‹ Histoire des théâtres de sociétéChapitre 15 sur 28 · I.a veuve Chamouillard Minette Vimercati · texte numérisé non relu

I.a veuve Chamouillard Minette Vimercati

Loulou Chamouillard, son fils Louis Primoli.

Jean Leblanc, garçon boulanger \lbert Roccaggiovine.

Friteau, conseiller de département. . Maurice-Bernardin -Bougenel.

Faucheux,écolier de la grande classe. Emmanuel Jadin.

Fouyou, écolier de la petite classe... Léonie du Sommerard. Plumictaon. \ f

Galuchet. f Écoliers Grenadiers au i"

Baptisl i. i / Régiment de la garde.

Le succès fut tel qu'il fallut recommencer trois fois. Cette petite troupe d'enfants du monde amusa et joua bien. M"" Ninette Vimercati, aujourd'hui M ' Ganderax, la femme de notre distingué confrère, se rappelle ce mot de l'ambassadeur d'Angleterre :

« Il n'y a qu'en France qu'on a de ces bonnes idées. C'est un excellent exercice pour tous ces enfants d'acteurs. »

Il avait pris ces jeunes amateurs de marque pour de petits cabotins, et le salon de la Princesse Mathilde pour un Théâtre d'Application.

Giraud a fait de cette soirée une aquarelle exquise, où figurent les portraits de tous ces petits interprètes. Elle appartient à l'abbé Misset qui a bien voulu en autoriser ici la reproduction.

La Princesse de Beauvau organisa et dirigea une des troupes d'amateurs les plus brillantes par la perfection et la vogue. On se disputait les invitations pour les représentations du Manège Seillière. où Ton admirait dans leurs rôles la princesse de Beauvau, la comtesse de Pourtalès, Mmf- Abeille,

M \i. de Magnieux, Maurice Cottier, A. Blount, Edmond de Lagrenée, Raynald de Choiseul, le

comte de Mornay, etc.

Parmi les théâtres prives, celui d'Emile de Girardin, le théâtre Marbeuf, lut célèbre. Il était installé dans cette habitation fameuse en forme de temple grec, rue Marbeuf, où le confortable le cé-

Théàtre Marbeuf. (D'après une estampe du temps.

dait trop à la curiosité. Balzac y arriva un jour de novembre en visite, et à peine entré, il se leva pour sortir.

« Comment, vous nous e^uittez déjà? fit M"1" de Girardin.

— Oui, je vais]me réchauffer dans la rue. »

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L'antique était à la mode. La même année (1861), l'Empereur faisait jouer le Joueur de Flûte d'Augier élans sa Maison de Pompéi de l'avenue Montaigne; et Boulanger en fit une de ses meilleures toiles.

On allait aussi, vers 1868, chez M. Poisot, et

Répétition du Joueur de Flûte dans l'atrium de S. A. I. le prince Napoléon tableau de G. Boulanger. (D'après l lUusir.it

chez la marquise de Beaumont, voir et entendre l'opérette Rosa la Rose. A ce moment la théàtromanie faisait rage k Paris. Il y paraît aux journaux du temps; les caricatures nous racontent quelle fureur saisit les particuliers qui, incités par l'exemple de Compiègne, se ruaient dans la dramaturgie. Reportez-vous à la collection des seize

fameuses pages que Daumier donna au Charivari en i85<) : Quelle verve I quelle fantaisie, quel an de condenser toute une vie et toute une ame dans le

1rs COMtOIEHS tif. 31U IETÉ

le maison do marais qui a tenu absoUûnent a faire concurrence an théâtre Fr;i poui la mise ni sa ne

(D'après un dessin de Daumier.)

cerné épais d'un profil ridicule! Ici, un mari trouve que sa femme a trop souvent besoin d'être embrassée parle jeune premier; à côté, une femme à genoux s'écrie, les bras en l'air :

« Mon Dieu! pardonnez- moi ! j'ai trompé mon mari ! »

Le mari la regarde, et se dit béatement : Elle répète un rôle. »

Qu'ils sont amusants, ces intérieurs de la bourgeoisie du Marais qui répète et qui joue la comédie devant une rampe improvisée, faite avec la lampe

MfETHIUI» D '.M fWl DRAMATtfOE . J'in Lariirf !...!» mort jtule pourra rat séparer le

(D'après un dessin de Daumier.)

de la suspension posée à terre entre les deux candélabres de la cheminée. Un gros homme, le bras raide collé sur son ventre, la tète tournée, la lippe pendante, conseille :

« Faites ainsi ce geste de mépris. »

Une dame d'âge mûr déclare au marquis dont les entournures bâillent :

« Marquis, je ne veux plus vous souffler! vous êtes trop séduisant!

Un jeune calicot étend la main au-dessus d'une femme mûre, agenouillée :

« Ma tille, recevez la bénédiction d'un vieillard.

La mère fait la souffleuse; la fille presse un doux fardeau entre ses bras en s'écriant :

« Je veux sauver mon enfant ! »

Son enfant, c'est un traversin, pour les répétitions. Cependant le vrai mioche, tombé de sa chaise, crie et pleure à terre, mais les hurlements tragiques de sa mère étouffent ses cris trop légitimes.

Sur une autre page un dandy s'approche d'une jeune dame, la soirée touchant à sa fin, et lui dit :

« Mlle Mars a bien fait de mourir, car elle eût crevé de dépit d'être surpassée par votre beau talent. »

La dame trouve que ce monsieur la loue bien froidement.

Cette série fameuse est amusante, documentaire, nous dit la manie du jour, nous fait pénétrer dans ces petits logements où la fureur dramatique fait tout bouleverser et négliger, où l'on démeuble le salon pour placer les auditeurs, la chambre à coucher pour loger la troupe, et où la bourgeoise montre à l'ami organisateur l'alcôve vidée en lui disant :

« Vous voyez, ce sera la scène, c'est juste assez grand. »

En même temps, Cham envoyait ses charges sur

le même sujet au Monde Illustré, seize vignettes drolatiques qui bafouent la mode.

Une maîtresse de maison qui engage un valet de chambre ne s'inquiète pas s'il sait son service.

Avez- vous une bonne voix? Car ici on joue la comédie!

Le mari surprend un adorateur aux genoux de sa femme, qui le rassure :

« Mon ami, nous répétions notre scène. »

La bourgeoise est assise sur une chaise, mélancolique, au milieu d'une forêt :

« Ils ont collé des décors d'arbres sur les quatre murs de mon salon! »

L'instant d'après, elle s'écrie :

« Un pompier dans ma cuisine !

— Bédame, madame, il faut toujours un pompier dans un théâtre. »

Puis sur la scène, la dame en récitant son rôle, les yeux fixés sur le chroniqueur qu'elle a invité, a des transes comme une professionnelle :

M. le chroniqueur a bâillé! »

•En 1862, on parla beaucoup d'une représentation de Henri III et sa Cour, à l'hôtel Seillère, sur l'esplanade des Invalides, organisée par le comte Léon de Béthune. Le vicomte de Magnien fut un excellent Saint-Mégrin. La princesse Charles de Beauvau rit la duchesse de Guise; Mme Abeille fut Catherine de Médicis; le marquis de Mornay faisait Henri III. Alors débuta dans un rôle effacé la jeune comtesse Edmond de Pourtalès, qui eut un triomphal succès de beauté.

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Le château de Mouchy vit de belles soirées du

même genre.

Arsène Houssaye se rappelle avoir joué la comédie à Cœuvres, chez le notaire maître Mignet :

« C'était, dit-il, l'histoire des contrats de mariage que je rédigeais sans savoir le droit. Nous attirions des spectateurs de Soissons, de Villers- Cotterets. de Vie-sur- Aisne et de Cœuvres » (Confessions .

La même année, Théophile Gautier donnait le spectacle chez lui :

« C'est la chambre des filles de Gautier qui est la salle de spectacle, où il y a une toile, une rampe, et tous les fauteuils, et toutes les chaises de la maison... Sur la porte, au-dessus de laquelle se détire, en une pose anacréontique, une femme nue, est cillée l'affiche :

Théâtre de Neuilly Pierrot Posthume.

La toile se lève sur la scène, où le peintre Puvfs de Chavannes a peint d'assez cocasses décors, une scène où il y a juste la place pour donner un soufflet et un coup de pied dans le derrière. Et la farce commence, une farce qui paraît écrite au pied levé, une nuit de carnaval, dans un cabaret de Bergame, avec de jolis vers qui montent s'enrouler ainsi que des fleurs autour d'une batte. Là dedans passe et repasse toute la famille, les deux filles de Gautier : Judith dans un costume d'Esmeralda

de la comédie italienne, développant des grâces molles; la jeune Estelle, svelte dans son habit d'Arlequin, et montrant sous son petit museau noir de jolies moues d'enfant; le tîls de Gautier en Pierrot,

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(D'après un dessin de Daumier.)

un peu froid, un peu trop dans son rôle, un peu trop posthume; puis enfin Théophile Gautier luimême faisait le docteur, un Pantalon extraordinaire, grimé, enluminé, peinturluré à faire peur à toutes les maladies énumérées par Diafoirus,

l'échiné plice, le geste en bois, la voix transposée, travaillée, tirée on ne sait d'où, des lobes du euveau, de l'épigastre, du calcaneum de ses talons,

une voix enrouée, extravagante, qui semble du Rabelais gloussé » (Goncourt, Journal .

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(D'après un dessin de Daumier.

Les Goncourt qui ont consigné le fait dans leur Journal y ont mis aussi leurs débuts dramatiques à Gisors :

« Le théâtre était dans la serre; un théâtre au grand complet, un théâtre qui avait une toile re-

présentant la Ganachière. des décors, une galerie, et jusqu'à une loge grillée! Un théâtre où le tonnerre était très convenablement fait par le bonhomme Ginette, tapant sur une paire de pincettes, sur une feuille de fer-blanc. Et savez-vous le rouge qu'on nous mettait? du rouge à 96 francs le pot, conservé par M"" Pean de Saint-Gilles et qui venait de M Martin, la femme du vernisseur du

xvi 11" siècle et la mère du chanteur; et l'on nous recommandait de l'économiser, s'il vous plaît. Ah! les beaux costumes de hussards que nous avions dans le Chalet! La magnifique perruque que portail Louis dans M. Pinchon ! Que d'incidents, de compétitions, de surexcitations d'amour-propre, à ces répétitions conduites par le père Pourrat, qui nous citait des axiomes dramatiques de Talma! Et les charmants enfantillages au milieu de tout cela. et l'amusante colère de Blanche, le jour où le ténor Léonce lui dévora la pêche qu'elle devait manger en scène!... Et quels soupers joyeux faisait le soir la petite troupe, quand on lui servait deux douzaines de chaussons aux pommes, et quel grand jour,

la veille de représentation, le jour que M Passy

rangeait tous les costumes dans la grande chambre, où nous couchons aujourd'hui. »

L'année 1 863, parut sur la scène une pièce du marquis de Massa, qui fut un événement non encore oublié, Les Cascades de Mouchy, revue jouée au château de Mouchy le 19 décembre 1 863. par le comte et la comtesse de Pourtalès, le marquis et la marquise de Gallifet. le duc de Mouchy, le

prince de Sagan, Km manuel Bocher, le baron SeiL licre, le baron Kinot, etc.

Dans un parc, une cascade tombe sur une grotte. Crétinopoulos arrive en chemin de fer avec Méphistophelès; la Kée de la Cascade les reçoit et leur montre les actualités : la Bourse et la spéculation, le déménagement du Jockey Club, les tableaux du Salon, Salammbô, le Cirque et l'Hippodrome, la chute du Tannhàuser, Giboyer, L'aïeule, Les Cosaques, la guerre du Mexique, les wagons pour dames seules, — tout cela dans un style fluide, facile, bon enfant, au milieu d'innocents calembours : le grec Crétinopoulos est maigre en Grèce; des chevaux peints, qui se chauffent comme des lézards, encouragent les arts; une cantinière se raille des privations de la guerre au Mexique, car « qu'est-ce qu'un mauvais régal y fait? » Voilà la note; c'est sans façon. Les couplets sont lestement troussés. Cette fantaisie fut accueillie avec la plus aimable faveur.

Du même marquis de Massa, qui excella dans ce genre de la revue de paravent et de la comédie chamberlane, comme disait Collé, une charade en 3 tableaux, Molière, fut jouée le i3 octobre 1869. encore au château de Mouchy.

Parmi les acteurs : la baronne de Poilly, la duchesse de La Trémoïlle, la princesse Dolgorouki, la duchesse de Mouchy, le comte Klorian de Kergorlay, le comte Robert de l'Aigle, etc.

Au premier tableau, Choufieury reste chez lui et reçoit. Les invités se proposent de jouer à la charade; ils cherchent un mot.

Le deuxième tableau nous ouvre le parc de M. Choufleurv; le lierre couvre des statues enchantées: un chevalier et une marquise font honte au temps présent.

L'Impromptu de la Monnaie, un acte, fut représenté chez le ban m de Bussierre à l'hôtel des Monnaies, le 26 mars 1868, par le prince et la princesse de Metternich, la princesse Poniatowska, la baronne de Bornemann, Hector Crémieux, A. Blount, le vicomte de Bussierre, le marquis de Massa, — fantaisie gaie où on assiste à la confection d'une revue, où un tapissier se fait passer pour Emile Augier, où la femme de chambre parodie Paul Forestier, où Sardou, Octave Feuillet, la princesse de Metternich, Offenbaeh sont agréablement taquinés.

Le 26 mars 1 865, L'École Buissonnière, comédie du marquis de Massa, en un acte, fut jouée à l'ambassade d'Autriche en l'honneur de l'anniversaire de la naissance de la comtesse de Pourtalès, par le prince et la princesse de Metternich, le comte de Solms, etc.; c'était une amusante fantaisie de cabaret, où les acteurs reprenaient à la lin leur nom véritable.

Beaucoup d'autres théâtres privés étaient brillants.

Du théâtre de Nohant je vous parlerai à propos des œuvres dramatiques de G. Sand r . Je ne fais ici que le signaler.

(1) Cf. p. 26?.

Mais la forme la plus originale sous laquelle ce divertissement parut alors, fut assurément le théâtre des Zouaves en Algérie et en Crimée, là me voici amené a vous parler des Théâtres Militaires.

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