CHAPITRE XI
ses vertus, et souvent vinrent sur sa tombe demander protection contre les injustices de ses successeurs.
Cependant les progrès continuèrent. Soarès (1515-1518) acheva la soumission de Malabar et fit la conquête de Geylan ; Nuno d’Acunha fît celle de Diu (1531) et déjoua une formidable attaque des Turcs de Soliman, qui, sortis d’Égypte avec un immense armement, essayèrent de chasser des mers de rinde ces nouveaux venus qui détournaient sur Lisbonne tout le commerce dont naguère Alexandrie s’enrichissait (1538); enfîn, Jean de Castro déjoua toutes les coalitions formées contre la domination portugaise et défendit Diu contre les Turcs de Soliman, que guidaient des ingénieurs génois. Pour relever les murailles ruinées de la place, l’aigent lui manquait. Il en demanda aux négociants de Goa, et leur envoya, dit-on, ses moustaches en garantie de l’emprunt. Lorsqu’il mourut en 1548, il laissait aux siens pour tout héritage trois réaux; mais il laissait à son pays un immense empire et une domination affermie.
De Lisbonne au cap de Bonne-Espérance, du cap de Bonne- Espérance à l’Hindostan, de l’Hindostan à Malacca, et dans rindo-Chine jusqu’au Japon, il n’y avait pas un point important que les Portugais n’eussent occupé.» De Mozambique, Sofala et Mélinde sur la côte d’Afrique, ils tiraient de la poudre d’or et de l’ivoire ; de Mascate et d'Ormuz, dans le golfe Persique, les denrées de l’Asie centrale. Par Diu, sur la côte du Guzzerat, Goa, sur celle du Malabar, l’ile de Ceylan, et Negapatam sur la côte de Coromandel, ils enveloppaient tout l’Hindostan. Malacca, dans la presqu’île de ce nom, leur livrait le commerce des pays de l’Indo-Gliine ; ils occupaient les îles aux épices, Ternate et Timor dans les Moluques; ils avaient un établissement à Macao, près de Canton, et trafiquaient avec le Japon, qui leur livrait une énorme quantité de métaux. Leurs comptoirs sur la côte occidentale d’Afrique, au Congo, etc., n’eurent d’importance qu’après l’établissement de la traite des nègres ; et le Brésil n’eut longtemps d’autres colons que des criminels et des juifs déportés. Goa était le centre de ce vaste empire colonial.
On a peine à concevoir comment un si petit peuple put, en
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moins d’un demi-siècle, couvrir de ses comptoirs ou dominer par ses forteresses un littoral de 4000 lieues, malgré de si vives et de si nombreuses résistances. Mais il faut songer à quel point, pour la foule, l’amour du lucre devait être excité par cette grande révohition commerciale, et aussi quel héroïsme patriotique et religieux animait les premiers conquérants de l’Inde. L’homme trouve dans les grandes idées morales une force invincible. Les Gama, les Cabrai, les Âlbuquerque, les Jean de Castro, se regardaient comme les apôtres armés de la civilisation et de la foi ; et à leur suite, en effet, vinrent ces hommes qui ont créé une espèce nouvelle de héros, les missionnaires. Jean de Castro mourut dans les bras de saint François-Xavier.
Cette fortune du Portugal était la ruine pour Venise. La vieille reine de l’Adriatique et de la Méditerranée se débattait douloureusement contre la nécessité qui la tuait. Après avoir tenté de la force, elle essaya de la prière : elle demanda aux Portugais de l’associer à leur commerce, ils refusèrent ; de leur acheter à prix fixe les denrées apportées à Lisbonne, nouveau refus. Alors elle usa de la seule arme qui lui restât, et qui tourna contre elle : elle affranchit de tout droit les marchandises qui arrivaient par l’Égypte, et surtaxa celles qui venaient par le Cap. Mais les unes étaient de jour en jour plus rares, les autres plus abondantes; Lisbonne devint le grand et à peu près, l’unique entrepôt des denrées de l’Orient. Les Hollandais vinrent les y acheter, et de là les répandirent par toute l’Europe, à la place des marchands italiens.
ChrUtopbe Colomb Cortex (f &<•). VfaKellan (IStO).
Plxarre (f St0). Empire colonial des Espagnols.
Trouver le chemin de l’Inde par l’est fut l’idée de tous les navigateurs portugais; le trouver par l’ouest fut l’idée de Colomb. Marin à quatorze ans, le Génois Christophe Colomb fut préoccupé de bonne heure de la sphéricité de la terre et de la possibilité d’en faire le tour. On supposait l’Inde fort étendue vers l’est, par la nécessité de faire contre-poids au continent européen. On avait vu les flots apporter de l’occident