CHAPITRE X
13 000 hommes pour les réduire, uu subside considérable et la moitié des revenus de l’Église d’Espagne pour une année. Luther mourut en 1 546, et ne vit pas le commencement des hostilités qu’il redoutait. La ligue de Smalkalde avait de grandes forces ; mais elle manquait d’un chef parce qu’elle en avait trop. La trahison de Maurice de Saxe, qui passa à l’empereur, rompit la ligue. L’électeur de Saxe et le landgrave de Hesse restèrent seuls en armes. Ils comptaient sur François I*'. La mort de ce prince décida l’empereur à attaquer l’électeur à Mühlberg , sur l’Elbe ; il le battit et le fit prisonnier (23 avril 1547). Le landgrave seul ne pouvait résister ; il fit sa soumission.
Charles-Quint usa avec perfidie et dureté de sa victoire. L’électeur, dépouillé de son électorat, que l’empereur donna à Maurice, dut garder prison perpétuelle. Le landgrave fut arrêté contre la foi promise, et ces deux illustres captifs furent insolemment traînés à la suite du vainqueur dans les villes allemandes, pour qu’on vît bien leur humiliation et celles des libertés germaniques. Celles-ci, en effet, semblaient perdues. Les villes se remplissaient de soldats étrangers, et de lourds impôts étaient levés sur les peuples.
L’empereur n’était pas moins heureux en Italie contre les guelfes qu’en Allemagne contre les protestants. A Gênes, la conspiration de Fiesque contre les Doria, amis de l’Espagne, échoua par la mort imprévue de ce chef audacieux (2 j anv. 1547). Sienne reçut garnison espagnole ; dans la Lombardie, enfin, Pierre-Louis Farnèse fut assassiné; son successeur. Octave, ne conserva que la ville de Parme. Les impériaux occupèrent Plaisance, et Philippe d’Espagne vint surveiller les mouvements de la cour pontificale.
Enivré de son triomphe, Charles-Quint crut pouvoir trancher à lui seul la question religieuse qui divisait le monde : il promulgua à Augsbourg son fameux intérim, (15 mai 1548). Tout pliait devant le nouveau Charlemagne.
L’Allemagne a perpétuellement oscillé, pour trouver sa constitution, entre deux points opposés. Othon P'', Henri HI, Frédéric Barberousse l’entraînèrent dans le sens de l’unité; le grand interrègne la repoussa dans la division. Charles-
Quint reprenait donc l’éternel problème; mais il commit la faute qui avait fait échouer ses grands prédécesseurs : il compliqua son entreprise de beaucoup d'autres. Les républiques italiennes, au moyen âge, avaient sauvé la féodalité germanique; la France, aux temps modernes, sauva les principautés allemandes.
Lorsque Henri II vit les désastreuses conséquences de la défaite des princes allemands et l’omnipotence de l’empereur dans l’empire, il se dit qu’il ne fallait pas laisser à une telle puissance le temps de s’affermir, et il se résolut à la guerre. Les traités avec les Suisses et les Turcs furent renouvelés. Il racheta Boulogne aux Anglais, jqu’il mit de son côté, tout en fiançant au Dauphin la reine d’Écosse, Marie Stuart; et il rappela les prélats français du concile de Trente et soutint contre le pape, allié de l’empereur, la maison Farnèse dans Parme et Plaisance. Mais il donna le sang de ses sujets protestants comme rançon de cette politique qui le faisait presque partout l’ennemi des orthodoxes, l’ami des hérétiques ou des mécréants. L’édit de Ghateaubriant ordonna déjuger les protestants sans appel, ferma les écoles et les tribunaux à quiconque n'avait pas un certificat d’orthodoxie, et, par un usage renouvelé des plus mauvais temps de l’empire romain, assura aux délateurs le tiers des biens de leurs viclimes(1551).
C’était surtout en Allemagne qu’il importait d’agir. Le roi s’unit en secret aux princes protestants et à Maurice de Saxe, qui trahissait l’empereur, maintenant qu’il n’avait plus rien à attendre de lui. Il prit le nom de protecteur des libertés germaniques et se fit autoriser à s’emparer, comme vicaire de l’empire, des villes de Metz, Toul et Verdun, trois évêchés souverains, au milieu du duché de Lorraine (1551).
L’occupation se fit sans obstacle. Toul ouvrit ses portes. Metz, ville libre et florissante, ne voulait laisser entrer que les chefs de l’armée : les soldats suivirent, on se saisit des portes, et Metz fut à la France. On essaya sur Strasbourg, une autre grande cité libre, la même surprise. Les Strasbourgeois répondirent à coups de canon. Henri ne put que se vanter d’avoir fait boire ses chevaux dans le Rhin. Mais, en