‹ Histoire des temps modernesChapitre 53 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de fidélité. Ceux-ci tinrent à honneur de rester fidèles à ceux qui ne leur commandaient pas le dévouement. Repliée sur elle-même et inexpugnable au milieu de la mer, Venise attendit que la discorde éclatât parmi les alliés : cela ne tarda guère.

Le pape Jules II aurait atteint son premier but, puisqu’il avait repris les villes de la Romagne ; il songea au second, l’expulsion des barbares de la Péninsule, et il voulut, sans scrupule pour sa dernière alliance, commencer par les Français, qu’il avait plus que tout autre contribué h appeler dans la Péninsule, au temps de Charles VIII. Le 2 février 1510 il accorda l’absolution à la république de Venise ; ensuite il eut peu de peine â détacher de la ligue de Cambrai Ferdinand, qui avait déjà recueilli tous les fruits qu’il en attendait; il ébranla la fidélité de Maximilien, et fit travailler les Suisses, dont Louis XII n’avait pas voulu augmenter les subsides, par le cardinal de Sion , Mathieu Schinner. Le duc de Ferrare, allié de la France, et la ville de Gènes furent aussitôt attaqués, mais sans succès. Cependant Louis XII hésitait à combattre le chef de la chrétienté. Le clergé de France, rassemblé à Tours, déclara que la guerre, n’étant pas faite au pape, mais au souverain des États romains, était légitime, et que les excommunications seraient considérées comme non avenues.

On combattit, en effet, sans ménagements, de part et d’autre. Chaumont, à la tête des troupes françaises, surprit résolûment l’armée pontificale devant Bologne, et « il ne s’en fallut pas de la durée d’un Pater nosler que le chevalier sans peur et sans reproche ne mit la main sur l’étole pontificale. » Attaqué comme un prince, Jules II se défendit en soldat ; il entra dans la Mirandole par la brèche (1511), et eût peut-être poussé plus loin ses succès, sans une révolte des Bolonais, qui brisèrent sa statue, œuvre de Michel-Ange. Obligé de reculer, il fut battu à Casalecchio, et rentra malade dans Rome. Louis XII crut le moment venu d’attaquer le pontife. Il convoqua un concile général à Pise pour examiner 'la conduite du pape et le faire déposer. C'était une faute, parce que cette mestire changeait la nature de la lutte. Au-dessus du prince temporel affaibli se trouva le prince spirituel tout-puissant ;

Jules II mit la ville de Pise en interdit, excommunia les cardinaux dissidents, rassembla un autre concile à Saint- Jean de Latran, et invoqua l’appui des puissances catholiques. Toutes y répondirent. Ferdinand d’Espagne, le roi d’Angleterre Henri YUI, IVIaximilien, la république de Venise, les Suisses, flattés du nom de défenseurs du saint-siège, formèrent un e sainte ligue (5 octobre 1511) dans le but avoué de préserver l’Église d’un schisme, en réabté pour renvoyer les Français au delà des Alpes.

L’Espagnol Raymond de Cardone vint rejoindre , avec 12000 hommes, les troupes pontificales. Les Vénitiens, grâce à celte diversion, reprirent peu à peu leurs places perdues 10000 Suisses, conduits par Mathieu Schinner, descendirent de leurs montagnes; la trahison travailla les troupes et les garnisons allemandes encore au service de Louis XII en Italie, tandis que les frontières mêmes de la France furent menacées au nord, à l’est et au sud. Un jeune et héroïque général conjura un moment tous les dangers. Gaston de Foix, duc de Nemours, âgé de vingt-deux ans, vint prendre le commandement de Tîjnuée d’Italie. Le fer et l’argent à la main, il refoule d’abord les Suisses dans leurs montagnes (décembre 1511), Bologne était pressée par les troupes de l’Espagne et du saint-siège ; il se jette dans la ville (7 février 1512) et la dégage. Les Allemands avaient livré Brescia aux Vénitiens ; il arrive à l’improviste sous ses murs, et l’emporte d’assaut (19 février); enfin, le 11 avril, il défait l’armée espagnole à Raveiine; mais « ce foudre de guerre » tombe et meurt au milieu de son triomphe. La Palisse, lui succéda sans le remplacer. L’armée française, mal conduite, recula devant Raymond de Cardone, laissa reprendre Bologne, et trouva derrière elle 20 000 Suisses qui 'venaient rétablir un fils de Ludovic le More, Maximilien Sforza, dans le duché de Milan. La Palisse ne les attendit pas, et se retira dans le Piémont, Sur ces entrefaites, Jules II mourut (21 février 1513). Ses derniers regards avaient vu fuir les Français. Son successeur, Léon X, continua ses desseins. Il resserra à Malines la sainte ligue, qu’abandonnèrent cependant les Vénitiens pour retourner à Louis XTT, et l’invasion du territoire français fut résolue.

Page 1