CHAPITRE VIII
n’écoutant plus rien, tuant leurs officiers et menaçant le connétable lui-mcme, franchirent l’Apennin ; l’armée italienne se contenta de couvrir la Toscane. Bourbon marcha sur Rome, rêvant peut-être de grands desseins, un royaume d’Italie indépendant de l’Espagne comme de la France. Rome avait fermé ses portes. Il ordonna l’assaut et tomba un des premiers ; mais ses soldais le vengèrent cruellement. En moins d’une heure la ville fut prise (6 mai) ; le pillage dura neuf mois, et les brigands ne s’arrêtèrent que devant une peste affreuse qui les décima. Au temps des Goths et des Vandales, Rome n’avait rien souffert de plus affreux. Les couvents furent forcés, les autels dépouillés, les tombeaux profanés, la bihhothèque du Vatican saccagée, les chefs-d’œuvre de Michel-Ange et de Raphaël souillés, déchirés comme des monuments d’idolâtrie.
Il n’y eut qu’un cri dans toute la chrétienté contre ces nouveaux barbares. François lent, contre son habitude, à entrer en action, envoya enfin une puissante armée en Italie. Lautrec, qui la commandait, reconquit le Milanais et vint assiéger Naples par terre, tandis que Doria la bloquait par mer. C’en était fait de la puissance espagnole en Italie, sans une faute du roi. Peu sûr de Gênes, il voulut lui donner une rivale qu’il pût tenir aisément, en faisant de Savone un grand port. André Doria, Génois avant tout, fit des remontrances; et, comme elles ne furent pas écoutées, il passa du côté de l’empereur avec sa flotte. La mer redevenant libre, Naples fut ravitaillée; l’armée de Lautrec à son tour fut affamée, lui-même succomba à la peste; les débris de ses troupes capitulèrent dans Aversa (1528). Une autre armée française, que commandait le comte de Saint-Pol, fut détruite l’année suivante à Landriano, et la Péninsule perdue pour les Français. Elle est restée depuis ce jour sous le pouvoir ou l’influence de la maison d’Autriche, que la France a pourtant brisés deux fois, à Rivoli et à Solferino. Espérons bien, pour la paix du monde, que la dernière victoire sera irrévocable.
L’empereur vint lui-même recueillir les fruits des victoires de ses généraux et des fautes de son rival. Il se rendit à Bologne, y manda Clément VII, et dicta ses conditions. Venise
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RIVALITÉ DES MAISONS DE FRANCE ET D’AUTRICHE. 107 restitua ce qu’elle avait pris ; les ducs de Ferrare et de Milan se reconnurent vassaux de l’empire, ainsi que le marquis de Mantouè, qui fut créé duc ; la Savoie et le Montferrat renoncèrent à l’alliance française. Cela fait, Clément VII posa les deux couronnes de l’Italie et de 'l’empire sur le front de Gharles-Quint (1529). Florence seule protesta contre cet asservissement de l’Italie. Défendue un an entier par Michel- Ange, elle dut enfin ouvrir ses portes aux Impériaux; ils y rétablirent les Médicis qui y roueront pour le compte de l’Espagne. /
Il semblait que Charles-Quint allait maintenant entamer la France. Mais il avait besoin de la paix avec François I*''; car une guerrre de religion était sur le point d’éclater en Allemagne; Soliman poussait ses redoutables janissaires jusque sous les murs de Vienne, et Henri VIII menaçait de ronapre l’alliance autrichienne. Le traité de Cambrai, moins dur que celui de Madrid, puisque l’empereur renonçait à la Bourgogne, fut aussi humiliant, puisque le roi de France livrait ses iliés d’Italie, abandonnait ses prétentions sur Naples, reconnaissait Sforza comme duc de Milan, et cédait Tournay, Hesdin, avec la suzeraineté de laFlandre et de l’Artois (1529).