‹ Histoire des temps modernesChapitre 63 sur 311 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ouvertures aux princes luthériens qui venaient de former contre l’empereur la ligue de Smalkalde (1532).

Le pape ne lui en garda pas rancime, du moins sa colère ne tint pas contre l’offre que François lui fit de marier le Dauphin à la nièce du pontife, Catherine de Médicis. Clément VII mourut presque aussitôt, et l’avantage qu'on avait espéré de cette mésalliance avec la fille des banquiers de Florence fut compromis. Mais la politique pontificale inclinait du côté de la France depuis que la maison d’Autriche possédait Naples et convoitait Milan. Même à Rome on subordonnait l’intérêt religieux à l’intérêt politique. Là, d’ailleurs, autour de la chaire de saint Pierre, ces deux intérêts étaient identiques. En France on allait résolûment jusqu’au bout de cette doctrine, en s’alliant avec les Turcs, sauf à dire comme François I®', que « quand les loups venaient fondre sur son troupeau, il avait bien le droit de jeter les chiens sur eux. » Ce qui était plus vrai, c’est qu’avec les grandes sociétés modernes, naissaient les grands intérêts nationaux, et que les questions nationales primaient maintenant les questions religieuses, preuve que le moyen âge était bien mort. «

François consolida aussi son alliance avec les Écossais, en faisant épouser à leur roi sa fille aînée (1536), puis Marie de Lorraine ; et il signa plus tard nos premiers traités avec le Danemark (1541), essayant ainsi de former autour de la France une coalition des États secondaires, pour tenir tête à celui qui aspirait à la suprématie universelle. En même temps, il organisa une infanterie nationale de 42 000 hommes {légions provinciales), afin de n’êtreplus à la discrétion des mercenaires suisses ou allemands.

Cluurlea.Qalnt devant Tanla et Alger. Troliilènie guerre avec la France (ISSa.flSSS).

Pendant que François I*' s’alliait aux luthériens et aux infidèles, Charles résistait glorieusement à ceux-ci, et, bien qu’il ne servît en cela que son ambition et ses intérêts, pouvait se présenter comme le défenseur de la chrétienté. La marine turque faisait de menaçants progrès sous la direction du cé-

lèbre Khayreddin Barberousse. Ce pirate, devenu amiral des flottes ottomanes, parcourait incessamment la Méditerranée; et, pendant qu’en Asie le sultan enlevait aux Persans Tauris et Bagdad (1534), qu’ils lui reprirent l’an d’après, Barberousse chassait le bey de Tunis, Muley-Hassan, de son royaume.

Alger, Tunis devinrent, comme auparavant Carthage sous Genséric, et Biserte sous les Aglabites, le repaire d’une multitude de corsaires, La sécurité disparut surtout le littoral de l’Espagne et de l’Italie. Charles-Quint dirigea contre ces nids de pirates deux expéditions célèbres. Dans la première, avec 400 vaisseaux commandés par Doria, il s’empara de la Goulette, à l’entrée du golfe de Tunis, et délivra 20 000 captifs (1535); mais, moins heureux six ans après, à Alger, il vit sa flotte dispersée par une tempête, et eut peine à en sauver quelques débris (1541), L’empereur protégea mieux le commerce des peuples chrétiens, en cédant l’île de Malte aux chevaliers de Rhodes (1530). Cette intrépide milice, l’élite de i toutes les noblesses d’Europe, fit avec autant de succès que de dévouement la police de la Méditerranée. Elle entreprit contraries pirates une guerre de ruses et de stratagèmes, où ils n’eurent pas toujours le dessus. Cependant ils ne purent empêcher un émule de Barberousse, le corsaire Dragut, de s’emparer de Tripoli en 1551. La Porte, déjà maîtresse de l’Égypte et suzeraine des États barbaresques, se trouva alors solidement établie sur presque toute la côte septentrionale de l'Afrique.

Une mauvaise action de l’empereur rompit la paix de Cambrai. Sur les instances de Charles-Quint, le duc de Milan, au mépris du droit des gens, fit saisir et exécuter dans son cachot un envoyé français, Merveille. François se préparait à passer les Alpes pour venger cet outrage, quand le duc mourut (1535) ; il remit aussitôt en avant ses prétentions sur le Milanais et, pour s’en faciliter la conquête, s’empara des États du duc de Savoie. Cette maison était restée constamment fidèle à la France depuis Louis XI, et avait favorisé toutes nos opérations au delà des monts, qui, sans l’assistance du portier des Alpes, eussent été bien difficiles. Mais, en 1521, le duc Charles III avait épousé une belle-sœur de Charles-Quint, et

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