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HARMONIE

PKRSONNAGKS.

La Muse — Mme la princesse de Bauffremont.

Tous les personnages des deux premiers tableaux sont groupés autour de la Muse. — Celle-ci chante. — Chœur général.

Le Prince Impérial, la duchesse de Morny, la duchesse d'Isly, la duchesse de Bauffremont, Mmc Emile de Girardin en lurent les principaux interprètes.

Là fut aussi représentée la jolie charade de Le-

gouvé, Anniversaire, pour la Sainte-Eugénie. La duchesse de Tarente, en jouant, perdit son soulier de satin, et Legouvé le lui rendit avec cet impromptu :

Vénus perdit un jour son soulier amarante. Si petit, si coquet, qu'il était a croquer. •■ Qui donc, demanda-t-elle, osa me l'escroquer? •• L'Amour lui répondit : « Madame Je Tarente. »

En novembre 1861, le roi Guillaume de Prusse est à Compiègne; c'est la fête de l'Impératrice. Et l'on fait cette surprise aux Souverains de leur offrir un ballet qui a été réglé par le Maître des ballets de l'Opéra, et qui est dansé par le marquis de Caux, par Mme de Metternich et d'autres dames du monde. Elles jouent une pantomime, Le Diable à quatre. Le régisseur est Camille Doucet.

Après la représentation, qui eut un grand succès, on dansa dans le salon, et les ballerines se mêlèrent aux valses dans leur accoutrement, en tutu, les jambes prises dans le maillot rose.

En 1862, le duede Morny écrivit pour les Compiègnes une comédie, La succession Bonnet, dont les rôles furent confiés à Mme Barrachin, MM. Mérimée. Viollet-le-Duc, marquis de Massa, Delessert, Saulcy. A la demande de l'Empereur, le spectacle fut corsé par une saynète que le duc de Morny écrivit en quelques heures, une sorte d'Impromptu de Compiègne, La Corde sensible ou les Dadas favoris, revue gaie et toute d'allusions : Delessert, administrateur de la Compagnie des

Petites Voitures, crut prédire des folies en parlant d fiacres automobiles . M. de Massa .1 noté Je mémoire ces scènes aujourd'hui introuvables.

Le personnage boudeur et hostile au gouvernement, c'était Mérimée se refusant à suivre, même de loin, une des chasses de la vénerie.

« C'est vrai, disait l'amphitryon, j'oubliais que vous êtes passé à l'opposition... Et peut-on savoir à la suite de quel froissement?

— Oh! je ne m'en cache pas, répondait l'auteur de Colomba.

- Eh bien ! dites...

— Voilà. J'habite, au boulevard Haussmann, le premier étage d'une grande maison de rapport dont tous les locataires sont décorés, excepté moi, qui paie pourtant les plus fortes contributions. Alors, vous comprenez, n'est-ce pas?

- Oui, c'est humiliant! Mais quels étaient d'ailleurs vos titres à la croix?

- Mon Dieu! faisait Mérimée en allongeant les lèvres, je l'avais demandée...

— Et on vous l'a refusée! C'est fort injuste. Heureusement, tout n'est peut-être pas désespéré, car voiei Monsieur, qui passe à bon droit pour être très influent et qui, grâce à la faveur dont il jouit, pourra peut-être vous faire donner satisfaction... N'est-il pas vrai, Monsieur?

— Sans doute, car je suis de ces personnes à qui on ne saurait rien refuser... Mais un peu plus tard... vu les nombreuses obsessions dont je suis en ce moment l'objet. »

Or, ce monsieur si bien en Cour, c'était Viollet-le-Duc, un des autres collaborateurs de Napoléon III à la Vie de César, et, depuis lors, conseiller municipal radical de la Ville de Paris, sous la République. Le hasard a de ces malices.

L'antiquaire, enfin, c'était Saulcy, un savant doublé d'un homme d'infiniment d'esprit.

« Mon héros préféré, disait-il à son tour, c'est Vercingétorix.

— Allons bon! s'écriaient en chœur les autres acteurs, le voilà parti sur son dada favori.

— Pourquoi pas? ajoutait Delessert, le monsieur bien informé. Est-ce que tout le monde n'a pas son dada, ici-bas, même l'Empereur?

— L'Empereur aussi? interrogeait Mérimée, le personnage boudeur. Ah! tant mieux. Je ne serais pas fâché de savoir lequel...

— Il est bien connu, lui répondait Morny. Ainsi vous, par exemple, il vous plairait de vous réconcilier et de causer avec lui de politique transcendante Sans doute l'Empereur vous entendrait par devoir professionnel, mais sans passion. Tandis que si vous lui apportiez quelque vieux morceau de fer rouillé, soi-disant trouvé dans une fouille quelconque, oh! alors, sa physionomie s'éclairerait aussitôt, les yeux pétilleraient d'aise et il vous écouterait avec une bonté gallo-romaine qui achèverait de vous désarmer tout à fait.

— Vraiment ? Et si, une fois la paix faite, il me proposait de me présenter à l'Impératrice, que me

conseillcriez-vous de lui dire à elle, pour flatter son dada?

— Si vous lui disiez qu'elle est belle, spirituelle, charitable, il est probable qu'elle ne vous répondrait même pas.

— Bon. J'aurais soin de m'en abstenir.

— Mais si vous lui juriez que pas un tapissier ne s'y entend comme elle pour choisir des meubles, assortir des étoffes et décorer un salon...

— Elle me ferait peut-être déco)~er aussi? S'il en était ainsi, je n'hésiterais pas à me rallier à l'instant même. »

En l'automne de [865, le premier volume de l' Histoire de César par Napoléon 1 1 1 parut. On joua aux Compiègnes une revue du marquis de Massa, Les Commentaires de César, qui ne comporte pas moins de trente rôles. La princesse de Metternich était l'étoile de la troupe, qui comptait aussi la comtesse de Pourtalès, la marquise de Gallifet, la baronne de Poilly, Mme Bartholoni. Le compère était le baron Lambert, lieutenant des chasses à courre.

Le Prince Impérial faisait un grenadier. Les autres interprètes étaient le comte de Solms, le comte Davilliers, le marquis de Caux, le vicomte Aguado, A. Blount, marquis de Las Marismas, général Mellinet, marquis de Gallifet, prince de Reuss, comte de Pourtalès, vicomte de Fitz-James, vicomte d'Espeuilles. Louis Conneau.

L'orchestre était tenu par le prince de Metternich, incomparable pour ramener dans le ton une voix égarée, et suivre les déraillements.

Le souffleur était Viollet-le-Duc. Costumiers : Marcelin et Emile Pcrrin. directeur de l'Opéra. Les répétitions avaient lieu après onze heures du soir, quand Leurs Majestés s'étaient retirées; car l'Empereur ne voulait pas que le personnel des comédies fît bande à part.

Le premier acte était au Champ de Mars.

Un talus du Champ de Mars; l'École militaire au fond. Musique militaire et tambour dans la coulisse. — Avant le lever du rideau, l'orchestre joue les airs militaires Aux Champs, la Reine Hortense, la marche Je cavalerie, d'abord successivement, puis tous à la lois, de façon à imiter la cacophonie qui se produit lorsque l'Empereur débouche du pont d'Iéna pour une revue.

L'acte II se passe dans les Champs-Elysées.

A distance, le souvenir de ces actualités lointaines a son charme, et fait revivre le Paris de 1 865. C'est TA ne Rétif du Cirque d'été; sous le pelage en carcasse, le jeune Conneau et le jeune Pierre de Bourgoing étaient chargés d'animer et de diriger le récalcitrant quadrupède; c'est le marchand de coco, la marchande de plaisirs, la rivalité de Trouville contre Deauville, Vieille Roche d'Edmond About, l'armoire des frères Davenport, Madame Bovary, la naissance du mot bock, La femme à Barbe, le succès du jour, la Vénus aux carottes, l'Africaine, la grève des musiciens (déjà!), la victoire de Gladiateur, l'amitié de la France et de l'Angleterre chantée sur le refrain :

Ayez toujours du canon dans vos poches.

On ne sait pas ce qui peut arriver.

M. de Massa conte à ce propos ce piquant souvenir :

o L'Angleterre était représentée par Mme Bartholoni; la France impériale, par Mm" de Pourtalès. la première accompagnée d'un matelot-vétéran et d'un soldat en habit rouge; la seconde d'un invalide médaillé de Sainte-Hélène, et d'un jeune fantassin du 99e de iigne, régiment qui avait participé à la prise de Puebla. Ces deux derniers figurants avaient été recrutés par moi avec la certitude que leur personnalité produirait quelque sensation. L'un et l'autre attendaient leur tour dans le salon attenant à la scène, qui servait de foyer aux acteurs, quand l'Empereur y vint faire un tour pendant qu'on changeait le décor entre les deux actes.

« Occupés chacun à rajuster sa jugulaire devant une glace, mes deux figurants, vus de dos, n'aperçurent pas, ou plutôt feignirent de ne pas apercevoir l'arrivée de l'auguste visiteur.

— o Qui est-ce? me demanda celui-ci à l'oreille.

— « Un homme de troupe et un invalide que j'ai été autorisé à employer pour représenter deux personnages muets. Ils viennent d'arriver de Paris.

— « A-t-on eu soin de les faire diner, au moins?

— « Je le pense, Sire.

Pour s'en assurer, Napoléon III. avec sa bonté habituelle, s'approcha doucement du fantassin, qui se trouvait le plus à sa portée, mais au moment où il allait lui adresser la parole, celui-ci se fit

aussitôt reconnaître à L'aide d'un demi-tour par principes, et en saluant militairement.

— « Oh! oh! Gallifet! s'exclama l'Empereur avec ce bon rire que provoquait toujours chez lui une amusante surprise, car ce fusilier de circonstance était en réalité lieutenant-colonel de cavalerie...

■ — « Et celui-ci? demanda-t-il ensuite en se dirigeant vers l'invalide toujours immobile, à qui il dut frapper sur l'épaule pour l'obliger à se retourner.

— « Oh ! Oh ! Mellinet ! s'écria-t-il avec une nouvelle surprise, en reconnaissant, sous cet habit d'emprunt, le brave général à la joue fracassée.

'__ « Deux glorieux blessés! ajouta l'Empereur, en leur serrant la main tour à tour.

« Puis, se tournant vers moi :

— « Je vous fais mon compliment. Vous choisissez bien vos comparses. »

Le Prince Impérial, en grenadier, avait à chanter d'une voix timide :

Un grenadier, c'est une rose.

Un autre soir, c'était l'opérette, et la comtesse de la Poëze, dame d'honneur de l'Impératrice, se rappelle avoir figuré dans le groupe des femmes défuntes de Barbe-Bleue. Les figurantes étaient juchées sur des colonnes que masquait une tenture, et elles semblaient être dans le vide, pendues, pâles et inanimées, comprimant mal des accès de fou rire.

On faisait venir de Paris les accessoires utiles, et les préparatifs étaient très rapides. Comme on

jouait tous les soirs, il fallait chaque jour improviser promptement le spectacle.

Il v avait une émulation entre les séries successives.

Jamais on n'avait vu réuni un pareil essaim de jolies femmes, depuis les princesses du sang impérial, la princesse Mathilde, la princesse Clotilde, Lucien Murât, Altesse Impériale, sa fille la duchesse de Mouchy, sa bru la princesse Joachim Murât, née de Wagram; la comtesse Charlotte Napoléon Primoli. la comtesse de Roccagiovine, la princesse Gabrielli, et les beautés cosmopolites, Mme de Metternich, l'amie intime de l'Impératrice, qui lui suggère toutes les audaces, toutes les excentricités, et qui imite Thérésa; Mm' de Castiglione, l'amie intime de l'Empereur. Ajoutez nos belles dames françaises, la comtesse Fleury, la duchesse d'Isjv, la maréchale Canrobert, la baronne de Bourgoing, Mme de Gallifet, Mme de Pourtalès, la princesse Bibesco.

Le baron Pierre de Bourgoing. ami d'enfance du Prince Impérial, a noté ses souvenirs d'alors qui sont d'une précision pittoresque :

A six heures, nous dînions. Le menu était peu varié : des côtelettes ou des viandes grillées, du poulet rôti et toujours les rafraîchissants épinards. A sept heures moins un quart, nous nous rendions chez l'Impératrice qui terminait sa toilette. J'ai bien souvent vu Leroy, le coiffeur, placer la dernière parure dans ses beaux cheveux. J'admirais les bijoux dans le coffre où je fouillais

à pleines mains. Lorsque l'Impératrice était prête, nous raccompagnions chez l'Empereur; puis, précédées d'un des préfets du Palais, Leurs Majestés entraient dans le salon des Cartes, où se tenaient les invités formant un grand cercle. Le Prince donnait la main à l'Empereur; je tenais la main du Prince, et ma mère et mon père ouvraient de grands veux en me faisant signe de me tenir droit. On passait alors dans la salle à manger entre deux rangs de cent-gardes. Là, chacun prenait place à sa fantaisie, excepté les personnes désignées pour la droite et la gauche de Leurs Majestés. Ces personnes variaient chaque jour, à moins qu'un membre de la famille Impériale ne fît partie de la série, auquel cas il occupait toujours la droite du souverain. Notre apparition à dîner était généralement courte. L'Impératrice prenait quelque dessert, des bonbons enveloppés dans du papier doré et découpé, alors à la mode, nous les donnait et nous embrassant affectueusement, nous disait d'aller nous coucher. Si, le soir, il y avait charade ou théâtre, nous assistions au commencement de la représentation. C'est ainsi que j'ai vu donner une charade dont le mot était « Adieu », mot de circonstance, puisque la représentation avait lieu la veille du départ de la série. La syllabe A se trouvait renfermée dans un petit acte de comédie écrit à la hâte par le marquis de Massa, appris à la hâte, aussi, par Mm,s Barrachin, Raimbeaux, le baron Lambert. Pour le mot « Dieu », on avait représenté l'Olympe. Le comte Aguado était Jupiter, et,

groupées autour de lui, se tenaient M"" Haussmann, en Junon; la princesse Anna Murât, en Aurore; Mlk' Magnan, en Pomone; ma mère, en Diane, portant dans les cheveux le grand croissant en diamants de l'Impératrice. La belle Mme Léopold Magnan avait un délicieux costume d'amour, et la duchesse de Morny représentait Vénus. Pour le mot « adieu », M. de Massa avait compose de jolis vers que récita le baron Lambert.

« Dans une autre charade, dont le mot était « Exposition ", et qui fut jouée en 1866. le « Tout » figurait les cinq parties du monde. M. Milne- Edwards avait bien voulu faire venir du Muséum des oiseaux empaillés comme accessoires pour les représentants de l'Afrique et de POcéanie. Il y en avait une énorme caisse, et, parmi ces oiseaux, un paon superbe faisait la roue. A force de passer de mains en mains, et surtout par celles des enfants, la belle roue n'exista plus. Pour réparer le dommage, on la reconstruisit, bien fragile, avec les épingles à cheveux de ces dames, en riant de la stupéfaction des employés du Muséum lorsqu'ils reverraient leur paon en si piteux état. »

Il faut compléter ces notes par ces souvenirs du même Pierre de Bourgoing, quand, après 1870. il allait retrouver aux vacances, dans l'exil, son malheureux ami d'enfance :

« C'est au château d'Arenenberg. ancienne propriété de la reine Hortense, bâti sur la rive gauche du lac de Constance inférieur, que le Prince Impérial passait, presque chaque année, ses mois de

congé, d'abord à la fin des cours de l'école de Woolwich, puis, après les manœuvres d'Aldershot

pendant lesquelles il exerçait dans l'artillerie les fonctions de son grade.

« Il faisait à ses compagnons d'enfance le grand honneur de les appeler auprès de lui à l'époque de leurs vacances. Les enfants avaient grand; depuis 1870! Les plus jeunes se préparaient à Saint-Cyr; les grands y étaient élèves ou venaient de recevoir l'épaulette de sous-lieutenant. »

Et comme à Compiègne, la comédie interrompue par le drame, reprenait ses droits, avec les débris de son ancienne troupe :

« Pour égayer les soirées, nous dansions aux sons d'un piano mécanique, comme à Compiègne, ou nous jouions la comédie sur un théâtre improvisé dans le salon avec quelques arbustes et des paravents. Les costumes, en général, étaient ceux qui avaient servi du temps de la reine Hortense.

« Une année, nous avons représenté « Télémaque », de Verconsin, pièce en vers! Les rôles de femmes étaient joués par la marquise de X..., dont l'accent étranger augmentait le charme, et par MUe de Y..., délicieuse en nvmphe Eucharis. Le comte Primoli était un excellent Mentor; Conneau un superbe Télémaque; moi... j'étais un très bon souffleur.

« Le même soir, le Prince et moi, nous devions jouer « Après minuit »; mais nous savions si peu nos rôles que, d'un commun accord, nous prîmes

le parti de nous abstenir. Heureusement, quelquetemps après, nous nous rattrapions dans L'« Eté de la Saint-Martin ».

Mais revenons à Compiègne avant !a guerre : il y fait plus gai. car ce petit théâtre manqué d'Arenenberg a des tristesses et des défaillances découragées.

La vie était agrémentée d'incidents parmi tant de personnages divers :

« Voici le peintre Couture, auquel l'Impératrice, le lendemain de son arrivée, demande comment il se trouve à Compiègne. « Je me trouve d'autant a mieux, madame, que ma chambre me rappelle la « mansarde où j'ai fait mes débuts artistiques »; le sac rempli de grenouilles qui se répandent la nuit, dans la chambre où une dame avait remplacé Pasteur; la méprise de la comtesse de la Bedoyère qui, causant dans un groupe où se trouvait M. Rouher, avise soudain une femme petite, brune. et interroge machinalement : « Qui est donc ce petit pruneau.' •> Rouher s'incline, et, souriant; Madame, c'est ma femme. » M,n" de la Bedoyère, tout effarée, s'approche d'autres amis, leur raconte son impair : « 11 vient de m'arriver la chose la plus « désobligeante du monde. Je causais avec M. Rouher, et, en voyant entrer cette petite dame que je ne connaissais pas, je m'écrie : Qui est donc ce a petit pruneau ? Mais la même voix retentit à son oreille : « Et j'ai eu l'honneur de vous répondre : est ma femme. » M. Rouher avait suivi la comtesse pour s'amuser de son embarras. « Eh bien,

je ne m'en dédis pas, reprit-elle bravement; les » pruneaux ont du bon >• Du Bled .

Deux fois par semaine, la troupe d'amateurs s'effaçait devant une troupe de Paris, appelée par l'Empereur de quelque théâtre régulier pour jouer à Compiègne le succès du jour, non plus dans les salons, mais dans le petit théâtre attenant. La nomenclature des i eu vres qui furent ainsi représentées a été publiée patiemment par M. A. Leveaux, ce collaborateur de Labiche qui signa d'un autre nom que le sien, pour éviter cette bizarre assonance : Labiche et Leveaux.

A Compiègne, la charade et la comédie de paravent triomphaient. A Fontainebleau la liberté met l'étiquette a la porte. A l'une des premières villégiatures, en 1860, le ton fut donné sans détour. L'Empereur demanda a Alberic Second d'écrire une saynète gaie pour inaugurer le théâtre. Le duc de Morny fit un impromptu qui plut fort. Mais le théâtre donnait fort peu; ce n'était pas la saison; les journées étaient chaudes et longues. Le théâtre de la cour du Cheval Blanc servit rarement. On jouait entre soi, entre amateurs, « sur le pouce » , dans un salon. Octave Feuillet écrivait. On représenta ainsi Le Cas de Conscience. Mme de Parabère de Sancy, M"" de Toledo, Octave Feuillet, lurent les rôles, la brochure à la main. Ou bien c'étaient ces fameux tableaux vivants, dont on parle encore, et qui prêtaient aux plus luxurieux dévétements, parmi les étoffes luxueuses.

On mit la Fable et l'Histoire en tableaux vivants.

On vit Diane chasseresse entourée de ses nymphes vêtues de feuillages, et Venus sortant de Tonde, et Phryné parut devant ses juges, vêtue de sa beauté.

Les cinq Parties du Monde semblèrent poser pour la fontaine deCarpeaux : elles soutenaient une sphère lumineuse; des naïades demi-nues étaient étendues à leurs pieds; on admira les Éléments, l'Air, la Terre, l'Eau, le Feu, femmes très belles, en maillot. L'Impératrice ne figura pas dans ces exhibitions.

Dans le Ballet des Abeilles, dansé aux Tuileries, la comtesse Molitor, la princesse Troubetzkoï, M"10" Magnan, de Lostende, de Lepine, furent amenées en scène, en fermées dans des ruches de paille dorée; elles en sortirent ensemble, très décolletées, le corsage flamboyant d'or, les jambes prises dans des maillots fauves.

Dans les mascarades, il fallait voir encore madame de Castiglione en religieuse, — et ce fut une déception, car on avait annoncé qu'elle paraîtrait à demi nue, — en romaine, en dame de cour; ou l'Impératrice en dogaresse, en bohémienne; M de Pourtalès en aimée; M"" Gorschakoff en Salammbô très dévêtue et très belle. Elle était la

rivale de M de Castiglione. qui réussit à la

faire exclure des salons de la princesse de Metternich; Mme de Gallifet en ange: M"1' Bartholoni en Judith. Il fallait entendre M"1' de Metternich en cocher de fiacre, chanter en imitant Thérésa :

fHÉATRE DE SOCIÉTÉ. <i

Parfl 'i- en modeste toilette,

Je conduis, d'assez grand matin.

De belles dames en cachette,

D( ut le but parait incertain.

Tantôt sur la place on m'arrête.

Et je charge un couple amoureux, La dame a la jambe bien laite.

Le monsieur parait fort heureux.

Monsieur, Madame, à quel endroit? •• Du coin de l'œil un se concerte.

•• Allons eu la campagne est verte.

Allons < • li la fougère croit. ••

Et quel papillonnement de beautés, d'élégances luxueuses, d'hommes d'esprit et de galanterie : Caro. amoureux de l'Impératrice; Gallifet l'enfant gâté, le « gosse », le pousse-cailloux, le a gavroche » aventureux des Tuileries (i) , qui disait :

« Oui, j'aime parader. Qu'il y ait du monde pour me regarder, et je me fiche à bas des tours de Notre-Dame ».

C'était bien la note de cette société, folle de représentation et de cabotinage, et si brillante, avec MM. de Caux, Bocher, Raymond Seillière, de Sagan, du Lau, comte Davilliers, duc de Montmorency, d'Espeuilles, de Soubeyran, Arsène Houssaye, duc de Gramont-Caderousse, Ismaïl Pacha, M'"" de Canisy, Aguado, princesse Bibesco, Mmes Ypsilanty, de Mouchy, de Persigny, Canrobert, Malakoff, de la Poëze, de la Moskowa, Drouvn de Lhuys, Walewska, de Morny, de Montebello!

1 1 1 I'. Je Lano'<

Et faites passer à travers ces groupes folâtres des figures de nobles étrangers, des princes lointains, sans oublier la silhouette pale de ce prince Louis de Bavière, insensible, impassible et fatal, qui surexcite ces dames, et elles se disputent l'honneur de le dégeler.

A Tune d'elles, qui l'avait entrepris derrière un bosquet du parc, il répondit :

« Non, madame, je n'aimerai qu'une femme blanche et froide comme cette statue de marbre.

— Faut-il donc mourir?

— Oui, » dit le prince d'une voix étrange et terrible.

La dame eut peur d'être assassinée, et ramena vivement dans les salons ce prince à qui il fallait des femmes de pierre. Il était mal tombé aux Tuileries. Elle conclut :

« C'est un fou. »

11 y avait du vrai.

Un des derniers spectacles privés de l'Empire fut donné aux Tuileries, le mardi gras 1870. On joua La Grammaire de Labiche. Le prince avait douze ans. Il faisait Poitrinas. M. l'abbé Misset possède une curieuse note relative à cette représentation. Elle est de la main du général Frossard, précepteur du Prince.

il II l)i iNNKE AUX TUILERIES, LE MARDI GRAS, iôJO.

La Grammaire de Labiche

Le Prince jouait Poitrinas.

Mémento pour la musique (de la main du général Fros

Représentation intime donnée par le Prince Impérial. dans son appartement prive aux Tuileries. I D'après une grav. du temps. I

Poitrinas (le Prin'i i i.

... Tenez, je vais vous raconter ce qui m'est arrivé il n'y a pas longtemps.

Couplet de Poitrinas.

A la suite, couplet de CAB0US9AT (Espin'ASSI

A l'Académie ainsi qu'a la Chambre Je parlerai peu. j'écrirai rar'rnent.

Il s'interrompt après ces Jeux vers.

Il reprend le couplet entier après avoir dit : Je recommence.

A la suite, couplet de Jean (Bourgoing . A la suite, couplet de Machu (Conneai i.

Dans un vieux château de l'Andalousie... Il s'interrompt après ce premier vers.

Il reprend plus loin son couplet entier, après avoir dit : < Il faut que je modifie mon couplet, essayons. ■■

A la suite, couplet de POLITE (le petit CORV1SAR1 .

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