CHAPITRE XII
can sont des modèles. C’est Bramante que le pape Jules II chargea de dessiner le plan de Saint-Pierre de Rome. Arrêté par la mort, il eut pour successeur Michel- Ange, qui lui emprunta l’idée de la célèbre coupole.
Dès le treizième siècle, Nicolas et André de Pise avaient secoué le joug de l’art conventionnel, de la tradition byzantine, et créé la sculpture italienne (chaires de Pise et de Sienne, tombeau de saint Dominique à Bologne). Laurent Ghiberti, au quinzième (1378-1455), se mit au premier rang, par ses deux portes du baptistère de Florence, « dignes d’être placées à l’entrée du paradis, » disait Michel-Ange. A côté de ce grand artiste, Donatello (1383-1466), moins élevé de style, plus énergique d’expression, fonda l’école florentine de sculpture dont André Verocchio (1432-1488) et Alexandre Léopardi furent les illustres représentants, et qui a pour principal caractère l'imitation exacte et savante du modèle, le naturalisme, comme on l’a appelé. Le chef-d’œuvre de Donatello était une statue de saint Marc, d’une telle vérité, qu’après l’avoir contemplée longtemps, Michel-Ange s’écria : « Marco perche non miparli? » Leur contemporain, Lucia délia Robbia, dont presque tous les ouvrages sont faits d’une terre cuite vernissée qui ressemble à de la faïence , conserva la naïveté de la sculpture du moyen âge, mais en lui donnant une pureté de style presque antique.
La sculpture d’ornement, enchaînée à la tradition avant la Renaissance, devint, avec les Lombardi et Benvenuto Gellini *, le fameux ciseleur, un art admirable, en même temps qu’une industrie florissante.
La supériorité des Italiens sur les Grecs dans la sculpture et dans l’architecture est fort contestable ; elle ne l’est pas dans la peinture. Dès le treizième siècle, Giotto (1276-1336), ami de Dante et élève de Gimabué, le dernier des peintres
4. Benvennlo Cellini, né à Florence en 1600, mort en 1570, orférre et sculpteur, qui travailla beaucoup pour François I*'. Il a laissé de curieux Mémoires dans lesquels il se vante d’avoir tiré le coup d’arquebuse qui tua le connétable de Bourbon à l’assaut de Rome. Le musée du Louvre possède de lui \a Nymphe de Fontainehleau, bas-relief en bronze, dans la salle des Cariatides.
de l’école byzantine, créa un système nouveau. Plus de vérité dans l’expression et dans les draperies, plus de correction et d’exactitude dans le dessin , un commencement de modelé, la passion et la grandeur unies dans la composition à la grâce, telles sont les qualités qui firent de Giotto pendant un siècle le plus grand peintre de l’Ilalie.*
La peinture giottesque domina jusqu’aux premières années du quinzième siècle. A cette époque, deux importantes modifications dans les procédés matériels amenèrent dans la pratique même de l’art une véritable révolution. D’une part, on appliqua les principes de la perspective linéaire enseignée par Ucello (mort en 1472) qu’aidait le mathématicien Manetti; d’un autre côté, les frères van Eyck de Bruges (1370-1450) perfectionnèrent à un tel point les procédés de la peinture à l’huile, que la peinture à la détrempe fut abandonnée, et que l’on ne conserva la fresque que pour décorer les murailles des grands monuments.
Lltalie compta alors trois grandes écoles : l’école naturaliste de Florence, fondée par Masaccio (1402-1443), qui cessa enfin d’observer les caractères typiques , le formalisme byzantin, que Giotto conservait encore ; l’école ombrienne, religieuse et spiritualiste, qui eut à sa tête le Pérugin ; enfin l’école coloriste de Venise, dont le chef fut Giovanni Bellini.
C’est k ce moment, quand l’étude de la nature et la science du dessin avaient déjà fait de grands progrès , mais lorsqu’il restait à donner au dessin la grâce, à la couleur l’harmonie, et surtout à la vérité des formes le beau idéal, que parurent six hommes d’un génie extraordinaire , les plus grands peintres de l’Italie et de tous les temps, Léonard de Vinci, Michel- Ange, le Corrége, Giorgione, le Titien et le divin Raphaël.
Si la puissance créatrice de la Renaissance et du seizième siècle fut quelque part, c’est en Michel-Ange Buonarotti. Il naquit en 1474, près d’Arezzo, d’une illustre famille patricienne, et montra dès le jeune âge pour le dessin une vocation tellement forte, qu’elle triompha des préjugés nobiliaires de sa famille. Les hommes de ce temps embrassaient tout. Il fut un sculpteur incomparable, un grand architecte, quoique fougueux et incorrect, un peintre de premier ordre et un in-