‹ Histoire des théâtres de BordeauxChapitre 4 sur 55 · DE PAR LE ROY · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROY

» Très chers et bien amez,

» La trouppe des comédiens de nostre cousin le prince d'Orange ayant désiré retourner en nostre ville de Bordeaux pour y représenter les pièces quilz ont, et donner le divertissement de la comédie à ceux qui le voudront prendre , nous vous avons voulu faire cette lettre pour vous mander et ordonner de leur permettre de prendre un lieu propre à cet effect et d'y faire dresser un théâtre et des loges, ainsy qu'il est accoustumé , en payant toutteflbis le

loyer des lieux qu'ils occuperont, car tel est nostre plaisir.

» Donné à Thl^'^ , le 15 novembre 1659 (1).

» Signé Louis. »

Et plus bas :

« Phelypeaux. »

Tous ces théûtres n'avaient , comme on le voit , qu'une durée éphémère , toujours subordonnée au passage de quelque troupe ambulante. Les jurats , qui rencontraient dans ces amusements un moyen facile et lucratif de venir en aide à leurs hôpitaux , cherchaient à fixer enfin dans leur ville une de ces compagnies à laquelle ils offriraient en même temps un local appartenant à la ville, et qu'on pourrait surveiller. Pour remplir cette dernière condition, ils jetèrent les yeux sur l'arsenal de la ville, situé à l'extrémité de la rue du Cahernan.

Ils prirent donc une délibération (4 novembre 1680) portant que, « pour éviter le désordre qui arrive » d'ordinaire à la comédie par la licence des écoliers » et des soldats , on obligera à l'avenir les comédiens » et autres particuliers représentant des jeux pu- )) blics, de jouer ou représenter dans le lieu autre- » fois destiné pour l'arsenal de la ville , qui sera mis )) à cet effet en l'état qu'il doit être : afin que la co-

(1) Ces comédiens restèrent trois mois dans la ville , et représentèrent sur le théâtre de Barbarin la tragédie de Manlie ou Mavl'ms (de Nogueres), qui fut impitoyablement siffjée.

» inédie et autres jeux publics s'y puissent commo- » dément représenter , et imiter en cela les grandes » villes du royaume. »

On déménagea les archives , qui avoisinaicnt l'arsenal , on prépara et on réglementa d'avance tout ce qui pouvait faciliter la réussite de ce projet.

Une ordonnance parut peu après, qui défendait aux écoliers , de quelque qualité et condition qu'ils fussent , « de porter l'épée en ville et à la co- )) médie et à tous autres qui n'ont pas droit de la » porter, soit par leur qualité ou paf le service. »

Quant à ce qui concerne l'usage de l'arsenal , nous trouvons à ce sujet une délibération assez curieuse du 10 mars 1688, portant location de l'arsenal « aux » sieurs Clersilie et Pitel, pendant cinq années, pour » le prix de 300 livres par année, à condition toute- » fois que , suivant l'usage , ils donneront la première » comédie gratuitement à MM. les Jurais et aux per- » sonnes que ceux-ci voudront faire entrer , et que » chaque fois qu'ils joueront ils fourniront aux dits » jurats, procureur syndic et clerc de ville, deux » places pour chacun, soit dans les loges ou dans le » parterre à leur choix. »

Au reste, comme nous l'avons dit, à cette époque où le théâtre se trouvait encore chez nous dans son enfance, les représentations se passaient rarement sans désordre. Une ordonnance sur requête du 12 octobre 1690 défend à toutes sortes de personnes d'entrer sans payer aux représentations données par

l'académie de musique de Jean Biliez, ingénieur, et Jacques Roussel , maître de musique.

Le 4 juin 1698, l'arsenal, qu'avaient abandonné Clersilie et Pitel (1), ne se trouvant plus en état de pouvoir servir aux troupes qui se présentaient, on leur accorda de pouvoir représenter dans le jeu de paume deBarbarin, et de ne recevoir que 18 sous pour le parterre et paradis , 36 sous pour les premières loges et pour les places sur le théâtre et l'orchestre, et 24 sous aux secondes loges et à l'amphithéâtre , à la charge de représenter telle comédie que MM. les Jurats voudront , pour les pauvres de l'hôpital Saint-André , et que les écoliers qui entreront par billets ne pourront se placer qu'au parterre ou paradis, si mieux ils n'aiment payer le surplus de l'entrée pour être placés ailleurs , le tout sous la réserve des droits de MM. les Jurats (2).

On avait déjà autorisé à représenter dans la ville une troupe d'acteurs de l'opéra, avec défense de prendre au delà de 3 liv. pour les premières, 30 sous pour les secondes, et 20 sous pour les parterre et paradis, à peine de concussion et de 500 liv. d'amende.

(1) Ces deux directeurs firent de mauvaises affaires, puisqu'à l'expiration de leur bail , les jurats leur accordèrent 500 liv. pour les indemniser des pertes qu'ils avaient éprouvées, soit par le malheur du temps , soit par la concurrence d'une salle d'opéra qui venait de s'ouvrir.

(2) Un arrêt du conseil (H août 1725) défendit aux jurats de permettre qu'il fût délivré des billets aux écoliers pour entrer ijratis a la comédie.

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