CHAPITRE XI
rent cet or que les Anglais monnayèrent et appelèrent guinée, du nom du pays d’où on l’avait tiré ; enfin, en I486, Barthélemy Diaz reconnut le cap qui termine l’Afrique au midi : il l’avait appelé le cap des Tempêtes ; le roi Jean II lui donna son vrai nom, celui qui est resté ; il l’appela le cap de Bon^- Espérance.
Tmco de Oama (IdffV) et Pemplre colonial deo Portagalo.
Enfin partit de Lisbonne, le 8 juillet 1497, une escadre de quatre petits navires de moins de 100 tonneaux, montés par 160 hommes d’équipage et commandés par Vasco de Gama. La veille du départ, Gama avait communié, et un couvent fut établi à l’endroit où il avait quitté le rivage. Cette première expédition ne fut qu’une reconnaissance. La flotte s’arrêta, non sans péril, sur la côte orientale d’Afrique, à Mozambique et à Monbaça, où les Portugais s’étonnèrent de retrouver les Maures. Le roi musulman de Mélinde leur donna un pilote pour les conduire à travers l’océan Indien. En vingt-deux jours ils franchirent les 700 lieues de mer qui les séparaient de la côte du Malabar, et le 20 mai 1498 ils laissaient tomber l’ancre devant la’grande ville de Galicut. Les marchands arabes exploitaient seuls pour l’occident, depuis le douzième siècle, le commerce de l’Inde ; jaloux de voir survenir des rivaux, ils entravèrent par leurs intrigues les négociations de Gama avec le zamorin ou roi de Calicut; et ses navires, au retour, rapportèrent peu de richesses, mais une immense espérance (1499). Le Camoëns chanta plus tard , dans les Lusiades , l’héroïque expédition qui avait ouvert les Indes aux Portugais '.
Alvarez Cabrai fonda dans les Indes le premier'comptoir européen, celui de Galicut. En chemin il avait été assailli par une tempête, poussé vers l’occident et jeté sur un rivage inconnu : c’était la côte du Brésil, ainsi appelée du nom d’un bois de teinture qui s’y trouve en abondance; Alvarez l’avait
<. Vasco de Gama, nommé comte de Vidigueira et grand amiral de l’Inde, fit un second voyage en’ 1 502 avec 20 vaisseaux, et un troisième en 1624, avec 14. Il mourut de maladie dans cette dernière expédition.
d’abord nommée la Sainte-Croix. Dans l’Inde , il commença la politique qui profita si bien aux Portugais de se mêler aux querelles des petits rois indigènes pour les asservir les uns par les autres.
D’Almeida fut le premier vice-roi des Indes et légitima ce titre par la grande victoire de Diu , qui enleva aux musulmans la domination de l’océan Indien (1508). Mais le véritable créateur de l’empire colonial des Portugais fut le grand Albuquerque. Par la prise de Socotora, en face de l’entrée de la mer Rouge, et par celle d’Ormuz, à l’entrée du golfe Persique, qu’il enleva en 1507 comme lieutenant d’Almeida, il ferma les anciennes routes du commerce indien à la double rivalité des musulmans. Le schah de Perse réclamait une indemnité annuelle pour Ormuz; Albuquerque mena les envoyés devant un tas de grenades et de boulets, puis il leur dit : « Voilà en quelle monnaie le roi de Portugal paye ses tributs. »
Alexandrie et Venise eurent beau s’unir pour défendre leur monopole commercial, Albuquerque, devenu vice-roi, déjoua toutes les intrigues comme toutes les attaques. Il donna à l’Inde portugaise sa capitale, en s’emparant, au centre de la côte du Malabar, ^ie Goa, dans une île du fleuve Mandova qui, l’enveloppant de ses deux bras, y forme un des beaux ports du monde (1510) ; puis il alla conquérir Malacca (1511), s’assura l’alliance des rois de Siam et de Pégu , et fit reconnaître les îles Moluques ; ce qui faisait entrer encore les Portugais dans un nouveau monde, celui dont la découverte ne s’est achevée que de notre temps, l’Océanie. Ce puissant homme de guerre avait, dit-on, songé, pour assurer aux Portugais le monopole incontesté du commerce des Indes, à rendre l’Égypte au désert en détournant le cours du Nil dans la mer Rouge, et pour prendre sur l’islamisme une revanche de l’occupation de Jérusalem et de Constantinople, à détruire la Mecque et Médine; mais la nature fut plus forte que son génie. Il mourut pauvre et près de tomber en disgrâce. En voyant l’injustice du roi, il s’était contenté de dire : « Au tombeau, au tombeau, vieillard fatigué ! » Il avait soixante-douze ans (1515). Les Hindous gardèrent longtemps le souvenir de
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