CHAPITRE XI
le gouvernement fut interdite aux Espagnols nés dans le pays ; ainsi la métropole tenait les créoles à l’écart, comme ceux-ci se tenaient h l’écart des Indiens. De sorte que la population présenta comme une superposition de castes, les Espagnols d’Europe, fonctionnaires publics ou négociants, soldats ou aventuriers, les créoles, les métis de divers degrés, les Indiens, et plus tard les mulâtres et les nègres, tous séparés par des antipathies qui rassuraient le gouvernement métropolitain contre une coalition, et qui pourtant un jour se sont effacées devant le commun désir de l'indépendance.
L’Espagne, estimant que ses colonies ne devaient être qu’un immense atelier pour la production des métaux précieux, interdit aux colons de cultiver les produits d’Europe, le lin, le chanvre, la vigne, d’élever des manufactures, de construire des vaisseaux. Elle voulait qu’ils ne pussent rien acheter que chez elle , afin que le monopole fit vivre son industrie et son commerce. Les étrangers n’eurent pas licence de s’établir aux colonies. Ce n’est que plus tard que l’Amérique exporta en grande quantité ses produits naturels, la cochenille, l’indigo , le bois de Campêche pour la teinture, l’acajou pour l’ébénisterie, le cacao, le tabac, le quinquina. Tout ce commerce, concentré aux mains, non de compagnies, mais de quelques maisons opulentes, se fit exclusivement par Séville. Chaque année il partit de cette ville 12 gros navires ou galions pour Puerto-Bello, dans la Nouvelle-Grenade, et 15 pour la Vera-Cruz au Mexique, qui portaient aux colonies les produits de l’industrie espagnole, et en rapportaient les denrées coloniales, et surtout les piastres frappées avec l’argent des mines.
Le Portugal se réserva aussi le monopole du commerce du Brésil. Tous les ans la flotte partait au mois de mars de Lisbonne pour Pernambouc, San-Salvador et Rio-Janeiro. Le résultat fut le même. L’industrie et le commerce, enchaînés ' dans les colonies par des prohibitions insensées, ne purent se
Carlhagrne ; V.ilencia en ^555, Caracas en (567. Le premier élabliasement espagnol au Mexique fui la Yera-Cruz fondée par Coriez en 4 519 ; ils bâtirent successivement Acapulco sur le PaciAque, Panama dans le üarien, Lima dans le Pérou (4 5-75), la Conception, au Chili (4 550).
développer, et, frappés de torpeur dans la métropole par le privilège qui éloignait d’eux la concurrence, arrivèrent bientôt à décroître. De mauvaises mesures économiques combinées avec la politique désastreuse de Gharles-Quiut et de Philippe II poussèrent l’Espagne à sa ruine et les colonies à la révolte. La guerre de l’indépendance mexicaine, en 1810, commença au village de Dolores dont le gouvernement ordonnait d’arracher les vignes, parce qu’il était interdit de faire du vin au Mexique.
Aux premiers jours de la conquête on s’était peu inquiété des Indiens : on les avait ou employés aux travaux des mines, sans ménagement pour leur faiblesse , ou répartis entre les propriétaires pour l’exploitation du sol. Les reparlimientos commencèrent l’esclavage en Amérique. On en vit promptement les effets. L’ile d’Hispaniola avait 1 million d’habitants • en 1492; dix-neuf ans après, il en restait 14 000 !
Un homme [de bien. Las Casas, évêque de Chiapa, au , Mexique, protesta contre cet atroce abus de la force. Pendant cinquante années, il ne cessa de plaider la cause des Indiens. C’est dans son livre, intitulé Recueil de la destruction des Indiens, qu’il faut lire les atrocités commises par les Espagnols, et les travaux meurtriers, et les tortures, et lâchasse aux Indiens avec des chiens nourris de chair humaine , pour qu’ils découvrissent mieux les pistes. Ses plaintes chrétiennes ne retentirent pas en vain. Charles-Quint promulgua de nombreuses lois dans l’intérêt des indigènes, dont la liberté personnelle fut garantie , et qui n’eurent à rendre au conquérant que certains devoirs ou services féodaux et à payer certains tributs. Mais ces avantages coûtèrent cher à une autre race. Las Casas lui-même conseilla de transporter en Amérique des nègres achetés à la côte d’Afrique , comme étant plus robustes et plus capables de supporter les fatigues du labeivi colonial. En 1517, Charles-Quint donna le monopole du tra v' • port annuel de 4000 esclaves à un de ses favoris, qui vendit ce droit aux Génois. Ceux-ci achetèrent les nègres aux Portugais, maîtres des comptoirs d’Afrique, et l’horrible traite que notre siècle verra finir commença.
Les indigènes du Brésil furent traités pa: les Portugais
TESCPS MODERNES. 9