‹ Histoire des temps modernesChapitre 86 sur 311 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

avec de la soie. En 706, Amrou, à la Mecque, substitua le coton à la soie. Ce papier de coton ou de Damas, comme on l’appelait, fut connu d’assez bonne heure en Europe. Les Grecs l’importèrent dans l’Italie méridionale, où les rois normands de Naples l’employèrent fréquemment dans leurs diplômes. Les Arabes l’avaient introduit en Espagne; mais l’Espagne, ayant beaucoup de lin et de chanvre, préféra le papier de linge, qui, au treizième siècle, fut employé en Castille, et de là pénétra en France et dans le reste de l’Europe. Cependant le parchemin garda longtemps la prééminence, à cause de sa solidité. 11 était interdit aux notaires d’employer toute autre substance pour leurs actes authentiques. C’est seulement à la fin du quinzième siècle que lé triomphe du papier fut décidé, quand l’imprimerie, prenant l’essor, eut besoin d’une matière d’un prix peu élevé pour recevoir l’empreinte des caractères.

renalMMiiice des lettres.

L’Italie s’empara avidement de l’invention nouvelle. Dès 1465, il y avait des imprimeurs à Rome ; il y en eut en 1469 à Venise et à Milan. C’est que nulle part le ciilte de l’antiquité n’était aussi ardent, la recherche des manuscrits aussi vive. L’Italie semblait vouloir échapper au spectacle de ses vices et de sa dégradation en revivant dans les temps anciens dont elle exhumait pieusement les restes. Dans toutes les villes on restaurait les écoles, on fondait des bibhothèques. A Rome, le pape Eugène IV rétablissait l’université romaine, et Nicolas V envoyait de tous côtés des savants à la découverte des manuscrits ; il fit traduire les historiens grecs, plusieurs Pères de l’Éghse, et fonda la bibliothèque du Vatican. A Naples, Alphonse le Magnanime protégeait Laurent Valla et Pontanus, les restaurateurs de l’Académie napolitaine, et il ne demandait à Laurent de Médicis pour se réconcilier avec lui qu’un manuscrit de Tite Live. A Florence et à Pise, Cosme et Laurent le Magnifique commençaient la bibhothèque Médicéo- Laurentienne si célèbre plus tard, et offraient un honorable asile aux savants de tous les pays. Cosme, le fondateur de

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rAcadémie de la Grusca, chargea Marcile Ficin de traduire, d’expliquer Platon, et de commencer contre Aristote, l’oracle philosophique du moyen âge, une guerre qui devait aider à l’affranchissement de l’esprit humain. Gênes, appelée la Superbe à cause de ses palais de marbre, restait, sous la domination étrangère, en dehors de ce grand travail ; mais Venise y participait. A coté de l’ancienne université de Padoue s’éleva, dès 1470, celle de Venise.

Les descendants des turbulents barons changeaient leurs forteresses en cabinets d’étude, et oubliaient leurs armes pour leurs livres. Rome voyait le seigneur Pic de la Mirandole, devenu paladin de la science, soutenir contre tout venant des thèses en toutes langues et sur toutes choses. Le sombre Ludovic le More, lui-même, à Milan, protégeait les artistes et les savants. Il restaurait l’université de Pavie, il encourageait les débuts de Bramante, et le grand Léonard de Vinci, qu’ü avait nommé directeur de l’Académie de peinture et d’architecture de Milan, sculptait pour lui une statue équestre que les soldats de Louis XII brisèrent, et peignit, dans un des couvents de la ville, cette sainte Cène qui est ou plutôt qui fut son chef-d’œuvre. Les États secondaires obéissaient à l’entraînement général : les Gonzague à Mantoue, les Montefeltri à Urbin et surtout l’illustre maison d’Este à Ferrare.

Mais, entre tous ces noms gloriexix, il faut mettre en une place à part ceux de Jules II et de Léon X. Le premier, au milieu de ses négociations et de ses guerres, trouva le temps ^ d’attirer et de retenir à sa cour une foule d’hommes éminents par leur érudition, leur intelligence du beau et leur génie.

Une chose suffît à sa renommée : il a commencé Saint-Pierre de Rome, et chargé Michel- Ange d’en élever la coupole, c Les , belles-lettres, disait-il,sont de l’argent aux roturiers, de l’or aux nobles et des diamants aux princes. » Le jour où l’on retrouva le Laocoon dans les Thermes de Titus, il fît sonner les cloches de toutes les églises de Rome. Le second, issu de la famille des Médicis, fut bien plus le prince des lettres et des artistes que le pontife des chrétiens. « Favoriser les progrès des lettres, disait-il lui-même, est une partie importante des devoirs pontificaux. » Raphaël peignit pour lui les fresques du Vati-

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