CHAPITRE XIII
LA RÉVOLUTION DANS LES CROYANCES, ou' LA RÉFORME.
Etat du clergé au seizième siècle. — Luther : la réforme en Allemagne et dans les États Scandinaves (1517-1.')55). — Zwingli et Calvin: la réforme en Suisse, en France, aux Pays-Bas et en Écosse (1517-1559). — La réforme en Angleterre (1531-1562). — Principales différences entre les Églises protestantes.
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Un des hommes d’État les plus distingués du seizième siècle, le cardinal Pôle, écrivait au pape Léon X qu’il était dangereux de rendre les hommes trop savants. C’est en effet la renaissance des lettres qui causa en partie la réforme religieuse. L’étude des anciens ouvrit à la pensée des horizons inconnus . L’invention de l’imprimerie, la découverte de l’Amérique, les progrès de l’industrie, l’immense extension du commerce, éveillèrent dans les esprits des idées nouvelles. L’homme sentait grandir son intelligence en même temps qu’ü voyait s’accroître son domaine.
Êlonné de toutes ces nouveautés, il se mit à douter de beaucoup de choses anciennes. L’esprit de curiosité et d’examen se porta sur tout, il avait transformé les arts, les lettres, l’état social, il voulut transformer aussi les institutions religieuses.
Il se passa alors quelque chose d’analogue à ce que nos pères ont vu. La littérature du dix-huitième siècle, par son habitude de remonter en tout aux principes, prépara la révolution politique et sociale de 1789 ; celle du seizième, par son culte pour les deux antiquités, sacrée et profane, qui venaient
d’être comme retrouvées, mena à la réforme religieuse dont le vrai caractère est un mélange d’esprit rationaliste pris aux païens, et d’ardeur théologique empruntée à la Bible, à saint Paul, à saint Augustin.
Mais le premier auteur de cette révolution fut le clergé luimême. L’esprit religieux se mourait. Qu’y avait-il de communavec l’Eglise des premiers jours, pauvre, humble, ardente, et l’Église opulente, souveraine, oisive, de ce Léon X, qui vivait en gentilhomme de la Renaissance avec des veneurs, des artistes, des poètes, bien plus qu’avec des théologiens, ou celle de ce cardinal Bembo, qui écrivait à Sadolet : « Ne lisez pas les épîtres de saint Paul, de peur que ce style barbare ne vous corrompe le goût. Laissez ces niaiseries, indignes d’un homme grave ; Omitte has nugas; non enim decent gravera virum taies ineptiæ. » Et les moines, que n’en disait-on pas? On ne change point les voies du monde avec des satires: Érasme, Hutten et tous les pamphlets n’auraient rien pu au treizième siècle. Ils pouvaient beaucoup au seizième, parce que des abus, qui alors n’existaient point, ou qui n’étaient que très-faibles encore, s’étaient produits, trois siècles plus tard, avec une redoutable intensité dans la discipline et les mœurs du clergé. Écoutons le dernier des Pères de l’Église. « Il y avait, dit Bossuet ‘, plusieurs siècles qu’on désirait la réforme de la discipline ecclésiastique: « Qui me donnera, c disait saint Bernard, que je voie, avant que de mourir, l’Éc glise de Dieu comme elle était dans les premiers jours ?» Si ce saint homme a eu quelque chose à regretter en mourant, ç’a été de n’avoir pas vu un changement si heureux. Il a gémi tonte sa vie des maux de l’Église. Il n’a cessé d’en avertir les peuples, le clergé, les évêques , les papes même ; il ne craignait pas d’en avertir aussi les religieux qui s’en affligeaient avec lui dans leur solitude et louaient d’autant plus la bonté
4. Histoire des variations. Édit. Didot, t. IV, p. 7 et 8. Jean de Médicia, qni fut pape sous le nom de Léon X, était dans sa jeunesse chanoine de trois cathédrales, curé de neuf églises, prieur de quinze ahbayes. On en trouve la liste dans Fabroni, Leoais X vita, t797. Des évêques avaient de même plusieurs sièges épiscopaux. Ainsi le cardinal de Lorraine avait trois archevêchés, Reims, Lyon et Narbonne; quinze évêchés, dont Alby, Montauban, Nantes, Luçon, etc. Georges d’Amboise était, pour le moins, aussi bien renté.