‹ Histoire des temps modernesChapitre 54 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Louis XII fit tête à l’orage. Menacé dans son royaume même, il n’abandonna pas l’Italie. En dépit de Ferdinand, qui, déjà maître de la Navarre espagnole, menaçait la Navarre française, et des Anglais, qui étaient débarqués à Calais, il envoya la Trémoille et Trivulce en Italie. Ils enfermèrent d’abord les Suisses avec Maximilien Sforza dans Novare; mais un grand secours pénétra de nuit dans la ville. Au matin, les Sbisses sortirent piques baissées, marchèrent droit à l’artillerie française, s’en emparèrent malgré les ravages qu’elle faisait dans leurs rangs, et, après une lutte acharnée, mirent l’armée de siège en déroute (5 juin). Au nord, une panique saisit, près de Guinegate, l’armée française opposée aux Anglais, que Maximilien était venu rejoindre. Bayard, se dévouant pour arrêter l’ennemi, fut fait prisonnier; le reste ne cojibattit que des éperons, qui donnèrent leur nom à la journée (16 août). Enfin 20 000 Suisses pénétrèrent jusqu’à Dijon, Ob'iis ne furent arrêtés par la Trémoille qu’avec beaucoup d’argent et plus de promesses (13 septembre). Le seul allié de la France, le roi d’Écosse, Jacques IV, partagea sa mauvaise fortune ; il fut vaincu et tué à Flowden par les Anglais (9 septembre).

La triple invasion que la France venait de subir força Louis XII à traiter. La convention de Dijon avait déjà débarrassé la France des Suisses. Louis désavoua le concile de Pise pour regagner le pape, et convint, avec l’empereur et le roi d’Aragon, delà trêve d’Orléans (mars 1514). Henri VHI refusa quelque temps de poserT^ armes ; le traité de Londres, qui lui laissa Toumay et lui assura une pension annuelle de 100 000 écus pendant dix ans, rétablit aussi la paix de ce côté. Elle fut scellée par le mariage de Louis XII avec Marie, sœur du roi d’Angleterre; mais il ne survécut guère à cette paix et à cette union : il mourut le 1" janvier 1515, à l’âge de cinquante-trois ans.

Ifonvelle conquête da milannlo par François I" (ISIS).

Au bout de ces vingt années de combats il ne restait donc, comme dit Gomines, mémoire des Français en Italie que par

les tombeaux qu’ils y avaient laissés. Le fougueux pontife qui avait pris pour devise : « Plus de Français en deçà des monts ! » était mort avec la pensée d’avoir réussi dans son œuvre. Mais les Espagnols dominaient à Naples, les Autrichiens dans le Frioul et le Vicentin, les Suisses dans le Milanais; enfin la France, surtout son nouveau roi, n’avait nulle envie d'accepter la situation inférieure que les derniers traités lui faisaient.

Pendant qu’à Jules II succédait Léon X, l’aimable et spirituel protecteur des lettres et des arts, François I" remplaçait en France le roi Louis XII. Jeune, ardent, avide de gloire, le nouveau prince rompit la trêve d’Orléans et entreprit de recouvrer le Milanais. Les Vénitiens, ses alliés, tenaient en échec les troupes austro-espagnoles de Ferdinand le Catholique et de l’empereur Maximilien ; il n’avait donc à combattre que les Suisses, seul appui du duc Maximilien Sforza. Tandis que, trompés par de fausses démonstrations, les Suisses couraient au mont Cenis et au mont Genèvre pour en garder les passages, l’armée française s’engageait dans le col de l’Argentière et les tournait. Il fallut jeter des ponts sur des abîmes, faire sauter des rochers pour ouvrir passage aux 72 pièces de canon que l’armée traînait après elle. Grâce à l’ingénieur Navarre et au courage des troupes, tous les obstacles furent surmontés. Le général des alliés, Prosper Golonna, surpris à table dans Villafranca, fut enlevé avec 700 cavaliers, et le roi entra dans le Milanais avec 35 000 combattants. Il prit position près du petit village de Marignan. Excités par le cardinal de Sion, Mathieu Schinner, les Suisses, au nombre de 30000, s’avancèrent le long de la chaussée de Marignan en une colonne serrée, et selon leur coutq|rae marchèrent droit à l’artillerie. Le roi se jeta au-devant avec sa noblesse et ses gens d’armes; maisj’espace manquait, ou. ne pouvait engager plus de 500 chevd^à la fois, et plus de trente charges successives ne purent ni rmnpre ni entamer l’ennemi. Le lendemain, à la pointe du jour, le combat recommença ; mais le duc de Bourbon avait mis la nuit à profit. Assaillis sur les flancs par la cavalerie, écrasés en tête par une artillerie formidable, les Suisses commençaient à hésiter, lorsque l’apparition sur leur derrière de l’avant-garde vénitienne les décida enfin à se re-

rrUPS UODEHXES. 6

Page 1