‹ Histoire des temps modernesChapitre 83 sur 311 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ri té royale. Là elle put, avec une bien plus grande énergie que de l’autre côté de l’Océan, exercer sur les esprits sa puissance de mort. Depuis trois siècles et demi qu’est-il sorti du Mexique et du Pérou, dont la civilisation du monde puisse s’honorer ?

ConnéqaeneeM des nonvelles déconvertea.

Ces découvertes eurent des résultats considérables.

Elles livrèrent à l’activité européenne l’antique Orient, qui depuis des siècles sommeillait, et un monde nouveau. L’Amérique, repeuplée de colons européens, et placée à égale distance des deux bords opposés de l’ancien continent, deviendra la demeure de puissantes sociétés, qui prendront leur part dans l’œuvre de la civilisation générale.

Elles changèrent complètement la marche et la forme du commerce du monde. Au commerce de terre, qui s’était maintenu jusqu’alors comme le plus conforme aux habitudes et aux besoins des peuples, fut substitué le commerce maritime. Les villes de l’intérieur des continents déclinèrent, celles des côtes grandirent. En outre, l’importance Commerciale attribuée aux différents pays, en raison de leur situation géographique, se trouva distribuée d’une manière toute nouvelle. Elle passa, en Europe, des pays situés sur la Méditerranée aux pays situés sur l’Atlantique, des Italiens aux Espagnols et aux Portugais ; plus tard, de ceux-ci aux Hollandais et aux Anglais. Plus les relations commerciales des peuples se multiplieront, plus l’empire de la mer sera près de donner l’empire de la terre, et l’on verra une île perdue dans les brumes de l’Occident, devenir, grâce au négoce, une des puissances prépondérantes de l’Europe.

Elles développèrent la richesse mobilière, qui est devenue la grande puissance des sociétés modernes. Tandis, en elfet, que les Portugais créaient le grand commerce maritime, les Espagnols découvraient les inépuisables mines du Pérou et du Mexique, et jetaient dans la circulation européenne une masse énorme de numéraire qui produisit la même révolution économique que l’or de l’Australie et de la Californie produit de nos jours. « De 1515 à 1568, dit Bodin, il y eut plus d’or

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en France qu’on n’eût pu en recueillir auparavant en deux cents ans. » Aussi le prix de toutes choses, et en particulier celui des salaires, s’éleva. L’agriculture, l’industrie et le commerce eurent les capitaux dont ils ont besoin pour prospérer, et le protestantisme leur donna, dans les pays où il s’étabbt, par la diminution des jours fériés, par la fermeture des couvents, plus de travail et plus de bras pour produire. « La tierce partie du royaume, dit un contemporain, fut défrichée en douze ans; et pour un gros marchand qu’on trouvait à Paris, à Lyon ou à Rouen, on en trouva cinquante sous Louis XII qui faisaient moins de difficultés d’aller à Rome, à Naples, à Londres, qu’ autrefois à Lyon ou à Genève. ■ C’est donc, encore comme de nos jours, les facilités de communications qui se multipliaient en même temps que s’accroissaient la production et le bien-être général.

Alors aussi ce phénomène économique eut des conséquences sociales, et ce qui s’achève aujourd’hui commença.

Le moyen âge n’avait connu que la richesse territoriale, et elle était tout entière aux mains des seigneurs; l’industrie, le commerce, facilités par l’abondance des capitaux, protégés par l’ordre que les rois mettront dans l’État, vont créer dans l’Europe moderne la richesse mobilière, qui sera aux mains des bourgeois. La première était immuable et ne sortait point des familles qui la détenaient ; la seconde sera accessible à tous, et ne restera dans les mêmes maisons qu’à la condition qu’y restera aussi ce qui l’y a amenée : le travail, la bonne conduite, la probité et l’intelligence. L’insurmontable barrière qui jadis parquait chacun dans sa condition est donc tombée. Gela aussi était un signe des temps nouveaux.

Enfin, comme le système de colonisation des modernes différait beaucoup de celui des anciens, il produisit une politique coloniale particulière qui a régné trois siècles, et n’est pas tombée partout.

La colonie grecque, complètement libre, formait un peuple nouveau qui commençait par exploiter le sol et arrivait vite à exploiter aussi la mer, car c’est la fortune des colonies agricoles bien placées de grandir parfois avec lenteur, toujours avec force : quelques-unes de ces colonies grecques sont en-

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