez accoutumées. » Le fort de la Lanterne fut élevé pour les tenir en respect (1507).
La chute de Borgia, après la mort du pape Alexandre VI, avait eu pour les États pontificaux de désastreuses conséquences : l’anarchie reparut, et k sa suite les guerres civiles, les pillages et les massacres. « L’Italie, dit Machiavel, est aujourd’hui sans chef, sans institutions, sans lois. Vaincue, déchirée, conquise, elle n’étale aux regards de ses enfants que des ruines. Et pourtant, tout humiliée qu’elle est par les barbares, on la voit disposée k suivre une bannière commune, s’il se présente un homme qui prenne cette bannière et qui la déploie. »
Cet homme qu’appelait l’Italie fut le pape Jules II, éner-
gique vieillard qui voulait être le seigneur et le maître du jm du monde. Il souffrait de voir l’étranger dans la Péninsule, et se proposait d’en chasser ceux qu’il appelait les barbaresj Mais il voulait que, dans cette Italie délivrée, le saint-siège occupât le premier rang. Il fallait pour cela lui rendre les domaines qui lui avaient été enlevés, et que Venise retenait. Il commença par là. Mais cette politique, qui consistait à humilier les Vénitiens par les barbares, puis à chasser ceux-ci par d’autres, reposait sur une base bien fragile. Jules II put enlever l’Italie aux Français ; il la donna aux Espagnols. Ce n'était que changer de maîtres.
Venise avait profité de tous les désastres de l’Italie. Chacun de ses voisins croyait avoir à se plaindre d’elle. Louis XII regrettait Crémone, qu’il lui avait récemment cédée, et Crème, Brescia, Bergame, anciennement perdues par le duché de Milan. La cession de quelques villes sur la côte orientale du royaume de Naples avait payé trop chèrement, au gré de Ferdinand le Catholique, les secours en argent qu’il avait reçus de la république contre les Français.
Jules II réclamait Ravenne, Cervia, Faenza, Rimini, vieilles possessions du saint-siège; Maximilien revendiqua Vérone, Vicence, Padoue, au nom de l’empire, et le Frioul, Trieste, au nom de la maison d’Autriche. Toutes ces jalousies, toutes ces cupidités se coalisèrent à Cambrai contre la république (10 décembre 1508). Quelques mois après, le pape lança l’mterdit contre Venise, ses magistrats, ses citoyens et ses défenseurs.
Louis XII, le premier prêt, passa l’Adda(8 mai), à la tête de plus de 20 000 fantassins et de 2300 lances, et atteignit l’Alviano, condottière au service de Venise, sur la digue d’Agnadeljle 14 mai 1509. Les Vénitiens tinrent ferme d’abord; mais Bayard et quelques chevaliers déterminés se jetèrent dans les marais et arrivèrent sur le flanc de l’ennemi. Cette attaque déterminala déroute des Vénitiens. Huit à dix mille hommes restèrent sur le champ de bataille, avec toute l’artillerie et les bagages. Cette victoire menait les Français jusqu’aux lagunes. La république se sauva par un trait de sagesse. Elle retira ses troupes de toutes les villes, et délia ses sujets du serment