‹ Histoire des temps modernesChapitre 97 sur 311 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

temps en Italie; Ferrari de Bologne (1522-1566), qui donna une ingénieuse méthode pour la solution des équations du quatrième degré; et un peu plus tard le Français Viète (1540- 1603), qui trouva l’application de l’algèbre à la géométrie et précéda Descartes et Newton dans la voie de l’analyse mathématique.

Les arts, les lettres mêmes, ne peuvent se développer que dans certains milieux. La science est plus indépendante des circonstances extérieures ; il ne faut donc pas s’étonner si le premier savant de ce siècle fut un Polonais : Copernic, né à Thorn en 1473, et qui fît ses études à Graco vie. Elles embrassèrent toutes les connaissances : il s’occupa de philosophie, fut reçu docteur en médecine, et étudia le dessin et la peinture pour mieux profiter d’un voyage qu’il fit en Italie. A Rome, il professa les mathématiques avec une grande distinction. De retour dans son pays et pourvu d’un canonicat, il s’occupa de son grand travail sur le système du monde. Il passa en revue toutes les idées de ses contemporains et des anciens : il vit les Égyptiens faire tourner Mercure et Vénus autour du soleil; mais le soleil lui-même, ainsi que Mars, Jupiter, Saturne autour de la terre ; il vit Apollonius de Perge donner le soleil pour centre à tous les mouvements planétaires, mais le faire tourner aussi autour de la terre ; dans tous ces systèmes la terre était le centre du monde. La faire déchoir de ce rang suprême, quelle audace ! Quelle atteinte portée aux préjugés vulgaires, à celui surtout qui fait que l’homme se croit le centre de toutes les choses ! Copernic l’osa ; il donna à la terre, outre le mouvement de rotation sur son axe, imaginé déjà par quelques philosophes anciens, un mouvement de gravitation, entrevu autrefois par Philolaos, autour du soleil, immobilisé désormais au centre du monde. Dès l’année 1507, Copernic était en possession de son nouveau système, il passa le reste de sa vie, trente-six années, à le vérifier par l’observation et le calcul. Telle était la hauteur du génie de ce grand homme, que plusieurs des conséquences qu’il avait tirées de ses principes, sans être lui-même à portée de les vérifier, furent plus tard reconnues vraies. En attendant, il était en butte aux sarcasmes et aux railleries de la foule. On le jouait sur le

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théâtre, comme on avait joué Socrate. « Que voulez-vous, disait-il à ses amis, je ne sais pas ce qui plaît au vulgaire, et le vulgaire ne comprend pas ce que je sais. » Du reste, son grand ouvrage de Revolulionibus orbium cœlestium, dédié au pape Paul III, ne parut que l’année de sa mort ; la gloire commença pour lui au moment où finit sa vie (1543).

Ainsi, tandis que les navigateurs découvraiènt et livraient à l’activité humaine de nouveaux mondes, la science découvrait et livrait à leurs méditations les vraies lois de l’univers. Comment s’étonner que le siècle qui voyait ces grands résultats de i’ audace et de l’intelligence se soit abandonné à la redoutable puissance de la pensée !

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