CHAPITRE XII
RÉVOLUTION DANS LES LETTRES, LES ARTS ET LES SCIENCES, OU LA RENAISSANCE.
Découverte de l’imprimerie. — La renaissance des lettres. — la renaissance des arts. — La renaissance des sciences.
Découverte de l'Imprimerie.
Cette ardeur des hommes d’action qui les poussait à sortir des sentiers battus pour se jeter en des voies non frayées était partagée par les hommes d’étude. Eux aussi ils aspiraient après un autre monde et ils le cherchaient, non en avant, mais en arrière. Comme Colomb, ils ne croyaient aller que vers la terre antique, et, sur leur route, ils trouvèrent une terre nouvelle.
Rassasié des vaines disputes de la scolastique et des arguties de l’école, qu’un latin barbare enveloppait encore d’ombres épaisses, fatigué de se mouvoir dans le vide et les ténèbres, on se précipitait vers les pures lumières de l’antiquité renaissante. La découverte d’un manuscrit latin ou d’une statue grecque causait la joie d’une victoire. On ne créait pas encore, on imitait toujours. L’esprit, trop faible pour marcher seul par sa propre force, ne secouait le joug d’Aristote et de l’art hiératique du moyen âge que pour se placer sous la discipline de maîtres nouveaux : empire plus doux, parce que c’était un domination divisée qui permettait de libres “allures et préparait la complète émancipation des serfs de l’intelligence.
Cependant quelques hommes supérieurs eussent seuls vécu de l’esprit nouveau sans une invention admirable par quoi ce qui, sans elle, serait resté le bien d’un petit nombre, put devenir le domaine de tous.
En 1436, Jean Gutenberg, de Mayence, établi à Strasbourg, perfectionna les procédés de Laurent Goster, de Harlem, et créa l’art typographique en créant les caractères mobiles. Quatorze ans après, il s’associa avec le banquier mayençais Faust et avec Schoeffer, habile calligraphe, qui ajouta de nouveaux perfectionnements à la fonte des caractères et inventa probablement le moule mobile à la main à peu près semblable à celui qui est encore en usage aujourd’hui. Dès lors l’imprimerie était trouvée ; les Lettres d'indulgence et la Bible de 1454 en sont les plus anciens monuments. Cet art merveilleux se répandit avec rapidité en Allemagne, en Italie, en France, en Suisse, en Angleterre et bientôt dans toute l’Europe chrétienne *. Le prix des livres baissa subitement dans une proportion énorme *; et des imprimeurs, qui furent en même temps des érudits de premier ordre, les Aide Manuce, en Italie, les Estienne, en France, et les Froben, en Suisse, popularisèrent par le bon marché les chefs-d’œuvre littéraires de l'antiquité, dont ils donnèrent des éditions aussi remarquables parla pureté du texte que par la perfection typographique. H est facile d’apprécier les rapides progrès de l’imprimerie, et l’influence soudaine qu’elle exerça sur la civilisation, par ce fait que le seul Josse Bade, à Paris, ne publia pas moins de 400 ouvrages, la plupart in-folio. En 1529, les Colloquia d’Érasme furent tirés à 24 000 exemplaires, tant les peuples étaient avides d’apprendre ; « car ils commençaient à s’apercevoir, dit le docteur catholique Lingard, que leurs ancêtres avaient vécu dans l’esclavage de l’esprit comme dans la servitude du corps. »
Dès 650 on fabriquait à Samarcande et à Bockara du papier
1 . Nous donnons ici la date de l'introduction de l’imprimerie dans les direrses contrées : i Vienne, en 1462; à Rome, en 4 465; à Venise et i Milan, en 1469; i Lucerne et à Paris, 1470; à Florence, Fcrrare, Trévise, Bologne, Pavie et Naples, 1471 ; à Utrecht, à Parme et à Messine, 1473 ; à Gênes, en Belgique, en Angleterre et en Espagne, 1474; à BâIc, 1475; en Russie, 1486 ; en Suède, 1493; en Écosse, l5o8; en Turquie, 1726; en Grèce, en 1821. La Bible entière publiée en 1462 se vendit 30 florins; manuscrite, elle en coûtait de 400 à 500.
2. En 1500, Aide Manuce, à Venise, mettait en vente à 2 fr. 50 cent, (valeur actuelle) , son FirgiU in-8, et publiait au même prix toute une coUec* tion d’auteurs anciens ou nouveaux.