CHAPITRE U
Situation des provinces envahies. — Commission française poar subvenir aux besoins des armées. »MM. Corvetto, Labôdillerie. Portai et Dddon, commissaires. — Leurs confénnces avec les étrangers. — Leur correspondance. — Ifote officielle de M. de Xalleyrand.~Répartltion de cent quatrevingt-six militons. —Chiffre exact des étrangers sur le soL ^ Rappdrt secret du baron Louis au t*oi« — Traités partiellier» des puissances avec le gouvernement français. — Ra« lèvement des objets d*art au Louvre et sur les places publiques. ^ Inertie du ministère Talleyrand.
D'après les faite qui^ dans les premiers jours de rinvasion de 181 5, signalaient à Paris les ardeQtes colères de la coalition, il est facile de se faire une idée des désordres qui devaient éclater dans les départements occupés. Afin de subvenir aux besoins de son armée et de réchauffer le zèle de ses complices, Bonaparte avait en trois mois de règne épuisé les ressources du pays; en choses évaluables au trésor seulement, it avait consommé plus de six cents millions.
Lesimpôts en nature, les emprunts volontaires ouforcés nesufBsaïeiitplus pour l'aire face à des nécessités renaissantes à chaque heure. Ce n'était pas assez de résister avec fermeté aux ordres souvent inconciliables et presque toujours impossibles des étrangers. Il fallait coordonner les dépenses pour établir une certaine régularité dans les sacrifices auxquels la nation était condamnée.
Le 9 juillet i8i5 , le lendemain même de la rentrée de Louis XVIII dans sa capitale , une commission fut formée par le ministère français ; elle se composait du comte Gorvetto, président, des barons Portai , La Bouîllerie et Dudon , secrétaire , avec voix délibérative ; M. Raymond Duprat , aujourd'hui membre de la chambre des députés, était à la tête des bureaux.
Le 24 juillet )8)5, le prince de Metternich, le comte de Nesselrode, lord Castlereagh et le prince d'Hardenberg, ministres des quatre cours, adressèrent au prince de Talleyrand , président du conseil , une note officielle déterminant le mode de procéder.
I Les ministres , y lit-on , ont pris en mûre considération les ouvertures que le ministère du roi leur a fait parvenir par son excellence I
DES TBAITiS DE l8l5.
ftkron Louis, dans le but de régulariser la marche lâe l'admÎQistratioQ dans les pays occupés par les (rmées alliées. Ils sont trop pénétrés de la né- Kssïté de prendre à cet égard les mesures Jes Mus urgentes et les plus efficaces pour ne pas mtrer avec empressement dans les vues qui ont bté ces propositions. Us croient donc que les " lâïspositions suivantes, qui viennent d'être arrêtées, seront les plus propres à concilier les dé- «irs du roi avec la situation où se trouveront les nées alliées pendant leur séjour en France :
l'Pour prévenir les inconYénients qui réntltent de l'iocertitude où sont encore les armées alliées , relativement à leurs cantonne- Bents, une ligne de démarcation déterminera î départements qui seront occupés par elles, mt qui seront plus spécialement assignés à leur itsteatation ;
( 3' Ces départements seront partagés entre
s différentes armées, de manière à ce que cha-
■pune d'elles ait un rayon , et que , par consé-
uent , dans le même département , il n'y ait
ue des troupes de la même armée ;
> 3° Cependant dans ces différents rayons ec
■en général dans tous les départements occupés
Car les alliés , on suivra un système uniforme
[p^r toutes les affaires qui conceraent l'admi-
nifltration » d ie f apportent wm, besoins dei années i
f A'^Las aatoritéa du roi 8^oat imm^atemept rétablies dans ces départements , et les préfets et sous^préfets rettus dans l'exercice de leurs fonctions.
cS^'Afin de protéger ces autorités » etd'assurfr en même temps que , d'un côté, tout ce qui tient au service et aux besoins des armées alliées s'exécute avec exactitude , et que , de l'autre , ceUesH^i observent le plus gra nd ordre , il ##Ea nommé des gouverneurs militaires pour les départements qui forment les rayons de chaque armée ; mais ce ne sera que pour les objets qui concernent le service et la sûreté des armées que les préfets et autres fonctionnaires publics recevront les directions des gouverneurs militaires des puissances alliées.
6° Ces objets seront encore plus spéoialeûient déterminés , mais l'entretien des différentes armées aura lieu sur des principes qui setoAt uniformément adoptés.
' c ^ Une commission administrative viept d'être établie à Paris, et se mettra aussitôt que possible en rapport avec la commission nommée par le roi.
c 8* Des ordres ont été donnés pour que la rentrée des contributions en argent, dont plu-
DES TAâitid te i8i5. 8t^
siébirs villefi et éépftrtem^ts eât été frappés , ne ftf>ît pas ultérfeurement potirsuiTÎe , et qu'à l'a* ▼feùfr àueiiûe eontrîbution de ce genre ne soît âeiQûiandée pai^ des ordres isolés des intendants des diJKérentes armées. €es Siifangements allant aussi loin que le permettent pour le moment aùk alliés le soin de leurs propres armées et leur sitUâtloû militaire , lés soussignés se flattent que le ministère du roi y reconnaîtra le désir sincère ^'ils ont de contribuer au rétablissement de raWorité royale , et à radoucissèrbénl des charges de la guè]tre autant que les circonstances letir en laissent la possibilité.
« Us ont rhonneur d'assurer S. A. M. le prince de Tàlleytand de leur haute considé^ iration.
« Paris , le i?4 Inilht i8 1 5. ,
€ Signé MeTTERNÎCH , NESSÉttODE , C4$T]:«ERMGH, HàRDËNBERG. »
Quatre Français étaient donc ehargés de veiller aux ititértts des départements envahis et de régulariser toutes les réquisitions qui pourraient être faites par les puissances étrangèires. A côté de cette commission, dont les pouvoirs n'étaient limités que pur Tomnipotence des alliés , un^ eoûsèil adsmowtf Mif avait été établi^ âimi giie
rindique TarL 7 de la note officielle du 24 îuillet. Ce conseil, nommé par les sonverains, se composait de IL Baldacci, ministre des conférences d'Autriche 9 du baron d'Altenstdn pour la Prusse, de IL de Bulkakoff pour la Rusae^ et de M. Dunmore, commissaire en chef de l'ar-* mée anglaise.
La mission des dél^ués français était pénibk et délicate surtout : ils avaient à lutter d'un cdté contre des armées enivrées de leur triomphe, et qui , loin de leurs monarques , pouvaient arec impunité se livrer à tous les excès de la conquête. Ces armées se regardaient comme ai pays ennemi, et elles ne demandaient pas mieux que de nous faire expier nos vingt-cinq années de victoires. DeTautrecôté se trouvaient des compatriotes à protéger, l'honneur et les intérêts de la patrie à sauvegarder, mais aussi des plaintes de toute nature à entendre, des misères à soulager, des mesures énergiques à adopter, mesures qui, dans rétat d'a£Faissement de la France, devaient, même par leur salutaire sévérité, soulever les cœurs aigris et fomenter mille mécontentements secrets.
En mettant le pied sur le territoire dont Tarnbition d'un homme leur avait deux fois ouvert les portes, les coalisés avaient espéré administrer le pays et lé pressurer sans contrôle. Ils oubliaient
TRAITÉS DE l8lS. 6l
déjà qu'il n'avaient fait la guerre qu'à Napoléon, et que Louis XVHI, par l'attitude hostile qu'avait prise la Vendée militaire, était entré dans l'alliance des peuples contre Bonaparte ; ils oublaient encore que le 25 mars i8i5 un traité conclu au congrès de Vienne faisait du fugitif de l'île d'Elbe l'ennemi commun, et que le roi avait été sollicité d'adhérer à cet acte des puis- Bancea contractantes.
Dans les premières conférences des commissaires français et étrangers ceux-ci ne cachèrent pas que la volonté des cours était de soumettre à leur administration les départements occupés. MM. Corvetto, Portai, Labouillerie et Dudon déclarèrent qu'ils devaient seuls être chargés de tout ce qui regardait le service; seulement ils promettaient d'employer à l'entretien des armées les produits de ces provinces. A l'appui de leurs justes demandes ils démontraient aux commissaires des puissances qu'avec leur système de contribution et de gaspillage, qui en était la conséquence nécessaire, le pays serait bientôt sans ressources aucunes et l'armée d'occupation elle-même privée de toute subsistance. Ces raisons étaient concluantes ; elles ne triomphaient cependant pas de l'obstination des alliés. Les commandants militaires disaient que toutes les sommes entrées ou devant entrer dans
|.uuu:b ica ou.
les caissen publU^eik apparteoideBli de àtoit ImUi Odonarques dont ik élaieAt le» Ag<eiit§. Qa anaîl mkême préparé une «t large toîe aux abw ijfu les chc fs de l'ansiée chackgMknt jttffi(|i»'MBl tè^ gles de Tadminiârtratloa.
Ainsi le coxate d'Alopeos è Nai^y ta iato M tii tQus les sels qui ê% tronvai^at e» ftlHrîiiitîoti dans les salines de TËsl; U osait plu»^ A isik/àt négociera ravance des bons p^mr d^iiJimiUiuMi^ jErancs, admissibles en paieinent de ces seb^ Un gpuveraeur autriebieni^Uait beaibCQHtp.phiS' hxn , et une lettre écrite le 5 août i8k5 par le iwifoii Dudon au prince de Talkyrand l'ufoimo • ^ue «ce gouverneur ne se borne p<»iitt à ex%8lr la rentrée des contributions ordinaires^ ma» ({M d^ns le^ départements de FAin, d« Jurande klv sère et du Montblanc y il iieut enco« Mulndfti* dre les habitants i payer un emprtiat fwêéfpad^ par un déeret impérial du 8 mai i8iSb^ «vaitilé exigé des plus riches contribuables de eu d^MU> tements.
f Dans celui de l'Ain » par eumaaide, ik oM pà» le rôle dressé par M. Baude , préfet , fui a exi§é que les plus riches propjriétairea sousoiiviasaott des bons à uo et deux mois de date. C'est k recouvrement de ces effets que l'intendant généial autrichien veut faire poursuivi»^
a Ëo supposant^ coatinue le batra^ DhAmi ,
DES TKintoBB i8i5« 91
qoè tes ftlUéd aient le dri»t de prélever hi di^ pettse de kurs troupe» eur le |iroduH de» coi^ trife^mioas ofdiDâiree établies par not loki^ on ne doit pas en conclure qu'il soit dans l'iatefl^ tion des souveraine de donnei etiite ^Itt 91estires arilitraiyei que le& agents de Bonaparte ^t iDMginéee dam leure dépactementar* Celle doul 9 eel queetion ici équivaut à rétabliesentieaf dNme^cotitfibutiea extraordinrire doot la O0te du 94 J^Ufet suspend la poursmtei a
'M. de Tallejrrand) adoptant ks propoeitienft du commissaire français, s'oppo&a Tirement i ée' semblables prétentions. Il dédara que rien ne défait entraver la marche des autorités fran«« çaisee^ et il éerivit à M. Dudon de Teilier très aitentàrement et ce qu'Q fût pounru à k nour^ rit«^e de l-amiéë ennemie; mais en oiêrae tempa it fan enjoignît de s'oppoAer à tout tfilè«ft»ent de fond^, et de n'obtempérer à asKotie* récpiisition qui A^paisset ail ks besoins journaliers des troufies.
I^eaeotnmiasajres adnrséèrent le i5 aoûit »&|5^ dos kMtraetiooa trèa préeises^ dana ce sens à toue len prMats. Ges inctimctibnâ étaient aioei eonrr
% Monsieur le préfet , . t l^omfi a,¥OM l'hoQpewr de yqii» tcaowiettce
la copie d'ane circulaire adressée par les mini*tres des souverains réunis à MM. les gouverneurs des départements occupés par les années étrangères.
t Elle nous a été ofBeieïJement communiquée par le conseil administratif des alliés. Vous verrez que l'administration vous est remise sans restriction. Les produits de toute nature doivent rentrer dans les caisses du trésor royal ; les dépenses ne seront plus faites que par les ordres des autorités françaises, et dans les formes de notre comptabilité.
■ La remise de l'administration entre vos mains produira l'économie, qui résulte toujours de l'ordre et de la régularité ; mais les charges . que les habitants auront à supporter seront encore considérables ; il ne faut négliger aucune des ressources qui sont à votre disposition.
< S'il était frappé sur votre département des réquisitions de remonte, d'objets d'habillement et d'équipement, vous devez vous y refuser commevous l'avez déjà fait. Cependant, lorsque les quantités requises seront pour des besoins urgents, vous deveï satisfaire aux demandes qui vous seront adressées ; il vous sera facile de distinguer quelles sont les réquisitions qui ne peuvent être différées , sur lesquelles les commissions établies à Paris ne donneraient pas de
DF.S THAITÉH DE l8l5. 6.i
décisions négatites. d'avec celles qui peiiveni être la matière de quelques discussions . et contre lesquelles, par conséquent, nous pouvons élever des réclamations. La quantité des objets requis est l'indice le plus sur pour vous guider dans cette circonstance: ainsi, des fers nécessaires pour la consommation immédiate de la cavalerie, des cuirs pour réparer les chaussures d'une troupe en marche, ne peuvent être refusés ; mais des réquisitions de trente ou quaranti; mille paires de souliers , de cent mille aunes de draps, sont susceptibles d'être examinées à Paris , soit parceque le pays ne serait pas en état d'y fournir, soit parceque les troupes ont déjà été pourvues de ces objets dans d'autres arrondissements.
« Les contestations qui se sont élevées entre MM. les préfets et les agents des armées alliées, nous ont engagé à vous donner ces nouvelles explications : vous sentirez, monsieur le préfet, combien il est essentiel d'éviter tout ce qui peut troubler la bonne intelligence avec les alliés, au moment oiî la remise de l'administration , retardée jusqu'à ce jour sous divers prétextes, va enfm vous être faite sans aucune restriction ; ce qui donne lieu d'espérer que des arrangements encore plus importants seront bientôt rendus public?.
CiXi^^ Hmkef rarfaitnâre à^s f é u^jm%. cl (i^mnet à la r^siêt^nt^ ét§ astorft» tscaies on pioMt é'appw* L« prxfetf âr«it iesr devmr; i»aw kt elk^ éfiraur^^r», €ïa:»père:f d€ e^tte ac^ tivite ft di( c^ accord qui par a>r?aîetstleiir fliaB» Wi ▼«mloir^ ie portèn^at à de ^raTcs sé^ kcs.
Lefcar^iii llrxaadn^ de TaâeTnnd. préfet ds L#if«t ; le m»iq[im de Gasfiile, préfet de FEiire, et M. Jolef Pasqaîer^ préfet de fa Sardie, fmeflt eaieféa presque au même mmnem et tran^iérés ea PriKse. Comme poor bnTcr le siiBîsiire français même dans ses affeetioiis de fomîlley YuunfÀttitit de Fétraof CT s'était adressée as ne^ Teo d M président àm coDsefl , au çefidre d« cluuieeiier d'Aoïbray et an &ère de carde des sceaux. MM. de Gotod et Bcrala do CokMfrbier, Tuo préfet de IToone, Tantre des Yo^es, subîreot le même sort.
Ctn mesures de rigueur ne modifièrent ee^ pendant point les instructions données par le ipnace de TalleTrand aux quatre commissaires, f^orsque le baron Dudon Tint lui annoncer cette nouvelle ertlraTC, M. de Taileyrand , avec sa narquoise impassibilité, se borna à dire : € Eii bien ! qu^est'Ce que cela fait k vos affaires? J'aime beaucoup Alexandre Talleyrand, et ilvaut mieux qu'ils aient enlevé celui-là qu'un auire. Je vous n^pèlc qu'il ne faut rien payer si vous le pouvez,
DR5 TniITÉS DE 181 5. 67
ftifez le inoinB possible si tous êtes forcé, pt surtout le plus tard possible. >
M, Dudon était parfaitement de cet avis. La pénurie du trésor ne permettait guère d'en adopter un autre.
Se sentant appuyé par le ministère qui, dans ce moment de crise, se montra courageusement aaiïonal, les quatre commissaires voulurent se tenir i la hauteur des dangereuses fonctions dont la confiance du roi les investissait. C'était nne guerre de tous les instants qu'ils avaient ^ soutenir, guerre de chicaneou d'envahissement, guerre qui, chaque jour, les plaçait en contact ou en hostilité avec des chefs militaires. Encore peu habitués i la victoire, ces chefs ne savaient pas, par une générosité au moins dans tes formes, se faire pardonner les excès du triomphe. Les Prussiens étoient toujours et partout les plus hautains et les plus intraitables.
Entre autres preuves, nous citerons une note qui fît grande sensation dans le corps diplomatique: elle est adressée par M. Dudon k M. de Ribbentrop, intendant-général de l'armée prussienne, qui depuis longtemps parlementait avec ce commissaire français pour faire établir les compte» de son gouvernement selon le chiffre qu'il présentait.
J'ai émis, répondait M. Dudon à une lettre
de cet intendant général, j'ai émis l'opinion que noiis ne pouvions pas nous écarter des règles tracées parla note diplomatique du ■"septembre , et la question se réduisait alors à des termes fort simples. Une convention signée par les ministres de sa majesté le roi de Prusse , formet-elle un engagement pour les agents prussiens ? Vous changez l'état de la question. Tous me parlez des décisions que vous ave/, prises personnellement, et vous ajoutex ces mots : ■ Ace sujet je dois vous faire observer qu'une armée victorieuse ne sera pas forcée de se soumettre à des conditions telles que vous les établissez. »
fl Permettez-moi, Monsieur, de vous faire remarquer que je n'établis pas de conditions ; que je déclare au contraire n'en pouvoir présenter aucune . mais que je suis obligé de me soumettre à celles agréées par nos gouvernements respectifs. Dii reste , je ne crois pas que par l'expression d'armée victorieuse vous ayez voulu dire autre chose que la réunion des Anglais , des Autrichiens, des Prussiens, des Russes, des Saxons, des Bavarois, etc. , etc. V.h bien! c'est précisément des conditions arrêtées entre ces puissances que je demande l'exécution.
« Je ne puis reconnaître à aucune des droits particuliers, puisque leur position vis-à-vis de la France est Je résultat de la coopération com-
• TKAIT^H as 181^.
mune. Chargé en plusieurs occasions de stipuler les intérêts de mon gouvernement au-delà des frontières, je n'ai jamais parlé dans les négociations que de l'intérêt de tous les peuples dans le but de mettre fin à leurs divisions. J'ai tu avec soin les avantages passagers que donne ou enlève lafortune. On ne se conduit jamais mieux en politique quelorsqu'on n'écoute ni l'affection ni le ressentiment. Ce sera donc la dernière fois. Monsieur, que je relèverai des expressions inutiles au développement des questions discutées, s'
Au milieu de tous ces conflits et de ces correspondances où le beau râle de dignité appartient encore à la France, le prince de Talleyrand, pressé de tous côtés, consentit à faire payer aux alliés une somme de cinquante millions. Cela avait été ainsi réglé le 10 août i8i5, mais il était bien entendu que les réquisitions de toute espèce cesseraient à l'instant même. Toutefois le 24 du même mois, dans un document adressé aux ministres des quatre cours, M. de Talleyrand faisait entendre ses plaintes avec une autorité de paroles que les faits eux-mêmes venaient chaque jour confirmer.
< Les entraves qui gênaient la marche du j;uu-
7» HISTOIBI
vernement n'ont pas cessé, dit dans cette pièce officielle le président du conseil. Les autorités françaises n'ont pu reprendre la direction des affaires; les impôts ont été détournés des caisses royales dans celles des armées ; des réquisitions exorbitantes pour l'équipement ont été frappées, les mesures de rigueur sont venues plus fréquentes; les préfels ont été enlevés à leurs fonctions. Dans les départements occupés par l'arcoée bavaroise les agents militaires ont déclaré qu'ils ne regardaient pas comme obligatoires pour eux des arrangements conclus sans l'intervention d'un ministre de leur souverain. Dans une partie du rayon de l'armée autrichienne les préfets ont eu la liberté de reprendre leurs fonctions et de diriger le recouTrement des impôts, mais les recettes ont été aussitôt arrêtées par des réquisitions de diverses natures étrangères à la subsistance journalière des troupes. Les agents prusiiens ont jugé que le paie" ment des sommes promises par le gouvernement de Sa Majesté devait précéder la remise de l'administration aux autorités françaises. Ilâ continuent apercevoir les revenus courants. Le gouvcrneim [it de Sa Majesté Très Chrétienne est donc encore entouré de difficultés qu'il avait été dans l'Intention de toutes les parties d'éloigner. Leurs excellences reconnaîtront dès lors qu'il
DES TRAITÉS »E l8l5. Jl
n'a pas été au pouvoir du ministère du roi de »e procurer les fonds pour le paiement des pr«h miers vingt-cinq millions puisqu'il ne peut ài»^ poser d'aucune des ressources des départements.
< Dans cet état de choses^ il est néanmoins un principe que le ministère s'empresse de reconnaître. Il est juste que l'exécution des engagements réponde de son c6ié à celle qui a eU lieu de la part des puissances; Icf ministère di» roi offre en conséquence de régler sur les bases de la convention du i o août la somme proportionnelle à remettre à chacune des puis»aneêa qui ai/ra rendu sans restriction et sans réserve l'administration des départements occupés par ses troupes.
àJl est une autre considération sur laquelle le ministère du roi ne peut s'empêcher dlnsister) c'est la nécessité de surseoir à toute réquisition isolée d'habillement, et de faire régler de con-* cert i Paris ce qui est relatif à ces sortes de demandes. La promesse de ne pas s'immiscer dans ('administration financière serait illusoire si l'on ne doit entendre par là que le recouvrement des impôts courants et si les chefs militaires coùservent la faculté de frapper des réquisitions qui ne sont sous un autre nom que des contributions en argent. De pareilles mesures détrui-
raient celles que le gouvernement du roi pourrait prendre, car dans l'état d'épuisement où se trouve le pays, il n'est pas possible de faire percevoir concurremment les impôts et les contributions extraordinaires. Il arriverait ainsi que les ressources sur lesquelles le ministère aurait compté pour faire face à ses engagements envers les puissances alliées seraient absorbées par les prélèvements qu'auraient ordonnés les généraux pour rhabiUemeiit de leurs troupes. »
Le i" septembre i8i5, une autre somme de cinquante millions fut allouée aux étrangers par le ministère pour solde de deux mois. On leur compta le même jour cent trente-six millions deux cent mille francs pour habiUements, équipements et remonte. Une note du duc de Wellington au baron Louis explique ainsi la répartition de ces cent quatre-vingt-six millions deux cent mille francs.
La répartition des cinquante millions pour la solde est faite à raison de dix millions pour chacune des quatre grandes puissances et de dix millions entre les autres alliés proportionnellement i leur contingent dans l'armée. Celle des cent trente-six millions deux cent mille francs t'st établie à raison de cent vingt francs pur bomme.
DBS TBAiari^ HP 181 5. 7$
L'Autriche -reçut 4^,4^0,000 f. » c.
La Prusse,.
L'Angleterre ,
La Russie ,
La Bavière ,
Le Wurtemberg,
Bade,
Hesse ,
Piémoat ,
Saxe,
Total
i86,aoo,ooo
Ce qui d'après le tableau formé par le baron Louis, ministre des finances , et ccmimuniqué à la commission française ofùre un effectif d'un million cent trente--cinq mille hommes , ainsi répartis par puissance :
Autriche^ 3âo,ooo hommes.
Prusse et alliés dans ses
armées , 3 1 0,000 Angleterre et alliés à Tar-
mée du Nord, 128,000
Russie, 260,000
Bavière , 60,000
Wurtemberg, 20,000
A reporter 1 ,o88yooo
74 iUMflii
Aet^èrt
tio88,oôa
Bade^
i6/)oo
Hesse^
PiémoBti
Saxe.
&fMO
Total 1,1 3 5, 000
Sur lés ceât trente-six millions deux cents mîlte francs pà;^és par le trésor royal il âvàît été stipulé que Ton déduîfàîf tout ce qui avait été pris paf les àrtné^ alliée^,- tout ce qui leur aurait été antérieurement fourni , et qu'à partir de ce )àùT i*^éeptémbré, il ne serait plrïs qcieâtion dé féquisition d'âfgeâf ^ de dènféë^ ôif dé taii' chandises. Autant qùll dépendît AëS s'âTùterâintf, des généraux en chèt et dès négocîàfèuf â , déé conventions furent aussi scrupuleusement obsèitèfêiS ^é le^ circonstances le permirent.
Le baron Louis, ministre de9 finances, tendit comptef ûtt tai de cet ensemble d*o^pérations et de leurs résultats ^i avaient coftté tant de travaux et de coiiibats à la commission , etle âi septembre, afil moment même d'abandonner le pouvoir, le Èbinistre disait dans son raj^ort en date de ce ]ùùt î
< Sire 9 ki tfAées coalisées , eu entrant sur
DES TEiiTif M ]8i5. yS
]m tanritCFire^ manifestèrent Fififefitioïî dé ^ien^ dit It direction de l'admiiiistratioû dans leà déw pai1:eii^entï qu'elles occupèrent ôùccessivetûfénè^ et de faire percevoir à lèiir profit toits les rete*» Ai»9 arriérée et courants; elles frappèrent eu xhême temps des réquisitions eonsidétables poùl^ leur habillement; elles imposrèrént aussi des contributions en argent sur les pays ^t» supMportaient déjà de# dépenses pour la subsistance def tibupei»
€ Les ministres de tôtre matjésté ie ûtént Hû devoir dé réclamer contre de pareille^ dispo^i^ tion^rj ils offrirez de faiW pourvoir à reiltfetîeii des slM^é^ pàï Ué soins de^ agents français. i\ MÈtit pétilble dé te^ iëtiâtè ké inst^uïûcftlts ^é lùtstttbs àtiiii (ïtïêtetihês , ms(k il eût été dàngëretl^ de lai^éét lès hàbitàtits Sans défendeurs càûttt de^ àtitoTÎtéi? étrattgèréS.
« Vous permîtes , sire , à vo^ ttinîstte^ d'èiïtféi* fto négociation sur ôet objet; des notés fur««f échangées avec le cabinet dé^ solïvefaiûé de# quitté t6ùrs iêiiniëè. H fût tbtii&tia que les foWcfiftilttafWs ff stnçaîs l'entreraient dàtf é le ïibi'e e:»!e^cîcéde leuifs emplois, et, qu'aucune coûtribution: eh àtrgent ne serait plus exigée. Ces arrangements furent rendus publics. Cependant le bon ordre qu'on espérait voir renaître ne se rétablit que dans les éèj^fltmtïm t>cet^
•j6 HISTOIBS
pés par l'armée russe; les agents de cette armée cessèrent, aussitôt la publication de la note du a4 juillet, insérée dans la Gazette officielle , (i) d'intervenir dans les affaires administratives; il n'en fut pas de même dans le rayon des autres armées ; rien n'était réglé par la note du a4 juillet sur la perception des revenus ordinaires de l'état ; elle ne faisait pas cesser les réquisitions d'habillement ; ainsi l'administration était encore paralysée, car on lui enlevait la disposition des caisses publiques et l'on exigeait d'elle qu'elle satisfit à des demaudes énormes de diverses natures; les commandants militaires ne frappèrent plus, il est vrai, des contributions en argent , mais les réquisitions en draps , en cuirs, en objets manufacturés augmentèrent; on ne pouvait se procurer ces effets qu'en les achetant, les levées d'argent continuèrent donc sous un nouveau prétexte.
< Les ministres de votre majesté représentèrent aux ministres des cours réunies que les dispositions consignées dans la note du :j4 juillet étaient insuffisantes pour atteindre le but qu'on s'étail proposé, après plusieurs communications. Nous l'cçûmcs, le G août, une note dans laquelle oii
il) La Gazette ofieietU remplaça ea IKlâ pendant quelques semaines le jUmilfur univcrwl.
DES TRAITÉ» DE l8l5. 77
hablisïtait en principe qut- les départements occupés par les années coalisées devaient subvenir i la subsistance et à ia solde des troupes ; cf dernier article était évalue pour deux mois à cinquante millions. On demandait que cette somme fût payée en deux termes, le premier le a5 août, le second le i5 septembre, en admettant en déduction les fonds enlevés des caisses publiques ou perçus de tout autre manière. On insistait en outre pour qu'il fût promptement satisfait aux réquisitions d'habillement et d'équipement faites par les généraux en chef; on ajoutait en terminant la note que dès que ces deux points seraient réglés les négociations s'ouvriraient sur les propositions définitives que les puissances alliées avaient à faire au gouvernement français.
L «Vos ministres, sire, se soumirent à l'obliga-
pon de payer cinquante millions. Ils eurent
Win de faire observer au cabinet des souverains
alliés que cet arrangement n'était contracté que ,
dans la supposition que la marche du gouverne-
lent serait dégagée de toute entrave, et qu'il au-
liit la libre disposition de tous les revenus pu- ,
lies ; quant à, l'habillement, nous demandâmes
îtat détaillé des réquisitions afin de pouvoir,
leoii ^ lépajtition de cette dépense. *
A la suite de ces tristes considérations, le wpport du baron Louis, déposé aux archivps du ministère des ûnances, annonce pourtant que, grâce aux soins de la commission, il a été poseible d'amener les puissances à conclure dîveis traités particuliers avec la France. C'était un al* légementaux charges qui pesaientsur le royaume, car les cours éirangères prises séparément cédaient avec plus de facilité aux démonstrati(mB et aux chiilres de MM. Corvetto et Dudon. Ils discutaient sur de moins larges bases arec des têtes froides et que les irritations nées au seîn d'une assemblée ne passionnaient plus.
AprèjavoirmùreoiL'nt étudié ce^^ préliminaires des négociations , on re^^te convaincu que les hommes d'état qui avaient accepté la mission de concilier tant d'intérêts rivaux entre eux, mais toujours ennemis contre nous, ont bien mérité du paya. Ces traités particuliers furent approuvés par des ordonnances spéciales du roieqda|e du ai septembre.
La commission représentée par MM. de Li Bouillerie et Dudon conclut encore , avec les ministres des puissances secondaires, dlveriçs transactions dont le rapport du baron Louis rend compte au roi, puis vint le tour de la Rus!<îe. En remplacement des réquisitions qu'elle avajt faites ou qu'elle se disposait à demander» les coi
DBS thaitâs PS i8i5, 79
saires français; et M. de Cancno, ioteodant-général des armées russes, et aujoiird'liui miaUtre . des finances de l'empereur Nicolas, ûreot piqr- 1 |ifliieurs traités moins onéreui pour la Fraace. Uft-j ^'autre fut passé «iilre le baroa Louis et le baroa ' Bulow au nom de ta Prusse. L'exemple d« cm J puissances décida la Bavière à faire comm* ] dles.
jLa Bavière avait frappé pour dix-huit mfl»J Lens de contributions. <• 11 était impossible, ditt] le rapport au roi, de les faire exécuter dans kij territoire très resserré qu'occupait cette armée. Cependant on employait déjÀ les exécutions mir j litairea pour obtenir tout ce qu'il serait possi* ble d'arracber aux liabitants; tout allait être' défiorgafiiKé lorsque la commission obtint dv , prinee de Wrède de conclure un accord pareil à ceux de la Russie et de la Prusse. Les dix-huit J milUoQs demandés ce réduisirent à sept miltiocuf cioq «ents mille francs. »
Tandis que ces luttes, don* jusqu'A présent.] personne n'avait eu connaissance, se soutenaient 1 dons le sein de la commission contre les cupidités de l'étranger, les Anglo-Prussiens envahissaiecit le Musée et dépouillaient la France des chefs-d'œuvre de sculpture et de peinture dont la conquête ou des traités solennels nous avaient ! posaeSBfiuiSi
rwwu s posai
En i8o4 le pape Pie VII avait trayersé les tnoDts pour venir sacrer le consul qui se déclarait empereur. Le saint vieillard fut entouré d'hommages, et le pavillon de Flore, qui lui avait été assigné pour demeure, n'ayant pas d'assex vastes appartements pour contenir la foule des visiteurs , Napoléon choisit la galerie du Louvre. M. Denon en avait la garde. C'était lui qui était chargé d'accompagner le souverain pontife dans les monuments qu'il désirait voir. Ce fut encore lut qui l'introduisit au Louvre. « Votre sainteté, lui dit-il, en pénétrant dans la galerie, apercevra peut-être des objets qui attristeront ses regards. — £h quoi donc? demanda Pie VU. — Des tableaux , des statues , des objets d'art, répliqua M. Denon, ils étaient autrelois en Italie; quelques-uns même au Vatican.!
le pape leva les yeux au ciel, et d'un air de prophétique résignation : ■ La victoire, répondit-il lentement , Jes avait portés en Italie. La victoire les a déposés ici. Qui sait où un jour elle les reportera? •
Onze ans étaient à peine écoulés, et des bataillons anglais et prussiens venaient, l'arme au bras , accomplir dans ce même Louvre la prédiction qui avait retenti sous ses voûtes.
La république et l'empire, en parcourant l'Europe, avaient pris, comme trophées de leurs
Dfs th\ItAs du i8ii>. 8i
conquêtes ou acquis par des Iraiti's, les plus beaux monuments des arts, les plus curieuses archives, enfin tout ce qui pouvait flatter l'orgueil d'une nation. I/Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis , les toiles de Raphaël , les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, de Van Dick, de Rubens et du Murillo; les chevaux de Venise, le lion de Saint-Marc, le trésor des archives du Vatican, de Turin et de La Haye, tout cela se tro'ivait en notre possession. La Prusse avait contribué, ainsi que les autres peuples, à ce magnifique encombrement de toutes les merveilles du monde. L'heure des désastres sonnait. Nos armées n'avaient point épargné les humiliations aux puissances vaincues : triomphantes à leur tour, elles nous rendirent avec usure outrage pour outrage.
Ces affronts de nation à nation que l'on ne flétrit que lorsqu'on est vaincu , que l'on ne qualifie d'injustes qu'au moment où on ne les commet plus pour son propre compte , sont sans aucun doute de tristes calamités. Elles froissent l'orgueil des capitales et ne satisfont jamais l'ambition des rois ou des armées ; mais à Paris, dans cette ville qui avait tant de légitimes motifs pour se regarder comme le centre des arts et le foyer des lumières, cet abus de la victoire, transformé en insuhe faite publiquement, à plein sn-
leil, en face de la garde nationale dont les bataillons se présentaient déjà pour protester les armes à la main, avait quelque chose de sauvage.
Le laisser-aller habituel de M. deTalleyrand, son égoïste apathie qui ne se réveillait que dans lee crises imminentes, et qui ne se réveillait la plus souvent que par de malicieux propos longuement trav;iillés , ne permirent pas à l'indignation publique de prendre fait et oause. On . parla à M. de Talleyrand des sentiments unanimes que cette spdliation faisait naître dans les masses. A toutes les observations il se coatt de répondre : » Ce n'est pas une affaire.
Le prince de Talleyrand se trompait, el poésie libérale et les souvenirs du peuple lui ont prouvé qu'avec notre esprit prime-sautier nous sommes toujours prêts à sacrifier les choses graves à des minuties que l'on prendra à tâche de nous faire regarder comme patriotiques.
A l'aide d'un bon mot M.
croyait avoir pouivu à tout; ai sculpteur Canova se présenta devant lui et demanda la déris ire permission d'entrer au Musée pour retirer les objets d'art qui devaifnL tire rendus au pppe, le président du tcnsiil ne se iit-il pas griUe d'une de cis paroles ne sont jamais des raiaons. ÇauoTa s'annquçmt cq bc
is les i ont 'I
de Talleyrand lorsque le
DES TRm|§ p]e i8i5. ^
Tapabass^^eUF du souverain pontife. • Oh ! reprît le pripce ^n soiirl^pt du bout des lèvres, ao^ba^sadeiff ? C'e^t emballeur que vous voulez dire, s Ce sarcasipe tint lieu de toutes les satis^ factioas.
Ç^ n'était pa$ a$se2. ie président du cooseil le sentit > let daus i|nç Qote officielle il essaya de ledémpntrer à lord Castlereagb. Cette note dé* vejpppait le système dans lequel h ministère consentait à se reijfprmpr, système que déjà ]^M. Corvettp, Portai, La Bouillerie et Dudoa avaient outrepassé dans les courageuses résistances de la commission.
« Le ministre c^u rqi, disait le prince de Tait leyrand le 19 septembre iôi5, a reçii la pote que Son E^c. xnilord yicomtç Castlereagb lui a fait rbonnçur de lui adressef touchant lei^ objets d'art qui appartiennent à la France; sa majesté, à qui cette note a été soumise , lui a prdQpné d'y faire la réponse suivante :
t Son Exe. lord Castlereagb semble croire que les deux guerres de i8i4 et i8i5 sont de même n^tnre, et que la seconde comme la première doit être terminée par np traité de paix; mais ces dei^i^ guerressont de nature bien différente: la première était faite véritablement à la nation française , PW^Î^'eUe était faite 4 nij homme reconnii son
chef par toute l'Europe, tt qui disposait légalement de toutes les ressources de la France ; la guerre étant faite à la nation, un traité de paix était nécessaire. En i8i5, au contraire, ce même homme à qui l'Europe a fait la guerre n'était reconnu par aucune puissance; s'il disposait des ressources de la France, il n'en disposait pas légalement, et la soumission était loin d'être complète. C'est à lui seul et à la faction qui l'a appelé, et non à la nation que, d'après ses propres déclarations, l'Europe a fait la guerre. La guerre s'est donc trouvée terminée et l'ctat de paix rétabli par le seul fait du renversement de l'usurpateur, de la dispersion de ses adhérents et de leurs chefs. On ne voit donc point comment la guerre de i8i5 pourrait être un motif valable pour changer l'état de choses établi par la paix de i8i4. Son Exe. le vicomte de Gastlereagh a , d'un autre côté , pi^sé en fait que des objets d'art ne peuvent pas s'acquérir par la conquête. Le ministère du roi est bien loin de vouloir faire l'apologie d'aucune sorte de conquête: plût à Dieu que le nom ni la chose n'eussent jamais existé! mais enfm, puisque c'est pour les nations une manière d'acquérir admise par le droit des gens , le ministère du roi n'hésile pas à dire avec conviction que la con-
quête d'objets inanimés, dont le seul avantage
est de procurer des jouissunccs ^iliysiques , uu , si l'on veut, inlellectuelles, est bien moiuii odieuse que telle par laquelle des peuples sont séparés de la société dont ils sont membres. 11 y a à faire, relativement aux objets qui ont été ^ccessjvement apportés en France, une distinction que l'on paraît n'avoir pas faite. Pavrai les pays auxquels la France a renoncé en i8i4) plusieurs appartenaient bien légitimement à elle OU au chef qu'elle avait, etparcequ'ilslui avaient été cédés : elle a donc pu disposer des objets d'art qui s'y trouvaient. Lorsqu'elle a renoncé à ces pays, elle les a restitués tels qu'ils étaient au knoment de la restitution , et l'on ne voit point d'après quel droit les puissances voudr;(ient aujourd'hui réclamer des choses qui n'ont pas été comprises dans l'abandon que la France lo a fait. Enfin d'autres objets d'art apppartientiennent encore à la France en vertu de la cession qui lui en a été faite par des traités solennels. Quant aux considérations morales développées dans laootede SonExc. milord vicomte de Castlere^igh, le ministère a toute raison de roire que le roi s'empresseiait d'y accéder s'il pouvait ne suivre que son propre peucliaut :
mais Son Excellence se trompe si elle pense que le roi soit aujourd'hui plus qu'eu iSi^ i-ii
position de le faire, et le
iimstere ne erxiiit
86 BisTCnis
pas d'affirmer que si, comme il n'en doute pâS, toute cession de l'ancien territoire , dans le cas où le roi y consentirait, lui serait imputée à crime , celle des objets d'art ne le serait pas moins, et serait peut-être plus fortement ressentie , comme blessant plus vivement l'orgueil national. ■
A cette heure ai difficile, lorsqu'on en Sipp&lait à l'équité de la diplomatie, on était à l'instant même à peu près assuré de Toir surgir un homme de guerre. Lord Castlereagb ne pouvait alléguer que de mauvaises raisons; il laissa au duc de Wellington le soin de les présenter.
Ce dernier répundil « que, lors des conférences pour la capitulation de Paris, les négociateurs français avaient voulu faire insérer un article sur le Musée et sur le respect pour les monuments des arts; que te prince Bluchw avait déclaré qu'il s'y opposait, attendu qull y avait dans le Musée des tableaux enlevés au roi de Prusse, et dont l.ouîsXVllI avait promis la restitution. Le duc de Wellington avait ajouté qu'étant dans le moment de la capitulation comme ie ic présentant des autres nations de l'Europe, il devait réclamertout ce qu'on avaîteolevéaux Prussiens; que, bien qu'iln'eùt pas d'instruclionsrelatives auMusée,niuneconnaissance
DES TRAtTiS DE l8l5. 87
fôrbièllë dfe ropinîon dé« isouveraîns sur ce points il devait néanmoins présumer quïls insisteraient fortement sur Taccomplissement des promesses dû jpoî de France, diaprés Tobligation où ils étaient tous de faire restituer à letlh états lés tabteaut et statues qui en araient lèté enlevés^ contré l*ùsàge dfes guerres régulîèrfea, pendant l'effrayante période de la révolution françaiée* Lès souverains ne pouvaient faire tott à leurs sujets pour satisfaire l'orgueil de l'armée et du peuple français, aujïquels il convenait de faire sentir que , nialgré quelques avantages partiels et temporaires sur plusieurs états de l'Europe, le jouir de la restitution était atrivé, et qtie les monarques alliés tie devaient point laisser échapper cette occasion de donner aux Français une ^àhde leçon de moirale. »
Le pape Pie VII en donna irnè aux coalisés 3ôût ils se gardèrent bîeii de proAter. Lès maùtfscritâ les plus ptécieux du Vatican avaient été transportés à Paris. Canova les réclatna; itaals alors se présentèrent des envoyés de Tutiivètshé d*Heîdelberg qui ^n revendiquèrent utie partie. Ils disaient qa*elle avait été enlevée de lent ville , pendant la guerre de trente ans , par nn dnc de Bavière, qui plus tard en fit homïhage au saînt-siége. La réclamation de l'université était fondée ; mais le commissaire romain désira
en rét'éter au souverain pootite. Le pape Tepondit:
• Les mêmes motifs qui accordwat le ^roit aux puissances dépouillées par la France de reprendre les objets conquis par la force militent en faveur de la demande de l'université d'Heïdelberg. Il faut donc se conformer aux règles de justice que les alliés viennent de faire triompher. .
Arec un peu de résistance dans la forme, M. de Talleyrand pouvait arracher plus d'un de ces monuments de gloire artistique au vandalisme qui les brisait avant de les rendre à leurs anciens maîtres. Il n'en fit rien ; il protesta seulement par son silence ou par une obséquieuse résignation. Cet homme d'étal, dont le tact était si sûr, dont les prévisions, basées sur les plus petites passions de l'humanité, étaient par cela même si infaillibles, ne comprit pas qu'une aussi brutale agression contre nos musées frappait plus vivement au cœur le peuple de Paris que cent autres avanies plus importantes dans le fond.
Ce dépouillement du Louvre et de nos placeii publiques ne fut sans doute qu'un très minime accident dans l'histoire de l'occupation de i8i5; mais les nations, la France surtout, ne s'ar-
t TRAITÉS UE l8lâ.
rétent guère à un ensemble de faits : il ne reste dans leur mémoire que des épisodes. Les générations, qui se succèdent si rapidement, emportent avec elles dans la tombe les gloires qu'elles ont acquises , les malheurs qu'elles ont ;8ubis. 11 ne surnage dans les masses que des i événements isolés. Les récits contemporains leA'ij lèguent à la postérité comme un point de départ de l'époque que cette même postérité est appeée à juger. Le spoliation do Louvre et quelques arbres abattus dans le bois de Boulogne, changé jpar les alliés en un camp militaire, sont de ce ( nombre. I|
Les départements envahis, Paris lui-même, ont complètement oublié les douleurs de l'inva-*'! MOD et les pertes que l'occupation a fait souffrirj jnaîs ce qui, par la poésie, par les mémoires et «nrtout par le journalisme, est resté vivace dans les Âmes, c'est le Musée devenu la proie des Imrbares; ce sont toutes ces images populaires évoquées autour des chefs-d'œuvre qu'une lance prussienne brisait sur leur piédestal. ' M. de Talleyrand, qui avait l'esprit de l'aveniFf*] n'aurait pas dû l'oublier.
HISTOIBB DÈS tK<iS SB l8l5. Ql