CHAPITRE XII
Théâtres de Bloiidin, de Belleville, du Lycée, Théâtre-Français ou des Variétés (1).
Les trois premiers de ces théâtres , n'ayant existé que peu d'années et n'offrant rien de saillant ou qui puisse intéresser, nous dispensent de citer autre chose que leurs noms. Nous ajouterons seulement que le théâtre Blondin était construit sur les allées de Tourny, et servit, en 1791, aux représentations d'une troupe italienne dirigée par le sieur Feyzeau. Le second prit son nom d'un sieur Belleville, qui, en 1775, établit, sur les allées d'Albret , une salle de bal appelée Grand-Colysée. Le désordre s'étant mis dans ses affaires, il ferma ce premier établissement et en établit un nouveau sur le grand cours de Tourny, auquel il donna le nom à' Ambigu- Comique, de Petit-Colysée ou de théâtre de Belleville. Une troupe, d'abord entièrement composée d'enfants, y représentait de petites pièces. Ce théâtre subsista jusqu'en 1790.
Le théâtre du Lycée était attenant au jardin de l'Intendance. C'était d'abord une salle que M. de
(I) Je n'ai pas cru qu'il fut nécessaire de faire une mention particulière de plusieurs autres petits théâtres qui existaient à Bordeaux , à peu près a la même époque, tels que le théâtre d'Émulation, un autre théâtre appelé de la Montagne et situé a Tourny, en face du temple dila Raison, ces petites salles n'offrant rien qui puisse les recommander a la curiosité.
Tourny avait fait construire pour y donner des concerts. On y dressa en l'an YII (1799) un théâtre qui porta le nom de théâtre du Lycée et qui fut incendié le 18 février 1803. Le nom de Lycée, qu'il portait, prenait son origine d'un projet formé par quelques artistes et gens d'étude d'y établir une espèce d'académie ou lycée artistique qui pût servir de lieu de réunion aux amateurs de la ville. Cette entreprise , qui avait eu un commencement d'exécution , eut le sort de beaucoup d'autres de ce genre , et ne put réussir.
Le Théâtre-Français ou des Variétés de nos jours est l'œuvre de l'architecte Dufart. Cette salle , bâtie en 1800, et ouverte le 8 frimaire an IX (décembre 1801), est d'une jolie architecture. Après avoir été fermée durant quelques années, elle fut rouverte en novembre 1815 (1). Depuis l'incendie de la Gaîté, elle sert de théâtre secondaire et se permet souvent de faire de meilleures recettes que le Grand-Théâtre. Le drame et le vaudeville y ont bien longtemps trouvé de dignes interprètes. Les deux Lepeintre, Déjazet, Hippolyte, Raucourt, et quantité d'autres bons artistes s'y sont formés ou y ont trouvé des encouragements pour acquérir ailleurs ce qui leur manquait. Si la direction, comme nous l'avons dit autre part, avait l'attention d'alimenter ce théâtre de bons acteurs et de nouvelles pièces, elle y trouverait toujours une rai-
(1) Le Théâtre-Français, ou des Variétés, fut incendié dans la nuit du ô au i décembre 1855. 11 a été réparé et rouvert en juin (1"2) 1857.
sonnable compensation aux perles d'un autre genre. Comment donc se fait-il, dira-t-on, que le grand et le beau ne puissent attirer constamment un auditoire assez nombreux pour couvrir la dépense? La raison en est toute simple. La généralité du public se borne à juger par les yeux ; une belle pièce n'est pour elle que l'accessoire d'une belle décoration. Fort peu de spectateurs sont aptes à sentir les beautés de la musique ou de la déclamation. Beaucoup, au contraire, peuvent apprécier l'intrigue d'un vaudeville et le piquant de ses détails. Comptez donc bien que, pour attirer et retenir au Giand-Théâlre autre chose qu'un petit nombre d'amateurs, il vous faudra toujours une double et triple dépense de ces décors et de ces coups de théâtre qui font la vogue d'une pièce en même temps qu'elles diminuent le bénéfice d'une direction. Le petit théâtre n'offre pas ces inconvénients, et peu importe que Madclon découpe sa dinde dans un salon brillant ou dans une petite mansarde. Le mérite est tout dans la pièce, et le reste n'y ajoute rien.
IVOTES HISTORIQIES.
NOTE A [pages).
n n'a pas tenu au législateur Jullien que le jeu de l'arc ne se perpétuât parmi nous. Seulement le papegay avait changé de nature. Nous avons le premier fait paraître le curieux document ci-dessous , dans un journal de Bordeaux appelé Chronique de la Gironde, et sous la date du 8 février 1857. Ce document appartient aux archives municipales.