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CHAPITRE Xll

et des modèles. U acheta plus de cent statues, acquit de Léonard de Vinci la Joconde; de Raphaël le Saint Michel et la Sainte Famille. Il attira par ses %ards autant que par ses faveurs les artistes les plus distingués de l’Italie, le vieux Léonard de Vinci, le Rosso, le Primatice, André del Sartho, Benvenuto Gellini, pour lui bâtir des châteaux ou décorer ses palais de Fontainebleau, de Saint-Germain, de Madrid, de Chambord, de Chenonceaux. A l’exemple du roi, les grands remplacèrent leurs sombres demeures féodales par d’élégantes constructions. Ainsi Montmorency bâtissait Écouen et Chantilly, Duprat sa fastueuse habitation de Nantouillet, Samblançay le château du même nom, près de Tours.

Plusieurs de ces édifices, notamment Chambord, furent construits par des artistes français. Le génie de nos architectes et de nos sculpteurs grandit au contact de l’art italien, et ce siècle ne compte pas moins de cinq hommes de premier ordre, architectes, sculpteurs ou peintres. Pierre Lescot, de Paris, donna en 1541 le plan du Louvre et construisit une partie de la façade où se trouve le pavillon de l’Horloge. Philibert Delorme, né à Lyon, commença le château des Tuileries par ordre de la reine Catherine de Médicis, et dessina le plan du tombeau de François I^à Saint-Denis. Les bas-reliefs sont l’œuvre d’un Français dont le nom est resté inconnu, mais qui a eu pour élève Jean Goujon, le Phidias français et le Corrége de la sculpture. Jean Goujon sut réunir la science de l’anatomie à la sûreté et au fini du ciseau, la force à la grâce. Les morceaux les plus remarquables qui nous restent de lui sont ses cariatides de la salle des Gardes au Louvre, les délicieuses figures de la fontaine des Innocents, et un groupe de la Diane chasseresse.

Germain Pilon, du Mans, se distingua par une extraordinaire facilité. On lui doit les sculptures du mausolée de Henri II, les tombeaux du chancelier Birague, de Guillaume du Bellay et surtout le groupe des trois Grâces^ taillé dans im seul bloc de marbre.

Jean Cousin, né à Soucy, près de Sens, en 1401, fut à la fois sculpteur et peintre. Sa statue de l’amiral Chabot le place à côté de Germain Pilon j mais ü fut au seizième siècle sans

rival en ï'rance pour les vitraux et la peinture à l’huile. Toutefois notre école de peinture ne commence qu’au siècle suivant avec Lesueur et Poussin.

L’Allemagne, au contraire de nous, possédait des peintres et n’avait pas de sculpteurs. Albert Durer et Holbeïn sont encore aujourd’hui fameux, mais n’eurent pas le successeur. La réforme fut aussi fatale à l’art de l’Allemagne qu’à sa littérature.

L’Espagne et l’Angleterre, encore moins bien partagées, n’eurent au seizième siècle ni artistes, ni monuments. L’école hollandaise n’existait pas : elle date du siècle suivant; celle de Flandre, fondée depuis longtemps et illustrée parVanEyck, et Hemmelinck, attendait en sommeillant la venue de Rubens.

Vers le milieu du quinzième siècle, le Florentin Finiguerra, fort connu déjà par son habileté à nieller parvint à tirer de belles épreuves des dessins qu’il avait gravés sur cuivre. De sorte qu’au même moment où Gutenberg trouvait le moyen de multiplier à l’infini les ouvrages des savants et des grands écrivains, Finiguerra donnait celui de populariser par tout le monde civilisé l’image au moins des chefs-d’œuvre des artistes immortels *. La gravure à l’eau forte fut inventée peu de temps après, et deux grands artistes, l’Allemand Albert Dürer (1471-1528) et le Bolonais Marc- Antoine Raimondi (1488-1546), portèrent aussitôt cet art à un grand degré de perfection. Leurs gravures sont encore recherchées aujourd’hui. Albert Dürer, qui était aussrun grand peintre, les composait lui-même. Marc-Antoine a reproduit les chefsd’œuvre de Raphaël *.

4. On appelle nielles les ornements faits avec un métal fondu ou en émail, qu’on a coulé dans les dessins tracés en creux ou sur un autre métal. Le moyen âge avait connu et fort bien pratiqué cet art qui devait conduire à la gravure, mais qui n’y conduisit qu’au couimencemeut des temps modernes.

2. La plus ancienne gravure sur bois que l’on possède encore, le Saint- Christofihe, est de 1423, et la plus ancienne sur mêlai, la Flagellation, de 1446, sont cependant toutes deux allemandes. Les premières estWipes de Finiguerra sont sans date.

3. La plus ancienne gravure à l’eau-forte qui soit connue est celle de W’enceslas d’OImütz au Britisli Muséum; elle porte la date de i496 et est, par conséquent, de dix- neuf ans antérieure i la plus ancienne d’Âlbert Dürer, qui porte la date de i&is.

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