CHAPITRE X
revenant, il saisit Montmédy, Ivoy, Bouillon, ‘'qu’il ne garda pas, Verdun qui nous est restée (avril 1552).
De son côté, Maurice de Saxe avait failli enlever Gharles- Quint dans Inspruck. Le vieil empereur n’avait eu que le temps de fuir à travers les neiges et les montagnes. L’œuvre de toute sa vie était renversée en un jour ; il le comprit et s’y résigna. La transaction de Passau abolit Vintérim et accorda la liberté de conscience aux luthériens (1552).
C’était l'alliance de la France avec Maurice de Saxe qui avait valu à Gharles-Quint cette amère déception ; aussi se tourna-t-il contre elle avec fureur. Il vint assiéger Metz k la tête de 60 000 hommes. Le duc de Guise défendit la place avec tant d’héroïsme, que l’empereur fut contraint de se retirer après avoir perdu la moitié de ses soldats. « Je vois bien, disait-il, que la fortune est femme, mieux aime-t-elle un jeune roi qu’un vieil empereur. » Il eût dû n’accuser que lui-même qui avait entrepris une pareille opération dans la saison la plus défavorable. Il fut plus heureux, l’année suivante, contre Térouanne, qu’il prit et rasa.
Le mariage de l’infant d’Espagne, Philippe, avec la reine d’Angleterre, Marie Tudor, mit la France en péril. Mais Henri II déploya une grande activité (1554); il envahit les Pays-Bas, et battit les impériaux à Renty (22 kilomètres sudouest de Saint-Omer). Au midi, il faisait occuper la Corse, pendant que Brissac défendait le Piémont avec une Mire habileté. Mais, en Toscane, Strozzi, exilé florentin à la solde de la France, était battu à Marciano, et les Espagnols purent commencer le siège de Sienne (1554). Le chef des impériaux, Jean-Jacques de Médicis, inaugura cette entreprise par d’horribles ravages. Il fit de ce beau pays, couvert d’habitations et d’une culture florissante, la triste Maremme d’aujourd’hui. Biaise de Montluc, avec quelques troupes françaises, prolongea la résistance. Ce ne fut qu’après avoir perdu 20000 habitants par le fer ou la faim que Sienne capitula et subit la protection espagnole (1555).
Ces succès isolés ne consolaient point Gharles-Quint de son échec devant Metz et de la défaite de Renty. Après trente-cinq années d’efibrts, il voyait tous ses projets renversés. La France
n’était pas abaissée, l’Allemagne asservie, le protestantisme écrasé. Le découragement le prit ; il signa avec les protestants la paix d’Augsbourg, avec la France la trêve de Vaucelle^ (5 février 1 556) ; puis il posa ses couronnes d’Espagne, d’Italie et des Pays-Bas sur la tête de son fils, Philippe II ( 1 556), et il résigna l’empire entre les mains de son frère, déjà roi des Romains, l’archiduc Ferdinand. A partir de ce moment, la maison d’Autriche se sépara en deux branches, et la vaste domination de Charles-Quint fut pour jamais divisée. Le monarque, volontairement déchu, alla chercher le repos auprès du monastère de Yuste.
Bemlère lutte ponr l’Indéfendaiiee Italleime. Traité de Cateau-Camhrésis (téM).
La trêve de Vaucelles avait été conclue pour cinq ans, elle dura à peine cinq mois.
Au moment où Philippe II perdait l’Allemagne, il semblait gagner l’Angleterre par un second mariage avec la reine de ce pays, Marie Tudor, Il avait déjà un fils, don Carlos ; il lui réserva toutes les possessions espagnoles, et il fut convenu que l’enfant qui naîtrait de cette nouvelle union régnerait à la fois sur les Pays-Bas et sur l’Angleterre, c’est-à-dire que Londres et Anvers seraient sous le même maître, la Tamise et l'Escaut sous les mêmes lois, et que la mer du Nord deviendrait un lac anglais. Ainsi la France était dans le présent et dans l’avenir sérieusement menacée par cette domination qui l’étreignait de trois côtés, qui pouvait lui amener encore une invasion anglaise contre laquelle elle n’avait plus à espérer les secours de l’Allemagne. Henri U avait signé avec Charles-Quint, au commencement de 1556, la trêve de Vaucelles; il la rompit la même année (nov.), pour ne pas laisser à Philippe II le temps de s’affermir. Sur le saint-siège était alors un vieillard plein de feu, Paul IV, qui s’effrayait de voir les Espagnols à côté de lui et sur sa tête, à Naples et à Milan. Le roi et le pontife s’unirent. Une armée, sous le commandement de Montmorency, fut envoyée vers les Pays-Bas ; une autre, sous le duc de Guise, en Italie. On voulait réduire I‘hilippe II à l’Espa-