‹ Histoire des temps modernesChapitre 93 sur 311 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

tée aussi grande; il ne fit pas, comme le peintre de la^ chapelle Sixtine , une révolution dans l’esprit de l’art : mais il pratiquait et recommandait comme lui l’observ'ation de la nature. Un jour qu’il avait à peindre une scène joyeuse, il invita ses amis à un repas, et, par de plaisantes histoires, les fit rire à gorge déployée, recueillant à leur insu tous les traits de son tableau. La pratique de la peinture lui doit beaucoup. Un jour Léon X le trouva occupé à inventer un nouveau genre de vernis. Il porta à un haut degré l’art de la composition, la science du clair-obscur, celle de la couleur, et écrivit un traité de la peinture que tous les grands peintres ont médité. Son chef-d’œuvre, la Sainte Cène {il Cenacolo), au couvent de Sainte-Marie des Grâces , à Milan, est malheureusement complètement dégradé. La couleur de sa Joconde, au musée du Louvre, a été aussi fort maltraitée par le temps. Nous avons de lui un Saint Jean-Baptiste, une Sainte Famille, qui ne vaut peut-être pas celle du même peintre, qui se trouve à Madrid, et le portrait de la Belle Ferronnière, qui est contesté. Ses Vierges sont encore éloignées de celles de Raphaël ; mais , malgré la maigreur de son dessin et la fausseté de certains tons plombés, il a la gloire d’avoir précédé le Sanzio dans la beauté , Müchel-Ange dans la force, et le Gorrége dans la grâce.

La peinture n’occupa que la plus petite partie du temps de Léonard ; il a laissé d’admirables chevaux en relief, un beau modèle de Jésus-Christ dans sa jeunesse, et entreprit la colossale statue équestre de Sforza, qui ne fut jamais achevée ; comme ingénieur, il joignit le canal de Marsetana à celui du Tessin par des travaux remarquables , et fortifia les places du Milanais ; enfin, il fit de la mécanique avec succès. Un jour, h Milan, Louis XII s’étonna de voir un lion automate qui vint au-devant de lui, se dressa sur ses pattes, et s’ouvrit la poitrine pour laisser voir l’écusson de France. C’était l’œuvre de Léonardo.

Antonio Allegri, appelé le Corrége, parce qu’il était né à Correggio, dans leModénais, en 1494, dut à Raphaël la révélation de son génie. « Et moi aussi je suis peintre, » s’écria-t-il en face d’un tableau du divin Sanzio, Ancii’ io son pittore. Il

passa la plus grande partie de sa vie (40 ans), à Parme, où il décora la coupole de la cathédrale de fresques magnifiques. Ses tableaux, le Sommet/ d’.4ntiopc, du musée du Louvre, et le Saint Jérôme de Prague, sont peut-être supérieurs par l’éclat de la lumière et la perfection de l’effet, mais son style suave et gracieux conduisit à l’afféterie ceux qui marchèrent sur ses traces, sans avoir son génie. Le musée du Louvre possède aussi de lui un Mariage de sainte Catherine.

Giorgione Barbarelli (1448-1511) et Tiziano Vecellio, dit le Titien (1477-1576), tous deux élèves de Giovanni Bellini (1426-1516), appartiennent à l’école vénitienne. Tour à tour austères, charmants, héroïques ou simples, ils furent toujours et en tout les princes de la couleur, Giorgione avec plus d’originalité peut-être et plus d’imprévu que le Titien. Beaucoup des fresques du Giorgione ont péri. Notre musée a de lui une Sainte Famille et un Concert champêtre. Le Titien, qui, poussa sa carrière jusqu’à quatre-vingt-dix-neuf ans, presque sans faiblir, fut le peintre de Gharles-Quint. Ses portraits occupent le premier rang parmi ses ouvrages, et peut-être n’ont-ils jamais été surpassés. Nous possédons dix-huit de ses tableaux, le Christ mis an tombeau, les Pèlerins d'Emmaüs, le Couronnement d’épines, la Vénus du Pardo, un portrait de François I", et celui d’une femme, peinture d’une merveilleuse beauté.

Raphaël Sanzio naquit à Urbin, en 1483, d’une famille de peintres. Il mania le pinceau dès le jeune âge, et eut pour maître le Pérugin, qu’il imita d’abord docilement, qu’il égala, qu’il dépassa enfin. Sa croissance artistique n’eut pas la fougue et la soudaineté de celle de Michel-Ange. Trois époques et trois manières différentes se marquent sensiblement dans ses œuvres. Il vint à Florence en 1503, vécut alternativement dans cette ville et à Pérouse, et ne se fixa à Rome qu’en 1 508, appelé par Bramante, son parent. Sa Vierge Belle Jardinière, avec d’autres œuvres, l’avait déjà illustré. Jules II le chargea de décorer les salles du Vatican ; il y peignit ces magnifiques tableaux, dont nous avons plusieurs copies : la Dispute du saint sacrement onia. Théologie, V École d'Athènes ou la Philosophie, le Parnasse ou la Poésie, la Jurisprudence et la Justice, ou Grégoire IX donnant les Décrétales, et Justinien les

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