‹ Histoire des temps modernesChapitre 80 sur 311 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

et obligeaient les négociants à emprunter, pour le transport des marchandises, les vaisseaux de l’État ; les fonctionnaires, par la concussion; les particuliers, par la contrebande. Cela explique la décadence rapide, puis la ruine de ces établissements, où d’ailleurs ne se fixèrent jamais qu’un très-petit nombre de Poi^tugais, et qui furent toujours moins des colonies que des comptoirs. En outre, les denrées de l’Inde étant généralement peu encombrantes, des épices, des étoffes de coton et de soie, des perles, de la poudre d’or, de l’ivoire, des pierres précieuses, ne rendaient pas nécessaire la création d’une marine considérable ; et le Portugal recevant bien ces denrées, mais ne les distribuant point à l’Europe, c’est à d’autres que revenaient les profits les plussûrsde ce commerce, aux Hollandais surtout. Ils viennent maintenant à Lisbonne chercher les denrées del’Inde; avant un siècle, ils iront les chercher dans l’Inde même, et alors la fortune du Portugal tombera.

Les colonies espagnoles se proposèrent d’abord pour but l’exploitation des mines*; aussi, comme elles avaient besoiu de beaucoup de bras, et que l’on crut n’avoir qu’à remuer un peu la terre dans les Indes occidentales, pour en retirer de l’or, l’Espagne se dépeupla pour peupler le nouveau monde. Elle eut donc, en Amérique, au beu de la longue et fragile chaîne des comptoirs portugais, une domination compacte, sinon homogène, peu difficile à conserver, parce que les po-

1. Dés 4 532, découvertes des riches mines d’argent de Zacatécas dans le Mexique, et en 4 645, du Potosi, au Pérou; celle-ci donnait annuellement, 30 ans après, 250000 à 300000 kilogr. d’argent pur (4 kilogr. = 222 fr. 22 c.). Aussi le prix de toute chose augmenta rapidement. Au commencement du seizième siècle, à Paris, un hectolitre de blé s’échangeait contre 4 6 grammes d’argent; un siècle plus tard, contre 4 5, et depuis le commencement du dixneuvième, contre 90; par conséquent, depuis la découverte de l’Amérique, la valeur de l’argent rapportée à celle du blé a baissé des |, ou, ce qui revient au même, le prix de toutes choses a sextuplé; ma<s il faut ajouter qu’en 4 500, l’Europe n'avait que pour 300 millions d’or et 700 millions d’argent, et qu’elle avait en 4800 vingt-cinq fois plus, soit 9 milliards d’or et 4 6 milliards d’argent. Elle avait donc alors, toute proportion gardée, trois fois et demie plus d’argent pour aclietcr les choses dont elle avait besoin. Le droit payé au roi d’Espagne sur le produit des mines était d’abord de 20 pour 4 00 ; il fut peu à peu réduit à 5. M. Michel Chevalier estime qu’au 4 "janvier 4 848, Ai|eules mines de l’Amérique espagnole avaient versé dans la circulation 4 22 ^Mlions de kilog. d’argent et près de 3 millions de kilog. d'or (Dictionnaire des économistes , aux mots Argent et Métaux précieux).

pulations y étaient inoffensives, que de grandes villes permettaient de tenir avec peu de troupes tout le pays, et que l’Espagne était par elle -même assez forte pour faire pendant longtemps respecter son pouvoir à des Etats qui ne devaient gr^dir que lentement, comme tous ceux qui sont livrés à l’exploitation des mines.

L’Espagne prit d’abord d’habiles mesures pour prévenir une séparation. Le roi fut déclaré, en vertu de la bulle du pape Alexandre VI, maître absolu du sol des régions découvertes. Toute possession n’y fut donc qu’une concession de sa part, comme unique propriétaire, et toute autorité y fut une délégation temporaire et illimitée de la sienne. Ondivisal’ensemble des pays conquis en deux gouvernements, celui du Mexico ou de la Nouvelle-Espagne et celui de Lima ou duPérou. Chaque gouvernement eut xm vice-roi, commandant des forces militaires et le chef de l’administration civile, avec une audience, tribunal indépendant du vice-roi dans les affaires judiciaires, quoique présidé par lui, lui servant de conseil dans les affaires non judiciaires, et pouvant lui faire des remontrances qu’il était libre au reste de ne pas prendre en considération. Plus tard, un troisième vice-roi fut établi à Santa-Fé de Bogota, un quatrième, en 1778, à Buénos- Ayres, et le nombre des audiences fut porté à onze. Ces diverses autorités coloniales relevaient du conseil des Indes, créé en 1511 par Ferdinand et organisé en 1524 par Charles- Quint. C’est de ce conseil qu’émanaient toutes les lois relatives au gouvernement et à la police des colonies ; toute personne employée en Amérique depuis le vice-roi jusqu’au dernier ofGcier lui était subordonnée. Comme le roi était toujours supposé présent au conseil, les séances n’avaient lieu que dans l’endroit où résidait la cour. Pour les affaires de commerce et pour les causes judiciaires, tant civiles que criminelles qui résultaient du négoce entre l’Espagne et les colonies, une cour spéciale avait été étabbe à Séville en 1501.

Les villes avaient leur municipalité*, mais toute place dans

4. La première ville bitie parles Espagnols dans l’Amérique dn Sud fut . Coraana, en 1520. On commença en 1532 les ports de Puerlo-Bello et de

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