CHAPITRE IX
tante de l’empereur. En 1529 il fit consulter à ce sujet les universités françaises ; elles se gardèrent bien de donner un avis contraire, et pendant quelques années Henri se rapprocha de la France ; mais il s’en éloignait déjà quand la guerre éclata de nouveau.
Il n’en fut pas ainsi de l’alliance ottomane. Les Turcs avaient pour sultan le célèbre Soliman II. Aussi belliqueux que son père Sélim, mais ami des arts, protecteur des lettres, auteur du code intitulé le Khanounnamè, Soliman II mérita le triple surnom de conquérant, de magnifique et de législateur. Avant lui, les Turcs n’étaient pour les chrétiens que desbarbares qui venaient imposer par le sabre une religion exécrée. Sous son règne, ils prirent place parmi les peuples de l’Europe, et jouèi'ent un rôle important dans ses destinées. C’est François I®' qui introduisit les Ottomans dans la politique européenne. On loi a reproché comme on crime ses relations avec les ennemis du christianisme, et il semblait lui-même en rougir. En réalité, l’empire ottoman était moins dangereux pour l’Europe que la puissance et l’ambition chaque jour croissantes de la maison d’Autriche. D’ailleurs, si François I®® avait obtenu l’aUiance ottomane, Gharles-Quint l’avait demandée. Enfin la religion y gagna, les chrétiens d’Orient, ainsi que tous les marchands qui naviguaient avec notre pavillon, trouvant sous la protection de nos consuls une certaine sécurité ; et elle n’y perdit pas, car les grandes conquêtes de Soliman sur les chrétiens sont antérieures au traité conclu, en 1534, avec le roi de France, puisque ce fut en 1521 qu’il prit, après douze assauts, Belgrade, le boulevard de la Hongrie; en 1522 qu’à la tête de 150 000 hommes et de 400 navires, il enleva Rhodes aux Hospitaliers, malgré l’héroïque résistance du grand maître, Villiers de l’Isle-Adam, qui se défendit cinq mois ; enfin, en’ 1526, qu’il s’empara de Peterwaradin et remporta la grande victoire de Mohacz. Il avait passé le Danube avec 200 000 hommes et détruit l’armée hongroise à cette fatale journée, où périt Louis II, le dernier des JagellonsdeHongrie.
La couronne de Hongrie revenait à Ferdinand d’Autriche, })eau-frère de Louis II. Mais Soliman soutint contre ce frère de Charles -Quint un prétendant de race magyare, Jean Za-
poli. Toute la Hongrie fut ravagée par les Ottomans. Bude même tomba en leur pouvoir (1529). Zapoli se reconnut vassal de la Porte, le prince de Moldavie fit de même,«t Soliman, n’ayant plus rien qui l’arrêtât sur le Danube, pénétra en Autriche et vint assiéger Vienne. C’est le 3 août que le traité de paix de Cambrai avait été signé, quand les Turcs étaient déjà en marche sur Vienne, où ils arrivèrent le 26 septembre. Le rapprochement de ces deux dates montre pourquoi la paix des Ikimes fut signée. Vienne avait pour garnison 20000 soldats qui avaient fait les guerres d’Italie, et pour gouverneur le vaillant comte de Salm. Vingt assauts furent successivement repoussés. Le sultan dut rebrousser chemin ; il crut faire oublier ce revers en couronnant de ses mains, dans Bude, son vassal Jean Zapoli, roi de Hongrie.
Deux ans après il conquit l’Esclavonie, et en 1532 il reparut en Hongrie à la tête de 300 000 hommes. Heureusement une petite place de Styrie, Guns, l’arrêta un mois. C’est pendant le siège de cette ville qu’il reçut la première ambassade de François I*', avec une magnificence extraordinaire. Il comptait envahir l’Allemagne. Mais Charles-Quint avait eu le temps de rassembler 150 000 combattants. Jamais, depuis les croisades, l’Europe chrétienne n’avait réuni des forces aussi considérables. Luthériens et catholiques s’étaient donné la main contre le croissant, et François I'' n’osait appuyer son redoutable allié par une diversion sur le Rhin ou l’Italie. Il n’y eut point toutefois d’action générale. Au bout de six semaines, le sultan apprit qu’une flotte espagnole venait d’entrer dans les Dardanelles et menaçait Constantinople ; il se retira (1532).
François I" ne cessa qu’en 1534 de faire un mystère de ses relations avec Soliman. En cette année fut conclu avec la Porte le premier de ces traités, connus sous le nom de capitulations, en vertu desquels la France obtint le protectorat des lieux saints, le droit d’établir des comptoirs dans les échelles du Levant, et la liberté du commerce pour son seul pavillon. Telles étaient les clauses publiques de l’alliance. Mais, en secret, le sultan promit d’attaquer Naples pendant que le roi attaquerait le Milanais. Eu même temps, François I" fit des