‹ Histoire des temps modernesChapitre 84 sur 311 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

core comptées parmi les grandes villes du monde. La colonie romaine, à la fois agricole et militaire, mais établie dans im but poUtique, comme moyen de domination, ne s’émancipa jamais, et resta la partie d’un tout prospérant ou déclinant avec l’ensemble.

Les Portugais, qui ne songèrent qu’au commerce, eurent des commis plutôt que des colons, des comptoirs au lieu de cités, une prospérité rapide et brillante qui fut et devait être éphémère, parce que cette grandeur ne reposait point sur la large et solide base du sol fortement occupée par la culture. Les Espagnols ne demandèrent pas non plus l’exploitation agricole de la terre à leurs colons, mais un travail particulier qui rendait chaque jour nécessaire l’assistance de la métro* pôle, et, par conséquent, leur étroite dépendance.

Les Anglais et les Français auront une autre espèce d’établissements coloniaux, ceux de planteurs, où im petit nombre de propriétaires exploiteront la terre par les bras d’une multitude d’esclaves, au milieu de dangers perpétuels qui les obligeront à s’appuyer aussi sur la mère patrie.

On voit que les colonies modernes furent, dès l’origine, considérées comme des moyens d’exploiter les pays découverts au seul proât de la métropole qui en accorda le commerce exclusif soit à une seule ville comme Lisbonne et Séville, soit à des compagnies privilégiées, comme celles de France, d’Angleterre et de Hollande, qui, le plus souvent, firent de mauvaises affaires, tout en empêchant les colonies d’en faire de bonnes.

Invention des poMeo et deo ennanx h point de portage.

Si la mer était alors sillonnée par plus de vaisseaux, la terre l’était par plus de voyageurs et de marchandises. L’université de Paris, reprenant ime idée fort ancienne, avait établi des relais sur toutes les routes du royaume, pour faciliter la correspondance de ses étudiants avec leurs familles. Louis XI. comprit combien serait utile au gouvernement une pareille institution, et, en 1464, il créa les postes pour le service des dépêches du roi et du pape ; plus tard elles se chargèrent

des lettres des particuliers. L’institution parut bonne et on l’imita, d’abord en Allemagne, peu après dans les autres États.

« Les fleuves, a dit Pascal, sont des grands chemins qui marchent tout seuls. » C’est vrai, mais parfois ils marchent mal, sur des bas-fonds ou des rapides, et ils ne vont que dans certaines directions. Les canaux vont partout. Les anciens n’avaient construit que des canaux de dérivation, sur un terrain de même niveau; ils ne connaissaient point les écluses, au moyen desquelles on rachète la différence de niveau des rivières, et on fait passer les bateaux par-dessus les montagnes. Les écluses à sas et à réservoirs d’eau qui les alimentent furent imaginées, au qmnzième siècle, par deux mécaniciens de Viterbe, dont le nom est resté inconnu. Cette invention conduisait à l’idée de réunir dans de vastes bassins, au point de partage de deux versants, les eaux des hauteurs voisines, afin d’alimenter les deux branches du canal descendant en sens contraire. Dès 1481, Venise construisait un canal à écluses; trente-cinq ans plus tard, François I" appelait en France Léonard de Vinci, non moins célèbre comme ingénieur que comme peintre. Mais les guerres suscitées par l’ambition de la maison d’Autriche et par les querelles religieuses arrêtèrent pendant un siècle l’essor de cette utile découverte. Ce fut Henri IV qui fit construire le premier canal à point de partage, celui de Briare, entre la Seine et la Loire.

Par les postes, par les canaux, un moyen de communication plus rapide pour les affaires et pour les choses était trouv A l’aide des lettres de change, des banques de dépôt et de crédit, les capitaux circulèrent comme les denrées; et les assurances pratiquées d’abord à Barcelone et à Florence, plus tard à Bruges, commencèrent le grand système de garanties qui, aujourd’hui, donne au conamerce tant d’audace et de sécurité.

Par toutes ces choses, les relations entre les citoyens se multipliant, l’État deviendra plus fort ; et, plus de liens unissant les peuples, l’Europe formera un grand corps de nations qui seront toutes solidaires, et plus tard, peut-être une seule famille.

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