CHAPITRE VIII
sait coup sur coup des brèches dedans les bataillons ennemis, de sorte que vous) n’eussiez vu que bras et têtes voler. » Le roi-soldat rendit son artillerie inutile, en s’élançant au-devant d’elle sur les Espagnols avec les gens d’armes. Alors les Espagnols se reforment ; la garnison fait une sortie et tout est perdu : les Suisses lâchent pied , les lansquenets sont anéantis ; François I*’’ tue encore sept ennemis de sa main , mais est forcé de se rendre. Tous les gentilshommes qui avaient chargé avec lui étaeint morts ou pris (1525). » Pour vous faire savoir, écrivait-il le soir à sa mère dans une lettre assez longue, quelle est mon infortune, de toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur et la vie qui est sauve. » On en a fait le mot héroïque : « Tout est perdu fors l’honneur, » J-i^ (24 février 1525.)
L’Europe s’émut à la nouvelle de ce grand désastre et trembla pour elle-même, croyant la France prise avec son roi. L’Italie voyait trop que la victoire des Espagnols était sa ruine. Wolsey, ne comptant plus sur l’empereur, qui venait de faire arriver un nouveau pape. Clément VII, au trône pontifical, se vengea d’avoir été dupe, en conseillant à son roi d’abandonner l’alliance autrichienne. La régente de France, Louise de Savoie, exploita habilement ces craintes ou ces rancunes. Elle noua même des relations avec le sultan des Turcs, Soliman. Ces négociations n’eurent alors d’autre effet que d’obtenir dispense, pour les Français établis en Turquie, du tribut que payait tout chrétien qui voulait avoir le libre exercice de sa religion. Mais on en verra plus tard les suites importantes.
Cependant François I" ne trouvait pas à Madrid Charles- Quint aussi magnanime qu’il l’avait cru. L’empereur le faisait surveiller étroitement et refusa longtemps de le voir. Malade de chagrin, François eut un instant le dessein d’abdiquer en faveur de son fils, pour ne laisser entre les mains de son ennemi qu’un brave chevalier au lieu du roi de France. Cette bonne résolution ne dura point. Il consentit à signer un traité désastreux (1526), après avoir protesté secrètement contre une violence morale qui, selon lui , frappait de nullité tous les actes du captif. Il cédait à Charles , sous la
réserve de rhommage, la province de Bourgogne, renonçait à Naples, à Milan, à Gênes, à la suzeraineté sur la Flandre et l’Artois, réintégrait Bourbon dans ses biens, et promettait d’épouser la sœur de l’empereur , reine douairière de Portugal.
•ee«nde snerre (f Sttt-tltttfl). Traité de Cambrai.
Rendu à la liberté, François I" refusa d’exécuter le traité de Madrid : les députés de la Bourgogne déclarèrent, dans l’assemblée de Cognac, que le roi n’avait pas le droit d’aliéner une province du royaume dont il avait juré à son sacre de maintenir l’intégrité. L’empereur accusa François de manquer à sa parole; le roi lui répondit qu’il « en avait menti par la gorge, » et offrit de vider leur différend en champ clos. La guerre recommença. Les Italiens, horriblement foulés par les impériaux, s’y portaient avec enthousiasme. « Cette fois, disait Giberti, ministre du pape Clément VII, il ne s’agit pas d’une petite vengeance; cette guerre va décider de la délivrance ou de l’esclavage de l’Italie. » — «Si l’Italie, disait un autre, fait alliance avec François I", c’est pour son bien et non parce qu’elle aime les Français. » Henri VIH d’Angleterre avait pris le titre de protecteur de la ligue. Le pape, Venise, Florence, Milan, les Suisses en étaient membres.
Mais, comme toutes les coalitions, la ligue de l’indépendance italienne manqua de concert et d’énergie. Son général, le duc d’Urbin, laissa succomber Sforza dans Milan. Au lieu d’appuyer la flotte pontificale qui menaçait Gênes, il s’amusa à prendre Crémone. H dissimulait ses terreurs en se comparant à Fabius Cunctator. Pendant ces funestes retards, Bourbon avait reçu des renforts. Il lui vint d’Allemagne 10 000 à 15 000 lansquenets, luthériens fanatiques, commandés par Georges Frondsberg. Après avoir dévoré le Milanais, ils voulurent une autre proie, Florence ou Rome, Rome surtout, la sacrilège Babylone! Frondsberg portait au cou une chaîne d’or avec laquelle il jurait d’étrangler le pape. Il ne déplaisait pas à Cbarles-Quint que l’Italie reçût une leçon sévère; il laissa Bourbon sans argent et sans ordres. Alors ces bandes affamées.