CHAPITRE XII
Le moyen âge n’avait eu que des instruments fort imparfaits, le rebec, le monocorde, le clavicorde, l’épinette, qui offraient bien peu de ressources aux compositeurs. Mais au seizième siècle, le rebec des ménestrels devint, par l’addition d’une quatrième corde et par quelques changements de forme, le violon, c’est-à-dire l’instrument le plus important de l’orchestre. Il semble que ce soit en France que cette innovation ait eu lieu. Le clavecin, qui est pour le compositeur un orchestre tout entier, prit, vers 1 500, une grande importance, quand un simple menuisier d’Anvers, Hans Buckers, porta l’étendue du clavier à quatre octaves et doubla les cordes de chaque note pour obtenir des effets plus variés et ime sonorité plus grande. Les instruments ne faisant plus défaut, les compositeurs parurent et les écoles se fondèrent. En 1527, un autre Flamand, Adrien Willaert, maître de chapelle à Saint -Marc de Venise, fonda la première école véritîible de musique. Au lieu de simples motets, on composa dès lors des messes et des psaumes à plusieurs chœurs, chacun de quatre parties. La musique dramatique ne prit naissance qu’à la fin du siècle, le premier opéra régulier ou drame lyrique la Mort d'Eurydice, tragédie avec couplets et chœurs, ayant été représentée à Florence à l’occasion du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis ; mais la musique religieuse atteignait déjà à sa plus grande hauteur avec Palestrina (1529-1594), qui s’attacha à donner à ses mélodies un caractère en rapport avec le sens des paroles qu’elles accompagnaient. L’Eglise répète encore ses accents inspirés, son Slahat et son Miserere. Dès lors le goût musical s’étendit. Henri VIII, Élisabeth, Charles IX prétendront au titre de bons musiciens.
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La science hésitait encore entre les rêveries du moyen âge et la raison sévère qui la guide aujourd’hui. Ainsi le mathématicien Cardan (né à Pavie, 1501-1570), croyait à l’astrologie et surtout voulait y faire croire les autres ; Paracelse, d’Einsiedeln en Suisse (1493-1541), était médecin et thaumaturge, Cornélius Agrippa, ingénieur, général, théologien, fut quinze
OU vingt fois condamné à mort comme sectateur des sciences occultes. Que de gens tiennent au moyen âge ! que de gens, même parmi les esprits les plus fermes, comme Ambroise Paré et Jean Bodin, continuaient de croire au diable, aux incubes, aux sorcières. Celles-ci pullulaient depuis que l’inquisition les envoyait au bûcher, et il y eut, durant un siècle et demi, ime de ces épidémies morales qui, de nos jours heureusement, ne durent que quelques mois. Des milliers de fous qu’il eût fallu traiter par l’ellébore, comme disait Alciat, périrent dans les flammes. En quelques années on fit 6500 procès de sorcellerie dans l’électorat de Trêves, 30 000 en Angleterre. Un conseiller du duc de Lorraine se vante d’avoir supplicié 900 sorciers en quinze années. Dans la seule ville de Wurtzbourg, 158 furent brûlés en 1627 et 1628. Peu de guerres ont été aussi sanglantes que les boucheries légales de l’inquisition contre ces malheureux. Un jésuite allemand, le P. Spé, eut le courage de s’élever contre ces procédures abonoinables *. Son nom mérite d’être tiré de l’oubli et placé à côté de celui de notre Malebranche, qui voulait qu’on ne poursuivît pas les prétendus sorciers.
Mais si les vaines imaginations du moyen âge gardaient un empire à peine ébranlé, la froide et sévère raison perçait çà et là ces ténèbres pesantes, comme les hautes montagnes portent leurs cimes en pleine lumière au-dessus des nuages qui roulent pesamment le long de leurs flancs et dans les vallées humides et sombres.
Aux temps modernes appartiennent, par leur esprit et le caractère de leurs travaux, Tartaglia (mort à Venise en 1557), qui résolut l’équation du troisième degré par de nouvelles formules, et qui appliqua les mathématiques à l’art de la guerre; Vésale, de Bruxelles, médecin de Gharles-Quint et de Philippe U, qui créa Tanatomie humaine et enseigna long-
1. Causio criminalis.... RbitUel, 1634, traduit eu français sous le titre i’Avis aux criminalistes, Lyon, 1660, par un médecin de Besançon qui n’osa signer. Ce n’est qu’i la Dn du dix-septième siècle que l’accusation de sorcellerie a été abandonnée par les tribunaux. Cf Denisart, Colt, de jurispr,, aux mots Sorciers Cl Devins ; Calmeil, Sur la folie depuis la Renaissance, On pendit encore, de ce chef, deux femmes en Angleterre en 1716 et on en brûla une i Wurtzbourg en 1749, une autre à Claris en 1786.