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CHAPITRE VIII

L’année suivante (1522,i, le fort de la guerre fut en Italie. Lautrec avait reçu des renforts, mais point d’argent; Louise de Savoie, jalouse de la comtesse de Ghateauhriant, sœur de Lautrec, favori du roi, avait contraint le surintendant Samblançay de lui livrer les sommes destinées aux Suisses. Ceuxci, n’étant point payés, se mutinèrent et demandèrent à Lautrec argent, congé ou bataille. Il les conduisit à l’attaque des formidables retranchements de la Bicoque, qu’il aurait pu faire tomber par la famine, et il fut complètement battu. Cette défaite entraîna la perte du Milanais, où un fils de Ludovic le More fut rétabli, et la défection de Venise, de Gênes (1522). La même année, Charles-Quint avait fait monter sur le trône pontifical son ancien précepteur, Adrien VI ; l’Italie était à sa discrétion.

François F' crut qu’il réparerait tout par sa présence et s’apprêta à passer les Alpes avec 25 000 hommes, quand le royaume même fut menacé dans son existence par la trahison du connétable de Bourbon. C’était le dernier des grands seigneurs féodaux, le prince le plus puissant du royaume, et le meilleur général de François I*^ Lhe injustice flagrante que le roi laissa commettre, par faiblesse pour sa mère, Louise de Savoie, le poussa au coupable projet de se venger du roi en trahissant la France. Une convention secrète avec Charles-Quint stipula le démembrement du royaume au profit de l’empereur, du roi d’Angleterre et du connétable : l’ancien royaume d’Arles devait être rétabli en faveur du dernier. François I" , averti, quoique vaguement, alla trouver le connétable à Moulins, espérant tirer de lui un aveu, un signe de repentir, au moins une parole d’affection et de dévouement : Bourbon resta impénétrable et froid, mais se crut découvert et s’enfuit. Au lieu d’amener à Charles-Quint une armée, il ne lui apporta que l’épée d’un proscrit. Henri VIII avait, l’année précédente, déclaré la guerre à la France, et une armée anglaise venait de descendre à Calais; les Espagnols attaquaient Bayonne , et 12 000 impériaux entraient en Champagne. François n’osa s’éloigner. Il envoya en Picardie, contre les Anglais, la Trémoille, qui les contint par d’habiles manœuvres, puis les repoussa, malgré l’infériorité d« '

ses forces. Lautrec arrêta les Espagnols, Guise les Allemands, Bonnivet fut chargé de recouvrer l’Italie (1523). Ce dernier choix était malheureux.

L’incapable Bonnivet, battu et blessé à Biagrasso, laissa le commandement à Bayard, qui fut atteint d’un coup mortel pendant (ju’il couvrait la retraite. Le connétable, en conti> nuant la poursuite, le trouva couché au pied d’un arbre et lui exprima sa douleur de le voir en cet état ; « Monsieur, ce n’est pas moi qu’il faut plaindre, répondit-il, car je meurs en homme de bien. Mais j’ai pitié de vous, qui servez contre votre prince, votre patrie et votre serment. » (lS^4.)

Après ce triste succès, Bourbon envahit la Provence; mais Charles-Quint , se défiant du traître , avait donné à Pescaire la direction suprême de l’expédition. Aucune des promesses du connétable ne se réalisa. Il comptait sur ses anciens vassaux : nul ne bougea. Il avait cru que les bourgeois de Marseille viendraient, la corde au cou, apporter les clefs de leur ville : ils firent une résistance vigoureuse. François 1“ arrivait à la tête d’une açmée formidable. Les impériaux, ruinés, reculèrent en désordre (août), ne s’arrêtant ni derrière les Alpes, ni sous les murs de Milan ; Pescaire ne put que jeter 6000 hommes dans Pavie, et se fortifia derrière l’Adda, pendant que Bourbon cherchait de toutes parts des renforts.

François les suivit; il prit Milan sans coup férir. Mais Pavie résistait : il en fit le siège ; toutefois il se crut assez fort pour détacher 10 000 hommes sur Naples. L’ennemi eut le temps de se remettre : Bourbon , animé par la haine , trouva des ressources qu’on ne soupçonnait pas. Il ramassa de l’argent par tous les moyens, passa en Allemagne, et au bout de quelques semaines ramena 12 000 lansquenets. Il rallia alors Pescaire et Lannoy, le vice-roi de Naples, et tous trois ^ revinrent sur Pavie, mettant François I" entre eux et la ville, où commandait un homme résolu, le vieux capitaine Antonio de Leyva. On conseillait à François P*’ de prendre une position plus forte; Bonnivet s’écria qu’un roi do France ne reculait jamais, et l’on accepta la bataille. L’ennemi, pour se former en ligne, était contraint de subir le feu terrible de nos redputes. Le grand maître de l’artillerie, Genouillac, « fai-

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