CHAPITRE IX
habile courtisan, qui cachait^ous des dehors austères une ambition et une cupidité sans bornes, avait persuadé au roi que le seul moyen d’acquérir le Milanais était de contracter avec Charles-Quint une alliance solide. Charles ne voulait à aucun prix céder cette province. Mais l’amitié du roi était en ce moment pour lui une bonne fortune ; car ses troupes se révoltaient en Italie et en Sicile, et les cortès d’Espagne lui refusaient de l’argent. A peine sorti de ces embarras, survint un nouveau péril. La puissante cité de Gand se souleva et offrit de se donner à la France. Le roi ne pensait qu’au Milanais, qui lui était inutile; il refusa la Flandre, qui eût été l’acquisition la plus précieuse. Il fit plus : trahissant ceux qui s’étaient fiés à lui, il informa l’empereur de leurs propositions, l’invita enfin à passer par la France pour aller châtier plus vite ces rebelles, et lui fit une réception magnifique. Il croyait obtenir le Milanais ; il n’eut ni Gand ni Milan.
Les Flamands soumis, Charles-Quint nia ses promesses.
« Qu’on me montre un écrit, > disait-il; et il déclara qu’il réservait l’investiture du Milanais pour son fils Philippe. Le roi, honteux d’avoir été pris pour dupe, se résolut à une nouvelle guerre. Ni l’occasion ni les prétextes ne se firent longtemps attendre.
Quatrième guerre (f&4S-IS44).
Deux agents secrets qu’il envoyait à Soliman furent assassinés par delVasto, gouverneur du Milanais (1540). DelVasto comptait trouver sur eux la preuve formelle de l’alliance du roi avec les Turcs. Heureusement les dépêches étaient restées en Piémont. Peu de mois après, Charles-Quint attaquait les pirates d’Alger. On a déjà vu que l’expédition échoua complètement (1541).
Cet attentat et ce revers firent hâter à François I" ses préparatifs. Sûr de Jacques V d’Écosse, qui avait épousé sa fille aînée en 1536, et plus tard une princesse de la maison de Lorraine, il contracta avec les rois de Danemark et de Suède une alliance, la première qui ait uni la France aux États Scandinaves. Enfin ü mit sur pied cinq armées à la fois pour
attaquer le Roussillon, les Pays-Bas et l’Italie. Le succès ne répondit point à tant d’efforts. La campagne de 1542 fut sans résultats ; mais François I'*' perdit un allié utile. Henri VIII avait voulu entraîner le roi d’Écosse dans le schisme, Jacques V s’y refusa, et, menacé d’une guerre par son puissant voisin, le prévint en envahissant lui-même l’Angleterre. Beaucoup de nobles écossais qui avaient adopté la réforme de Calvin abandonnèrent leur roi au moment de l’action. Jac- '■ çues V mourut quelques jours après; il laissait de Marie de Lorraine une fille qui venait de naître, Marie Stuart; et l’année suivante Henri VIII contractait une alliance offensive avec Gharles-Quint : les deux princes devaient entrer à la fois en France et se partager le royaume. L’empereur obligea bien le duc de Clèves, allié de François I", à se soxunettre; mais il ne réussit pas à entamer la frontière du nord, et assiégea vainement Landrecies. Pendant ce temps, Soliman attaquait à l’est les domaines autrichiens ; il enlevait ce qui lui avait jusqu’alors échappé de la Hongrie, il pénétrait en Autriche, et sa flotte, réunie à celle de la France; bombardait Nice : la ville fut prise, mais non la citadelle. Les Ottomans hivernèrent à Toulon (1543).
La campagne suivante s’ouvrit par une brillante victoire. Les Français avaient investi Garignan ; del Vasto s’approcha pour sauver la ville. Officiers et soldats, et plus que tous, d’Enghien, leur jeune chef, désiraient répondre au défi des Espagnols. Mais un ordre précis du roi défendait de risquer une action générale. L’occasion pourtant était si belle, que le comte d’Enghien envoya Montluc en France pour demander la permission de tomber sur l’ennemi : on promettait de le bien battre. François I" ne put résister. Alors se produisit un élan d’enthousiasme digne des beaux jours de Marignan. Tous les gentilshommes voulurent partir pour l’armée, et la cour se trouva déserte. Ils apportaient leur courage ; ils apportaient aussi de l’argent, que le duc d’Enghien leur emprunta afin de payer ses soldats. La gendarmerie fit de fort belles charges; mais la bataille était perdue sans les gens de pied des vieilles bandes françaises et suisses. Les impériaux enfoncés laissèrent sur le champ de bataille 12 000 morts, leurs canons et