CHAPITRE XII
génieur éminent : chargé de fortifier Florence assiégée, il la défendit un an. 11 fut très-versé dans l’anatomie , et de sa main d’artiste, disséquant des cadavres, il acquit de la structure interne du corps humain, du jeu des muscles, cette connaissance profonde qui lui a permis de donner tant de relie! à ses représentations de la forme humaine, et de replacer le beau dans le vrai, par l’alliance de l’art et de la science. La nature, si oubliée des artistes du moyen âge, reprit son empire. La puissante originalité de Michel-Ange vient de ce qu’il se mettait en face d’elle. H sut, quand il voulut, contrefaire l’antique à s’y méprendre, mais ne s’en laissa pas dominer. C’est le Corneille de la sculpture par le caractère excessif de force et de grandeur qu’il donnait aux œuvres travaillées par ses mains.
H eut pour maître Dominique Ghirlandajo , de Florence, dont il dépassa bientôt la peinture froide, maigre, scolastique, si j’ose dire. Protégé d’abord parles Médicis, il perdit cet appui lorsqu’une révolution les chassa de Florence. C’est alors qu’il vint à Rome, où Jules II le chargea de construire son mausolée. Il traça un plan colossal dont quelques figures seulement furent exécutées : l’une d’elles est son Moïse assis et tenant la table de la loi. Austère dans ses mœurs, sobre à l’extrême, stoïcien de caractère, la plupart du temps seul en présence de la nature vivante ou morte et de ces méditations puissantes, il quitta Rome par fierté, parce qu’un jour la porte du pontife lui fut fermée, et résista longtemps aux prières et aux menaces. Il revint pourtant, et fit de Jules II, conquérant de Bologne, cette statue qui semblait plutôt châtier que bénir la ville. Le soin de décorer de fresques la voûte de la chapelle Sixüne lui fut alors confié : c’était un piège de ses ennemis, surtout de Bramante, qui, jaloux, s’efforçait de lui opposer Raphaël, déjà célèbre. Michel-Ange ignorait la fresque ; il fit venir des peintres en ce genre ; puis, mécontent de leur ouvrage, le détruisit , s’enferma dans la chapelle Sixtine, dont il portait sur lui les clefs, et exécuta tout seul, en vingt mois, ces prodigieuses figures de prophètes et de sibylles, qui furent une révélation du grandiose dans l’art. Léon X, Clément VII, Paul III , le protégèrent tour à
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tour. Ses œuvres principales dant cette période furent le mausolée de Jules H, tel qu’on le voit aujourd’hui dans l’église ’ de Saint-Pierre aux Liens : les tombeaux de Laurent et de Julien de Médicis, à Florence, où figurait la Nuit, si célèbre sous la figure d’une femme endormie ; la grande fresque du Jugement dernier, où revit le génie de Dante, si digne d’inspirer Michel- Ange ; enfin , cette immortelle basilique de Saint-Pierre qu’il acheva en se servant des plans du Bramante, mais tellement modifiés, qu’elle est demeurée un de ses plus grands titres de gloire. Ce fut aussi un de ses derniers ouvrages. Il mourut à quatre-vingt-dix ans, en 1564, comme un patriarche de l’art moderne. Notre musée de sculpture a de lui Deux Captifs, mais son grand tableau, la Résurrection de Lazare, est à Londres.
Michel- Ange fut poète aussi et grand poète, comme s’il n’eût voulu laisser nulle partie de l’art où l’on ne retrouvât sa trace. Il fit beaucoup de sonnets, quelques-uns magnifiques. Strozzi avait écrit au-dessous de sa belle statue de la Nuit :
Œ La nuit que tu vois dormir en si douce attitude a été sculptée par un ange dans cette pierre. Bien qu’elle dorme, elle vit. Eu doutes-tu? Éveille-la, elle parlera. » C’était après les grands désastres de l’Italie ; l’âme patriotique de Michel- Ange était pleine de ces douloureux souvenirs. Il répondit à Strozzi, au nom de la Nuit : « Il me plaît de dormir; il me plairait davantage d’être de pierre, tant que dureront les jours de malheur et de honte. Ne pas voir, ne pas sentir, m’est grand avantage. C’est pourquoi ne m’éveille pas. De grâce, parle bas. »
Léonard de Vinci naquit en 1452 au château de Vinci près de Florence. Son goût particulier pour la peinture, sans lui faire négliger les autres branches de connaissances, décida sa famille à le placer dans l’atelier d’André Vérocchio. Protégé par Ludovic Sforza, il le fut aussi, plus tard par Louis XII devenu maître de l^lan, par Léon X, et enfin par François I*', qui l’attira (1515) en France , et le logea au palais de Clou, à Amboise , où il mourut. Par la date , il précède donc Michel-Ange, et celui-ci débutait, que déjà Léonard était illustre. Son influence n’eut pas assurément une por-