‹ Histoire des temps modernesChapitre 8 sur 311 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rieux sultans, Mahomet II, qui avait juré de prendre Constantinople, et qui venait, le 29 mai 1453, de tenir son serment : la chrétienté avait laissé tomber son dernier rempart. Au bruit de cette grande chute, l’effroi fut dans l’Italie. Tous les princes de la Péninsule se sentirent menacés et se reconcilièrent solennellement à Lodi (9 mai 1454). On reprit la pensée de la croisade ; cette pensée 'franchit les monts ; et, à la cour du grand-duc d' Occident, toute la noblesse de Flandre et de Bourgogne jura sur le faisan de s’armer pour rejeter les Turcs en Asie. Vaines paroles : le temps des croisades était passé et ne devait plus revenir. Venise traitait cette année même avec Mahomet II, qui dominait maintenant depuis le milieu de l’Asie Mineure jusqu’aux murs de Belgrade et jusqu’aux rives de l’Adriatique.

L’Europe, en effet, n’était plus capable de s’unir, comme au onzième siècle, dans une grande pensée religieuse, et elle n’était pas encore en état de se concerter pour une grande pensée politique. Au milieu du quinzième siècle, chacun vivait à l’écart, dans l’isolement, comme en plein moyen âge ; il n’y avait pas une seule question générale qui ralliât tous les gouvernements ; il n’y avait même pas une grande force qui ralliât les ' peuples autour d’un principe. Pourtant cette force existe ; et, dans cette France toujours à l’avant-garde de l’Europe, cette force agissait déjà. C’est la royauté qui allait tirer chaque État du chaos féodal, assurer l’ordre intérieur, préparer l’égalité et, par les encouragements donnés au commerce, à l’industrie, aux lettres et aux arts, aider au développement d’une civilisation nouvelle.

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