‹ Histoire des théâtres de sociétéChapitre 16 sur 28 · LE THÉÂTRE AL" CAMP · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE AL" CAMP

Le Théâtre Militaire. — Sous Louis XV. — Favart et Maurice de Saxe. — Représentations à Paris. — Les Mémoires de Quantin. - Cadix. Cabrera, Porchester. — Le Théâtre des Zouaves en Algérie. — Les représentations à bord. — Le Théâtre des Zouaves en Crimée. — Inkermann, Traktir, La Te h cm a la. -- Une lettre de Protais.— En Kabylie. — Au Mexique. — Camps et cavernes. — Le Théâtre au Régiment i .

Le Théâtre de Société a ses assises ordinaires dans les salons, dans les châteaux, chez les particuliers. Il comporte des variétés, selon le milieu dans lequel il se produit. A coté du Théâtre laïque et civil, qui est parfois bien incivil, mettez le Théâtre de Collège, où les Jésuites, tels que le Père du Cerceau, le P. Ménétrier, ont excellé comme auteurs, metteurs en scène et théoriciens du genre; mettez le théâtre à l'usage des couvents, des petites tilles : Esther et Athalie en sont la gloire; mettez enfin le Théâtre Militaire, au camp et a la caserne. Il attend encore son historien.

N</us allons y prendre place pour un instant.

C'est une vieille tradition française de mêler des

i Les gravures qui ornent ce chapitre ont été reproduites d'alllustralion avec I autorisation de la Direction.

divertissements dramatiques aux jeux de la guerre.

Sous Louis XV. tout eu taisant la guerre en dentelles, les officiers ne négligeaient pas Les spectacles.

Le camp avait sa troupe parmi les troupes, en Flandre, à Calais, où le peintre Lentant brossa en i^So une de ses pittoresques toiles devant le Théâtre du Camp.

Maurice de Saxe emmenait un Théâtre en campagne. Mars traînait Thalie par la main. Une compagnie de Comédiens suivait les compagnies du régiment.

Une scène était dressée sur le théâtre des opérations militaires. Les coulisses touchaient au bivouac. Le Maréchal donna à Favart la direction de son théâtre, et le combla de cadeaux perfides (i).

Le goût de la comédie suivait les guerriers en temps de paix, du camp à la ville, à la caserne et au quartier.

En 1770, des officiers avaient loue la salle d'Audinot pour y représenter devant des amis Le Déserteur et Les Sabots de Sedaine. Si le duc de Chartres n'eût assisté à la séance, le Ministre de la Guerre les aurait fait mettre au Fort l'Evêque.

Deux ans après, Bachaumont constatait encore cette fièvre de cabotinage qui brûlait le sang des braves:

« Le goût de jouer à la comédie avait donné

. Histoire du Théâtre français en Belgique par F. Faber, l, 12; et Arthur Pougin, Biographie de Mm* Favart; Mémoires de 1 avait; Catal. Charavay 3i5, un lot de 56 lettres inédites relatives a ce théâtre; placards et documents de la coll. H. Lyonnet,

lieu à un abus considérable dans les garnisons, où l'on voyait des officiers donner au public ce spectacle indécent en s'associant aux actrices et en paraissant sur la scène avec elles. On en avait vu quelques-uns tellement ensorcelés de cette fureur, qu'ils avaient quitté le service pour se livrer entièrement à l'état de l'histrion. M. le Marquis de Montegnard, ministre d'un caractère grave et sérieux, n'a pas cru devoir tolérer un usage autorisé par des exemples du plus grand poids: il a fait un règlement qui défend absolument à tout officier, darfs les garnisons, de jouer la comédie » Mémoires secrets. 1772).

Je trouve la trace d'une représentation extraordinaire donnée en 1794, le 3o frimaire an III, par les 3.5oo élèves de l'Ecole de Mars, dans la plaine des Sablons, au milieu d'un décor grandiose figurant le champ de bataille, avec tranchées et chevaux de frise. Au milieu se ruèrent les élèves, répartis savamment en trois milleries de fusiliers et quatre centuries de piquiers. Ils avaient le costume que leur dessina David, tunique sombre, col de buffle, sabre romain, ceinture cartouchière. Ils évoluèrent et exécutèrent une sorte de ballet militaire au pied d'une montagne de carton surmontée par une colonne portant la statue de la Liberté : et aux accents de 200 trompettes ils simulèrent l'attaque d'un fort. Il y eut des blesses véritables qui sortirent par là de leurs rôles. Parmi les acteurs était le jeune Merlin de Thionville.

Faut-il ajouter à la liste le Théâtre de la Mon-

tansier à Jemmapesl Fétis, je Le sais, a écrit : Marguerite Brunet, la Montansier i 730-1820),

qui voulait taire parade de patriotisme afin qu'on oubliât ses anciennes relations avec la cour de Versailles, quitta subitement Paris à la nouvelle de l'issue de la bataille de Jemmapes, avec les comédiens qui desservaient son théâtre et avec une cargaison de costumes. Arrivée au quartier général de Dumouriez, elle sollicita et obtint l'autorisation de donner des représentations sur le champ de bataille même, et les soldats français lui construisirent un théâtre en quelques heures. On improvisa une mise en scène, on répéta sommairement, et le spectacle fut annoncé. »

Il a même publié cette affiche très circonstancée, d'après Couailhac :

Lu troupe de- artistes patriotes, >"iis la direction de M"' Montansier, donnera aujourd'hui 1: novembre 17'.:. devant l'ennemi :

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