CHAPITRE XII
can, Michel- Ange celles de la chapelle Sixtine, et il achetait 500 sequins un exemplaire manuscrit des cinq premiers livres de Tite Live, qu’il se hâtait de faire imprimer. On donne parfois son nom à ce siècle ; c’est une flatterie, mais ce n’est pas une injustice.
Ce réveil du goût pour l’érudition antique n’était malheureusement pas, chez les Italiens, le réveil des mâles vertus et des fortes pensées de Rome et d’Athènes. Aussi la littérature italienne, plus savante au seizième qu’au quatorzième siècle, fut-elle moins originale et moins virile. On secoua bien l’autorité d’Aristote, grâce à la lecture de son étemel rival Platon, dont les œuvres furent éditées à Venise, par les Aides, en 1513; mais on ne créa point de philosophie. On emprunta aux historiens anciens l’art de grouper les faits et de couper le récit par des discours de convention; mais l’Italie ne trouva ni un Hérodote ni un Tacite. On découvrit la géographie dans Ptolémée, la botanique dans Dioscoride, la médecine dans Galien et dans Hippocrate; mais on ne fit faire â ces sciences aucun progrès. Rien ne naquit, en un mot, comme au siècle de Dante, des profondeurs de la nationalité et du génie italiens.
Sans parler de Sannazar et de ses Idylles piscatoires, de Vida qui chanta les Échecs et les Fe?’s à soie en si beau latin, avant d’écrire sa Christiade, comment trouver une inspiration tant soit peu personnelle dans le cicéronien Bembo, ce cardinal favori de Léon X, qui n’allait pas aux sermons parce qu’on y parlait trop mal, qui jurait per deos immortales, appelait la Vierge Dea Lauretana, et croyait que, l’homme ne pouvant désormais rien créer de neuf en littérature, il n’y avait plus qu’une chose à faire : pour le latin, imiter Cicéron; pour l’italien, imiter Pétrarque *. Sadolet, du moins, ajoutait à ce culte pour Cicéron celui de la vertu et un esprit de tolérance qui recommande près de nous sa mémoire, bien plus que ses belles lettres latines.
I. Bembo, né à Venise en <470, mourut en <547. Sadolet, né à Modéne en <477, fut évéque de Carpentras et cardinal; il mourut la même année que Bembo. Jules-César Scaliger de Padoue, autre latiniste fameux, vécut en France et s’y maria. Un de ses flls, Jusepli-Jusle, fut plus célèbre comme érudit. Un autre Italien, Pierre-Martyr d’Anghiera, vécut en Espagne. Nous avons de lui 813 lettres qui ne sont pas toutes d’inuliies aropHQcations.
L’Italie n'eut à cette époque que deux grands écrivains, l’Arioste et Machiavel, et un historien célèbre, Guichardin^; nombre 'd’artistes en style et pas un seul ouvrage d’une puissante originalité, parce que l’imagination et l’esprit n’y furent jamais au service de grandes idées ni de sentiments élevés et purs. Le Roland furieux de l’Arioste fut publié en 1515, l’année même où François I*'' gagnait, aux dépens de l’Italie, la bataille de Marignan. Le comte Boiardo avait récemment écrit V Orlando Inamorato, où la donnée des poèmes chevaleresques était encore gravement prise au sérieux. L’Arioste en fit la contre-partie. Son poème héroï-comique, contraire à l’histoire et à la vérité morale, est un chef-d’œuvre d’imagination et de grâce ; mais, en vérité, quand on pense au milieu de quelles circonstances l’Arioste imaginait toutes ces féeries, on est tenté de répéter les paroles du cardinal d’Este : « Eh ! messire Arioste, où avez-vous pris tant de balivernes? » Un trait peint l’esprit de ce temps : Bembo, l’ami de l’Arioste, eût voulu qu’il écrivît son poème en vers latins. « J’aime noieux, répondit le poète, être le premier entre les poètes toscans, qu’à peine le second parmi les latins *. » Et il a eu raison : ces « balivernes ■ ont vécu par ce qui fait vivre les livres, par le style.
Il est à noter comme trait de mœurs plutôt que de littérature que Boccace avait eu une nombreuse lignée de conteurs plus licencieux que lui-même. Cette immoralité gagna le théâtre et s’y accrut, car les yeux virent ce que les oreilles seules entendaient. Les deux premières comédies modernes, la Calandra, du cardinal Bibiena, et la Mandragore^ de Machiavel , qui furent représentées à la cour pontificale , sont salies de ces obscénités, qu’on retrouve encore dans l’épopée de l’Arioste ; et l’Arétin fut fait par Jules III chevaber de Saint-Pierre, en attendant le cardinalat. '
Les caractères les plus fortement trempés s’abandonnaient
4 . Gnichardin, né à Florence en 1482, mort en 4 540, fut ambassadeur de Florence, puis du saint-siège, auprès de plusieurs princes; U écrivit l’histoire de l’Italie, de 1490 à 1534. Le Tasse est de la seconde moitié du siècle (1644-1606).
2. L’ Arioste (Ludovico Ariosto), né en 1474 à Reggio, mort en 1534. Il passa presque toute sa vie à la cour des ducs de Ferrare.