CHAPITRE XI
lion, arrivée aux dernières terres de l’Occident, avait tourné les regards des peuples qui bordaient l’Atlantique vers l’étendue mystérieuse de cette mer inconnue. La Méditerranée ne pouvait être leur centre d’activité ; ils s’étaient familiarisés avec les flots de l’Océan, et avaient pris confiance dans la boussole. Les Basques, en poursuivant les baleines qui se jouaient dans leur golfe , avaient poussé leur chasse et leurs navires vers le nord ; les Scandinaves , exubérants alors de vie et de force, avaient, de la Norvège, gagné l’Islande, puis le Groenland, et étaient descendus par le Labrador jusqu’aux terres où s’élèvent aujourd’hui les grandes cités de l’Union américaine. Les Normands , au contraire, tournant au sud-est, avaient longé les côtes d’Espagne et, arrivés en face du détroit de Gibraltar, au lieu d’entrer dans la Méditerranée, domaine incontesté des Italiens, des Provençaux et des Catalans, n’avaient pas craint de s’aventurer vers les rivages africains. Les Dieppois atteignirent, en 1364, la Guinée, d’où ils rapportèrent de la poudre d’or, de l’ivoire, du poivre, de l’ambre gris ; et un gentilhomme des environs de leur ville , Jean de Béthencourt, fit en 1402 la conquête des Canaries. Associés aux Rouennais, ils ne cessèrent, jusqu’en 1410, d’envoyer chaque année des navires à la côte d’Afrique. Les malheurs de la France qui commencèrent alors, et les invasions anglaises firent tomber ce trafic. Ils avaient si bien, par jalousie commerciale, gardé le secret de leur découverte qu’ils en ont perdu l’honneur.
Il y avait ce^^ndant des yeux qui voyaient passer ces navires et des hommes qui s’indignaient qu’on vint de si lointains pays recueillir des profits que la nature semblait avoir réservés à un autre peuple. Après avoir conquis leur sol sur les musulmans, les Portugais s’étaient trouvés arrêtés par les progrès parallèles des chrétiens espagnols. L’Afrique était devant eux. On y trouverait des conquêtes à faire, des richesses à gagner, des âmes à convertir; les plus savants et les plus intrépides parlaient de tourner le continent, comme autrefois les Phéniciens ; de s’ouvrir une route vers les pays qui produisaient des denrées que les musulmans laissaient à peine passer par Alexandrie, et que Venise vendait si cher; enfin.
d’aller à la recherche de ce royaume du prêtre Jean , dans l’Afrique orientale (l’Abyssinie), dont beaucoup parlaient, que nul n’avait vu, et qui semblait attendre les nations chrétiennes pour les conduire à la conquête de l’Orient.
Par toutes ces causes, la nation portugaise fut saisie, au quinzième siècle, d’une ardeur aussi vive qu’à l’époque des croisades. L’infant don Henri, troisième fils du roi Jean I*% régularisa ce mouvement. H vint s’établir à l’extrémité du continent, près du cap Saint-Vincent , et là, en face de ces mers inconnues, que son regard sondait sans relâche, il ne cessa pendant plus de quarante ans de lancer d’intrépides marins, dont sa mort ralentit, mais n’arrêta pas les tentatives. Le clergé unit son influence à celle du prince. Chaque départ était béni, chaque navire consacré, cloaque escadre portait ses prêtres à côté de ses marins, comme dans chaque colonie s’élevait une église entre la citadelle et le comptoir. Les premiers qui partirent, sous la direction de l’infant, en 1419, découvrirent une île que les Carthaginois avaient probablement connue, et qu’ils nommèrent Madère (en portugais Madeira, bois), parce qu’elle était couverte de forêts. Us mirent le feu à ces bois impénétrables ; la tradition fait durer sept ans l’incendie, et attribue aux cendres cette fertilité qui valut à Mawlère le surnom de la Reine des îles; l’infant y lit porter dé Grèce des plants de vignes , de Sicile et de Chypre des cannes à sucre : cette dernière culture a émigré de i’ile, la première y prospère encore. Douze ans plus tard, les Açores étaient trouvées et, encouragés par une bulle du pape Martin V qui en 1432, accorda à don Henri le droit de conquête sur les terres qu’on découvrirait, avec indulgence plénière pour ceux qui périraient dans ces expéditions, les Portugais doublaient le fameux cap Boïador, qui, battu d’une mer orageuse, avait fait reculer jusque-là les plus hardis navigateurs (1433). Après ce travail d’Hercule, comme l’appelèrent les Âîrivains dulfemps, ils franchirent le cap Blanc (1444), le tropique (1446), puis le cap Vert et ses îles (1445). La mort de l’infant, en 1464, ne ralentit pas les découvertes. Les Portugais arrivèrent huit ans après à Saint-Thomas et passèrent la ligne ; en 1484, ils touchèrent à la Guinée, où ils trouvè-