LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
cantate chantée par MM. Elleviou, Gavaudan, et Larti-
«,i 1 -. du théâtre l'avart de Paris.
LA DANSE AUTRK HIENNE
OU LE MOULIN DE .11 MM \l-l-.-
ballet arrangé par M. Gallet, auteur du ballet de Bacchus
l'Opéra.
Rôles principaux : .M. SEVESTE et M1, Rivière, du Théâtre Montansier.
Cette pièce sera terminée par une Sauteuse exécutée par les Autrichiens. (A VIS : Le public est prie de ne pas oublier
que ces autrichiens seront des Français déguisés ainsi pour le besoin de la représentation.)
LE DÉSESPOIR DE JOl RISS]
pièce de M. Dorvigny, jouée par MM. Baptiste cadet, Durand, Gilbert, M"* Caroline et le petit Truffaut, tambour
à la 2;"".
Le spectacle se terminera par un feu d'artifice, tiré par les canonniers de la première batterie.
Musique du bataillon de la Deule.
La plaine sera ouverte depuis le matin. Le spectacle commencera a : heur'-.
Mais tout cela n'est que fable, inventé de toutes pièces par l'imagination de Couailhac, comme l'a fortement prouvé i M. Boghaert-Vaché.
Passons.
Voici l'un des cas les plus curieux. Il date de Napoléon I"r, au moment des premiers revers des Fiançais en Espagne.
Le 18 juillet 1808, les divisions Vedel et Dupont durent capitulera Baylen. Un prisonnier français, Quantin, fourrier au 121"" de ligne, dans un petit livre aujourd'hui introuvable, publié à Paris, chez Brianchon, en 1 823, Trois Années en Espagne, Sur les pontons, à Cadix et dans Vile de Cabrera, a raconté les atrocités du régime auquel nos soldats captifs furent soumis. Les enfants mordaient nos officiers désarmés. Un catéchisme fut rédigé pour apprendre aux Andalous qu'un Français tué était une joie pour le Bon Dieu. On entassa
(1) Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux. 3o avril 1904.
des milliers des nôtres sur les pontons ou la lamine et l'épidémie firent des ravages; on les jeta dans l'ile de Cabrera, inhospitalière et déserte, où ils habitèrent le creux des rochers et des cabanes de branchages laites par eux; ils manquaient de vivres et d'eau, de vêtements; les gardiens les assommaient brutalement, les jetaient dans des cuves d'huile bouillante, et exerçaient toute la cruauté d'un peuple qui lit dévorer les Indiens par des chiens, et brûler leur roi à petit feu. Le croiriez-vous ? Au milieu de ces angoisses et de cette pénurie, nos soldats Irançais jouaient la comédie! Ecoutez Quantin:
« Des Français réunis peuvent rarement se passer d'amusement, et au sein même de la misère profonde où nous étions plongés, nous avions su nous en créer un : c'était celui de la comédie. Nous avions un théâtre établi dans une vaste citerne dont on avait habilement tiré tout le parti possible. Il avait été fondé par MM. Thillaye, officier de santé, fils d'un professeur de l'École de Médecine de Paris, et aujourd'hui chirurgien d'une compagnie de gardes du corps, après l'avoir été des gardes d'honneur; Degain de Montagnac, sergent-major; de Maussac, sous-lieutenant à la cinquième légion, et quelques autres. La nature m'avant donné quelques dispositions pour la déclamation, je débutai à ce théâtre par le rôle de Sophie de M. Vautour. Ce délassement charmait agréablement nos ennuis, et devenait pour nous une occupation importante. »
Les prisonniers furent déportés en Angleterre.
On en mit un grand nombre au Château de Porchester, dont le régime était fort dur et les locaux très insalubres. Ces malheureux à peine vêtus, en proie à la vermine, au vice et à l'ivrognerie, s'occupaient pour gagner quelques sous à faire de la dentelle, ... et à jouer la comédie.
« Il faut, dit Quantin, que le goût du théâtre soit bien vif chez les Français, car dans les positions les plus fâcheuses, ils ont toujours cherché à le satisfaire. J'ai déjà dit qu'au sein même des horreurs de Cabrera, nous avions cherché dans ce délassement un allégement à nos peines : comment à Porchester, où nous étions beaucoup moins mal, la fureur de la comédie ne se serait-elle pas réveillée? Le théâtre élevé dans cette dernière prison était vraiment un petit prodige.
« Construit dans la grande tour de Porchester, ce théâtre pouvait contenir trois cents personnes. M. Carré, aujourd'hui machiniste à Feydau, en avait dirigé les travaux avec art et une adresse qui triomphèrent de tous les obstacles. Quelques riches prisonniers avaient fait les premières avances et s'étaient associés avec d'autres, qui au défaut d'argent, possédaient les talents nécessaires au nouvel établissement. Aussi tout le monde fut surpris qu'un local qui promettait si peu remplit si bien le but qu'on s'était proposé.
Mais ce qui eut lieu de surprendre davantage encore, ce fut l'ensemble qui régna dans les travaux de la troupe comique. En effet, elle se mit à jouer tous les genres, triomphant de toutes les difficultés
a force de courage et de bonne volonté. Changements à vue, démolitions, apparitions, danses, combats, on exécutait tout avec un zèle infatigable, et le théâtre était aussi bien machiné que ceux delà capitale. Les habitants du village et même ceux des environs rirent bientôt leurs délices de nos représentations.
« Une partie des loges était pour les Anglais; l'autre et le parterre étaient réservés pour les prisonniers. Les fondateurs qui s'étaient formés en société, cherchaient moins à s'enrichir qu'à donner tout l'éclat possible à leur théâtre. Les Français, galants en tous les lieux où ils se trouvent, avaient tous la prétention de plaire aux dames anglaises, et c'était à qui brillerait le plus dans ses costumes.
« Mais, hélas! trop de célébrité nuit souvent, dit un vieil axiome. La gazette de Portsmouth porta jusqu'à Londres la renommée du théâtre de Porchester, et bientôt les comédiens de cette première ville en rirent ordonner la fermeture. Le motif de leur jalousie était le grand nombre d'Anglais qui venaient de Portsmouth même à notre théâtre, et vantaient beaucoup la supériorité de nos décors, et notamment une gloire qui fit en ce temps beaucoup d'effet. Le gouvernement craignait en outre que les prisonniers se familiarisassent trop avec les Anglais, et que ceux-ci ne favorisassent les évasions. Un Français qui avait reçu d'un Anglais un costume britannique, était sorti de la prison sans être aperçu.
« Toutefois, trois mois après, il nous fut permis
d'ouvrir de nouveau notre théâtre, sous la condition expresse que les Anglais n'y viendraient plus. Les représentations données auparavant aux Anglais produisaient 3oo fr. : celles données aux seuls prisonniers n'en rapportèrent plus que 120 : il fallut bien s'en contenter.
« Cette faveur de pouvoir continuer nos représentations était due à M. le commandant William Paterson, et au major Gentz, protecteur du théâtre et de tous les Français.
« Le cours de nos amusements dramatiques se poursuivit avec activité. Nous avions des auteurs, des pièces nouvelles, et conséquemment des cabales, des jalousies et des querelles littéraires. Ces petites tracasseries de coulisses prêtaient elles-mêmes un nouveau charme à notre société et à notre théâtre.
« Peu de temps après mon arrivée à Porchester, je m'étais hasardé à me faire maître d'école. Mais, timide et nullement intrigant, je n'avais point ou peu réussi. J'avais bien encore dessiné quelques brevets d'armes; mais cela rapportait si peu. Le hasard me mit en relations avec les acteurs, et je devins copiste du théâtre. Je rédigeai même de mémoire plusieurs pièces, et bientôt, inspiré par le diable, je crois, je m'enhardis jusqu'à donner une petite comédie en prose de ma façon.
« Je ne tardai pas à être récompensé de ma témérité. Ma pièce était cependant chargée de dialogues longs et diffus; les rôles étaient difficiles, et les acieurs qui jouèrent ma comédie le lendemain de la Saint-Martin, n'en savaient pas la moitié. Cette
circonstance me fil tort, comme on le pense bien. Néanmoins, elle se releva à la seconde représentation, et en eut douze de suite. Un amour-propre
d'auteur avait lieu d'être satisfait: caries comédies les plus courues n'en avaient pas davantage, et l'on ne doit pas en être surpris dans un lieu où le public était toujours le même.
" Mais, je l'avouerai pour l'instruction de ceux qui seraient tentés de m'imiter, j'avais tant souffert à la première représentation de ï Heureuse Etourderie .c'était le titre de ma pièce , que je n'eus pas le courage de mettre une seconde fois ma santé à la merci des comédiens qui n'apprenaient qu'a moitié leurs rôles. »
Ils jouèrent ainsi Mahomet, Zaïre, Les Templiers, Les Folies Amoureuses, le Barbier de Seville. Les Deux Amies, et Eugénie de Beaumarchais, force vaudevilles, et quatre opéras, dont la musique était de la composition des captifs. Rien n'est curieux comme le livre des répétitions et de la troupe. Le régisseur était un sergent de la garnison de Paris ; Sutat, maréchal de logis au dixième dragons, tenait l'emploi de premier rôle en femme; Wauthier, caporal de la quatrième légion, faisait les soubrettes; un fourrier faisait les mères. Le sergent Lafontaine, jeune premier, avait été jeune premier à Paris, au théâtre des Troubadours dirigé par M. de Piis. Le canonnier Farine joua d'abord les comiques, puis quitta la carrière ayant reçu de l'avancement. Il fut nommé chef de cuisine, peut-être à cause de son nom. Quantin avait
l'emploi de page ingénu. Un orchestre complet accompagnait le chant et les opéras. Garde, caporal de grenadiers au deuxième de la garde, était premier violon. Le chef d'orchestre, Corret, ancien élève du Conservatoire, devint plus tard directeur du Théâtre de Rouen. Les dragons et les chasseurs à cheval, plus légers, fournissaient les danseurs. Dans la ligne se recrutaient les lampistes et perjuquiers. Les auteurs ordinaires étaient celui-ci marin, celui-là sergent-major, cet autre fourrier.
C'est l'un des exemples les plus frappants de la belle humeur, de l'endurance, de la philosophie du soldat français, que ce théâtre de Porchester installé au pied des murs humides d'un château fort, devant les barreaux des cellules, dans une cour infecte et à deux pas du champ des morts et des martyrs.
Le théâtre au camp est comme un reflet et un écho des goûts mondains de la société contemporaine. Cet engouement reparut avec les salons dans la société polie de la Restauration. L'armée suivit l'exemple.
Vers 1821, le maréchal de Castellane, n'étant encore que colonel, faisait jouer la comédie par ses officiers. Il note dans ses souvenirs :
« J'ai passé mon hiver à Moulins, m'occupant de mes houssards, jouant la comédie, donnant un bal par semaine; les dames de la ville ont débuté par refuser d'entrer dans notre troupe comique, et nous
avons été d'abord réduits aux sous-lieutenants pour les amoureuses. La jolie baronne de Bressolle§, propriétaire d'un château voisin, a fini par s'engager
pour les jeunes premières ; d'autres ont suivi son exemple... Mes officiers ont joué la comédie devant M la duchesse d'Angoulême dans une
grange transformée en salle de spectacle; la chaleur était excessive. J'ai fait monter des houssards sur le toit pour ôter des tuiles. Cette nouvelle manière de donner de Pair a eu du succès. Avec des rieurs de lys, du papier d'or, du drap rouge, nous avons fabriqué une jolie salle; j'ai fait venir mes décorations de Moulins. Il y avait deux cents personnes, abondance de glaces dans les entr'actes; les femmes étaient mises avec élégance. On a joué Le ci-devant jeune homme, le Solliciteur, rôles dans lesquels le lieutenant de Longpré s'est distingue. On a joué aussi le Savetier et le Financier. Des lieutenants et M. de Chabrol, fils du Directeur de l'enregistrement, ont joué les rôles de femmes; cette fête a réussi à merveille. On a récité des couplets en l'honneur de Madame... Madame avait prié M. l'abbé de Frayssinous de ne pas lui adresser de compliments dans le discours qu'il devait prononcer; M. de Frayssinous a répondu : « Madame a bien entendu les couplets des houssards; « moi je suis le houssard de la chaire. »
La conquête de l'Algérie n'alla pas sans comédies, et si le maréchal Bugeaud fut chansonné, c'est que ses soldats avaient de naturelles et longues accointances avec la poétique des revues et
vaudevilles. Les noms de La Chiffa, Isly, Milianah, Cherchell, n'ont pas seulement illustré le théâtre de la guerre, mais aussi l'histoire dramatique: ce furent les noms des théâtres provisoires
Théâtre i>e i.'Islv (1844). M. Maroc, tanneur (Scène XIII). (D'après une gravure du temps.)
des zouaves. Sur le terrain des opérations ils furent d'une activité soutenue, de 1840 à 1845. J'ai sous les yeux un lot de programmes. Le i'r décembre 1844, le théâtre militaire de Milianah annonce sur ses prospectus historiés, enluminés et tricolores, Margot, vaudeville en un acte: I:n Pénitence, vaudeville en unacte; Les Deux Nourrices, vaudeville en un acte; des chanson-
nettes et des tours <le prestidigitation. Les personnages sont caricaturés parmi les arabesques de L'ornementation.
Deux mois après, il prospère toujours, puisqu'une affiche illustrée de têtes de zouaves mêlées à des tètes africaines annonce, le 2 février 1845. d'autres vaudevilles en un acte. Le quinze avant midi, et Le Magasin de la Graine de Lin.
Le plus gros succès fut pour une pièce d'actualité qui suivit en 1844 la bataille de l'Isly. Les Marocains avaient été châtiés; les zouaves en tirent un vaudeville, et j'ai retrouvé une lettre qu'un des spectateurs écrivait ace propos à un ami de Paris au lendemain de la soirée. Il y raconte ainsi le spectacle :
M. Maroc, tanneur, veut enlever M"1 Algérie, veuve fort séduisante, bien qu'elle ait d'assez grands enfants de deux lits. Maroccompte, pour seconder ses coupables desseins, sur la désunion de cette progéniture, et fait surtout des avances pleines de douce cajolerie aux fils du premier mariage. Une intrigante, qui a fait fortune dans l'Inde, sert en secret les intérêts de Maroc, et se charge de transmettre à M"" Algérie des propositions que celle-ci repousse avec des expressions de mépris qui font honneur à sa fidélité. Maroc a. de son côté, des enfants de toutes les couleurs qui protègent ses criminelles entreprises; mais Algérie n'est pas une vertu dont on vienne à bout facilement. Elle a bec et ongles, et même de très belles baïonnettes qui reluisent au soleil et qui vont droit au
cœur de l'imprudent assez osé pour convoiter ses appas. Maroc en a eu de bonnes nouvelles, et il se repent peut-être, à l'heure qu'il est. d'avoir cédé aux conseils de l'intrigante, laquelle s'abstient de paraître sur la scène et dirige tout de la coulisse, où l'on voit de temps en temps passer un coin de
Théâtre d'Isly (1844). Scène de M. Maroc, tanneur (Scène X). (D'après une gravure du temps.)
ses vêtements rouges et une plume de coq, ornement connu de son chapeau (l'Angleterre).
1 Quelques épisodes burlesques de cette pièce ont fait naître des rires inimitables et provoqué des applaudissements comme on n'en voit que dans un parterre de soldats victorieux. Un des fils du second mariage d'Algérie taisant une brochette de