‹ Histoire des traités de 1815, et de leur exécution, publiée sur les documents officiels et inédits;Chapitre 4 sur 13 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Impôt dé taèrre. — Le général Barbanègre et la résistance d'Hanlogue. — M. de Talleyrand et la poUtiqae anglaise. -^ Portrait du Prince. •— L'Angleterre et la traite des noirs. — 8a conduite passée dans le commerce des esclaves. — Traité de VAssiento. •— Ses demandes de droit de Yislle re^ poussées par la Restauration. — Note du baron de Gagern. — M. de Talleyrand cherche à diviser les alliés. — Stipulations impitoyables qu*ils exigent. — Dissolution du ministère. — Ultimatum des quatre cours. •— Réponse de U France. — Le duc de Richelieu, président du conseil.

Jusqu'à ce jour il n'avait pas été Question d'împAts de guerre. Grâce à l'active sollicitude de MM. Corvette, de La BouîUerîe, Portai et Dudon, qui, d'abord comme secrétaire de cette commission, et ensuite comme homme d'énergie, avait pris l'îfiîtiative des travaux et des résistances, les onze cent trente-cinq mille hommes qui couvraient le sol ne devaient plus avoir ût prétexte pour se livrer à l'arbitraire.

Les coalisés n'avaient pas songé à éleTer plW haut leurs prétentions; peut-être n'ayaient-ils pas osé. Seulement dans une note du 6 aoiit i8i5 les ministres des quatre cours, comte de Nesselrode, lord Castlereagh , le prince de Melternich et le prince d'Hardenberg . avaient assez timidement glissé < qu'aussitôt qu'on aurait satisfait à tout ce qui concernait les réquisitions faites pour l'entretien des armées et leur solde ils seraient prêts à ouvrir immédiatement avec le gouvernement français des négociations sur les propositions défmitives qu'ils avaient à lui faire parvenir; qu 'ils ne doutaient pas qu'elles se termineraient d'une manière amicale et aussi promptement que les cours alliées devaient le désirer pour ne pas prolooger les charges qui pesaient sur la France par la présence de leurs armées, s

Au mois de septembre ces lignes devenaient grosses d'ambitieux calculs ; elles se révélaient contenant un monde de sacrifices pour la France. Il n'y avait pas encore quinze jours que la ville d'Huningue s'était rendue au toi. Jusqu'au ■23 août i8j5 elle avait tenu contre les troupes lÉutricliienncs. et, s'obstinant dans les impuissances d'un patriotisme alors sans intelligence. les Françaiii aux ordres du général Barbanègrc avaient exaspéré les coalisés. Le déscHtli^ *

»£» TRAITÉS DE iSli

et l'anarchie s'étaient aux jours de l'agonîe impériale réveillés dans les chefs du gouvernement et dans les têtes parlementaires, qui ne surent prendre parti ni pour les Bourbons, ni pour Bonaparte, ni pour le duc d'Orléans, ni , pour la république. Ils avaient chacun un parti plus ou moins nombreux, plus ou moins national. Tous s'isolèrent dans leur égoïsme ; personne ne. sut faire au salut commun le sacrifice douloureux de ses opinions individuelles. La confusion régnait dans tousles esprits; et le plus ,j frappant exemple qui puisse en être cité c'est ce qui se passait à Huningue.

Barbanègre y commandait. Intrépide soldat comme tant d'autres, il n'avait pas assez, de science politique pour comprendre qu'une résistance héroïquement téméraire , mais d'avance condamnée à la stérilité , est dans certaines occasions une de ces erreurs senlimentales que les ennemis vainqueurs savent exploiter. Louis XVIII était remonté sur son trône le 8 juillet i8i5. Il n'y avait plus d'armée fran- . çaise, plus d'unité dans les volontés révolutionnaires, plus même de ressort pour faire vibrer les forces vives du pays. Le générai Barbanègre' ' cependant, bloqué dans la ville d'Huningue, ue veut pas consentir à reconnaître le fait dont il' lui est matéiiellement impossible d'atténuer les' conséqueDce-s.

94 HisToias

Le i5 août )es cent vingt pièces d'artiUerk qui garnissent les fortifications saluent, par Içw enthousiasme militaire, la fête de rempefeiijp Napoléon, que le Northumbertand emportait déj^ yersTilede Sainte-Hélène, l^e 22 août rarchidijç Jean commence le bombardement de cett^ m^k heureuse cité; elle répond à cette attaque par 1(1 feu de ses remparts, qui va répandre la tefrei)i dans les murs de Baie. Les citoyens d'Huningue arborent le drapeau blanc ; Barbapègre le fait enlever, et le 24 il propose de capitulef^ L'archiduc Jean rejette ses conditions; mai3^ 25, comme pour donner un éclatant et 4^rqier témoignage du désordre de toutes l^s intelligences, Barbanègre, qui le i5 août a célé^éçi coups de canon la Saint-Napoléon, ne veqt.pja se trouver en reste a^ec la Saint -Louis. Le ^5 août donc son artillerie tonne pour la fête .^u roi, et le 26 il capitule sans conditipa.

Cette obstination non motivée, et, ne pren^M^I même pas sa source dans un désespoir qui attend et brave la mort, accusait fatalement l'anarchie universelle. Les alliés s'étaient reqdu ûdèle com|)te de toutes ces confusions, Pf^ l'intérêt de TEurope ils se persuadaient qu'il fait lait contenir et abaisser la France. Sa paf^^ militaire pouvait se réveiller aussi vite qu^ tdV^ iacandeficence révolutionnaire; la r4^t^^

ses TRiiTis VB i8i5. 9I

d'QuQÎQgue fut pour eux ua argument dont ils mesurèrent l'étçndue % ila le mirent à profit cod% re le pays.

he prince de Talleyrand, dont les préoccupa- F tioos et lea idées étaient devenues tout anglai&es,

n'avait pas vu sans plaisir l'influence que lé . F'Mft des armes donnait dans cette seconde Fe3-< 1 tauration au duc de Wellington et à tord Caslte-1 1 reagh; il en favorisait le dé¥eloppement avec une tendresse inexplicable à cette époque, mai» dont la révolution de juillet i83o a dû donner I lacM.

Pour tous ceux qui voudront avec des^mots , ou avec des passions bouleverser la France, affaiblir sa considération morale au dehors et paralyser son indusine au dedans, l'Angleterre ^<e^a une alliée M, de Talleyrand avait travaillé ait retour des Bourbons en haine de l'empereur, qui | depuis six ans le laissait dans l'obscurité; mai» , rancieii évéque d'Àutua ne tenait pas plus à ses ' ggrcaents qu'aux diçux nouveaux qu'il s'était | dpoaés.

Ce n'était pas un homme de parti : il les estîa | mait trop peu tous pour leur fournir des armea f à l'heure du danger, fidèle à sa fortune, qu'il ^ gaspillait en détail, et ayant passé à travers lea vicissitudes de la révolution et les gloires de l'empire, sans colère^ mais saas amour, il n'au-

dément lé {irésident âiï goutemetttènt (MTôtisoire. C'est des régicides eux-mémeè qùè )'&t^ tends la plas prompte coopéra tioù; »

Quand il revint du sénat l'empeireuf lui dit : t J'ai été dans tiûe yive ][>erpletité, et j'ki cratiht {fout Tds jours, Surtout iôi^^uë prëâ du piîit Louis XY j'ai vu votre' vbttùré arrêtée par uh éivàlier teâaïit sur vous à toute bride; qttiS iMtlaît-il?

— Ali ! reprit M. de Talleyrand , ayant l^âfr de rasseihblef s^^ sbuveuÛrs ; c'ëât bn offtcië(f qui était cba^é de kn^àtmonoèif t[}uë la gâi^dè Aii luxembourg ée tUëttait en pléitie tttsbriréciiott^il croyait même '<j[Ué je ne jpouvâis p^fe A^f pMÎsehter sanâ dàtige^. Cet avis m'a été fort utile. A. peine arrivé dàtts la côùr au palais, je taîê sdis vii etttôuté de tbiis ces Vîeiik braves. Sàtlà teite dentier le temjis de i*écrittîinër , c Mé^iéttfè, leur aî-je dît, je âuls fetichànté de vou!iVôîi*i4dnis autour dé iiioi. La France coinptë àtif vôttk; vous êtes chàfgés au]ouk*d^hui de ses plus thélk ititérêts. Asstkret la liberté des délibërâttdàts 'èa sénat; faiaintebeï l'ordre; ne laisser entirter Jifersonne ; multipliez tous les ][}ôsté$ et plàbe!^ pHitbut des sentinelles. » Ainsi^ ajouta le prihei!,)e les ai divisés et laissés tout fiers de l'iinpôrtahfce que je leur attribuais. Tout s^est âdnilrâbletiiétit passé. »

DES trâi'tSs bb i8i5. 99

dette scène féfeumfe llidinMe. Aux vieux soldats fl àviih parlé dîbôhhëur. Avec lés débris des ààsiéinbléeè législàtitës de là révotiitiob, avec bes tfibilûâ de tôué lés fëgiméè sanglants qui Msàtent de iâ libèH^ pôtir arriver à la fortune et jltl pôLit^ de^pbtî(j[tte^ il avait conti^àcté màrcU dé pidt/és, dé dotàiiddè et ié fiches traitements. d*Àaît ^è tïïëttrë 5 là portée Àé iôus. tous le Ëômpri^étit, h^ soldats en se laissant tromper, \ëà Àéitatêuts et êé mëttâni â ^enchère.

ttslià^âii moiâ de âéptéthbfè i8i5M. detallëfèkHé âlâit été âéhùtàê. Lés é vénechehfs étaient ptfîs iofh ({lie S'ë^ adroites combinaisons , et il àr^àft été pbtiôsé èi tifé pir lés circonstances que ses plans anglais étaient démasqués. Il n'était ptiSS àoiiiëiii ({ûè té niinîstère se plaçait sous le patronage dé l6'*dCàstlereâgli et du duc de Welïiû^btl au détriment de la Russie, dont l^allïàtieè êét^ toufours' pliis politique et plus oatidûale pour h F ranôé.

L'Angletém, qui fie livre ses services qu'à 6c(urte échéance, avait déjà, dans tin but matctiànd, mis à contribution la bonne volonté du ibiûtsti'e de Louis XYIII. La traite des noïrs alïtùecrtiit nos colonies e( servait à entretenir notre Marine ôofnnlerciàte, qui en cas de besoin of* i^it i la marine mitif aire des officiers et des lUsttelôts expérimentés. Avant de songer même

;t la délimitation de nos frontières, le premier soin du cabinet de Saint-James fut d'ouvrir avec le prince de Talleyrand une négociation pour la forme. Dans une note adressée au ministère français, lord Castlereagh disait, le 28 juillet i8i5, « qu'en faisant part aux ministres do S. M. T. C. de l'ordre donné par l'amirauté anglaise de suspendre les hostilités contre le pavillon français, il lui transmettait l'avis que sa cour lui avait enjoint d'inviter le roi de France à porter toute son attention sur le commerce des esclaves, et qu'il se flattait que ce monarque, si noblement rétabli sur son trône, s'empresserait de maintenir l'abolition de la traite, sans réserve ni restriction. •

Telles étaient les lois qu'alors dictait l'Angleterre. En 1814 elle avait été moins exigeante; elle mettait bien pour condition à son aquiescement à la paix que le commerce des nègres serait interdit; mais M. de Talleyrand, qui à cette époque se sentait appuyé par le principe de la légitimité et par l'empereur de Hussie, avait fait stipuler que ce commerce ne cesserait que dans un délai de cinq années à partir du jour de la signature dn traité. Durant cet intervalle les colons pouvaient sans être inquiétés réunir sur leurs habitations une population laborieuse qui en peu de temps rendrait inutile ce déplorable

DK8 THUTÈS V£ l8l5. lOI

trafic. C'est ainsi qu*aTaît procédé le Danemark , qui le premier de tous les états avait songé à interdire le commerce des esclaves.

Le Danemark, sans fracas, sans ostentation et comme accomplissant dans le secret de la charité chrétienne un acte de pieuse humanité^ avait ordonné dans toutes ses colonies qu'après le terme de dix années il ne serait plus importé un seul nègre.

Tandis que les Danois, en 1784» adoptaient cette mesure, l'Angleterre, qui n'en avait pas encore calculé les avantages pour elle et les pertes pour ses rivaux ou pour ses adversaires, laissait à des prédicants le soin de battre monnaie sur la charité universelle. Son gouvernement se préparait à devenir négrophile par calcul. Il semblait oublier les excès dont, par le traité de TAssiento, cette même Angleterre s'était réservé le monopole.

Le traité de l'Assiento ou de la ferme n'était qu'un marché passé au commencement des guerres de la succession (1703) entre les ministi^es de Philippe V, roi d'Espagne, et la compagnie française de Guinée. Cette compagnie s'engageait à transporter aux colonies d'Amérique dans Tespace de douze années quarantehuit mille esclaves, et, pour prix de cette concession commerciale, elle se chargeait de payer

à la feriQe du roi d'Espagne tr^pti^-troiç pia»^ p^r têtfi k)§ nègre.

Dç grands ))|épéfiç^s fur^pt ré^lisé^ par la ^qm? pagnie française. Lorsque* en 1713, lea coflis^s contre Ja Frapce et FEspgign^ çignèfu^pt pTw; c^fl dgu^ jjeroières puissances }p traité d^ la paix dTJtfecJit, VAflglpt^rrQ, qui p's^vait pM çncojp jçç^eptl l>iguî|lpp de «ps^ Wilberfqrce et de Wt Buxton, se porta la rivale de nos intérêts} ma^i^ élises. Pour GpuditioQ première 4 la pvn^ f Ue ^J(\ë^ <IUQ \p gouvernement espagnol ripve^tit ^ç ce prÎYilége. Elle Tphtipt } eU^ ep étepcjUt Df^êf^e I9 ^virée, ain$i que {e prouve le te^te dff l'artiple pi du traité d'Utreçht, sigaé le iS IttU* let i7»3 ?

f Le foi d'Ççpagnç, e^tri) dit p.?ir çe% aft|plç^ açcordç h la Grande-Çretagfle , ^ F^^clufiop tant des sujets espagnol^ que de tou3 autrf^i li ^qit ^Intr^duire le^ nègi^es dans les çlifl^êreptes paçtie^ 4fi VAménque espagnole yulgs^iremeft^ apnelées çl ^.ais del asiento 4^ b^ t^egro$ (Iç pajFf de la ferrie ^çs nègres), pour en jouir pez^^aAt trepte ^ns, à dater du i"maî 1713. »

L'Angleterre supplantait la Franee dans ion commerce. Afin de jouir plus vite des béné« fices de la traite et par conséquent de nous en

DBS TR4fT]|8 p^ l8l5. io3

B)Pivçifj,/e)le forçait y^mmfi 4 nwpr*? ?oiî po})tr?Lt a?^c la çoR^pf çnje frapçaise ^^ Çruwée j ejle

gpol^, q^i n'araiem plus 1^ 4fp4t 4ç fs^ir^ 1^ j)e,til cafep^ge sur je?, çôtçs 4?,leHrS po^^e^siori»^ eÙft 3>4iHgeait Ig rooijopols pquç Jrei^te an^. L^ s'jiff^tîûvRï les prétention» 4^ sçs pléi^ip9teûtlçwç?; IM i^^gajçfit ^ r^pïQ^r du l^cre et de la ^jpiWlQiltiçijEi, ftaïQur 81 puiss^ïnweijj 4é^^^o|^p4

^i^^tôt rii^t|p4HctioB| des fi^fiJfi'S? 4P*BUIUr ç^it^e, cj|r le j?pl(ipet de Sajntr^f^jjïeg avjiif %| stipuler que tout ce qui excéderait par a.^le fia^hrfi 4e qf| jiiîre fluUlp j^ujt çpqt? pté(!*« <^'|;tf^«,

c'sf t ^ 4«e e»pl*»#§ 9ft étfit d^ travi^illeç , t^ft V^W^ QM^ 1^ moitié du 4roit d'iQtro4ilçtioa. i« f^<»HyRU«^ î»ÇS«fÇS Iwreqt ft4pptée8 pQur le $)as||â)i[)f;n| 4f|8 f)oii;8 : pa le§ 4i»i?|» W \p^ *Hfe: 4Î|ri8^, pp ^e» Ujrifa» taptppuj le? T*l|d|B8, t^qf

pour \^ fevckjpfi^, t»>»1f PPMF ^^ Çof^Ptf ' Ççl» ?? ^ ei» deboi» »^ffi« 4p l>8p}i^ e^ 4^ l^ let^fç de§.tfgifé^. ,

Il y » rIhS : lef,49g|î^is }i7îiieBi'^bteoy |^ facilité d'envoyer phoque SMioée à Çueiips-^y^e» et à 1^ Vera-'Crtiz un navire 4e cinq fifi^t9 tpapf aux. Cette perminsipp 4^gé|a^ra pf oi^f^pt^ip^Qi pour eux en un abus 4ont le» profit* étfiienf in^r m^wt»' Us étal)llreQ| ui^e contfel^ande, cppti-

nuelle. Ce oaYÎre ne désemplissait jamais de marchandises de toute sorte qu'on jetait à terre.

Quand la guerre recommença, en 1739,1e traité de l'Assiento fut forcément suspendu. lî n'avait plus que quatre années de durée. En 1748, au traité d'Aix-la-Chapelle, l'Angleterre, que les tortures par elle imposées au nègres n'avaient pas encore convertie, demanda le renouvellement du traité, ou tout au moins le droit de continuer son commerce pendant les quatre années interrompues par la reprise des hostilité?. On lui aumôoa ce droit ; elle en fit encore abus.

En 1750 le gouvernement espagnol, trop convaincu que les Anglais abusaient d'une manière étrange des avantages que garantissaient seulement les conventions de l'Assiento, fit pressentir qu'il ne consentiraitjamaisà renouveler le traité. La Grande-Bretagne prévoyait ce refus; elle affecta d'y attacher fort peu d'importance, et elle prétendit que ses bénéfices n'étaient pas aussi considérables qu'on le faisait entendre.

Par un arrangement particulier conclu entre les deux états, elle renonça aux deux années qui restaient encore à courir; mais elle y renonça au prix détruis millions cinq cent mille francs que l'Espagne lui paya.

Dans la Cité cette transaction fut hautement

DBS TR&iTÉS DB l8lâ.

Wâmée , car elle portait un grand préjudice à~ \ ses marchands et à ses armateurs. Les agent» * de la compagnie du sud, à qui le ministère bri-' tannique avait cédé l'exploitation de ce priYW 1 lége, essayèrent de le défendre. Les intérêts de [

^ l'Angleterre étaient froissés. 11 fallait à toutes ce* ! doléances une explication. La compagnie du sua 1 avoua qu'elle avait été dupe ; que pour faire plus. | vite conclure un nouveau traité sur les mêmes bases elle avait eu l'air de ne pas presser le ca«i | binet de Madrid ; mais cette manœuvre, disait* ( «lie, venait d'être déjouée par l'ambassadeur dc^ France. L'Angleterre, on le sent bien, n'oublîw j point un pareil grïef.

En i8i/( le temps et ses intérêts avaient 1 «hangé. Elle était devenue négrophile , puisquq le monopole de la traite ne lui était plus assuré. £n iSi4 elle acceptait de la France un terme | 'de. cinq ans pour accomplir l'abolition de la I traite. En i8i5 son astucieuse humanité né connaissait plus de bornes. Elle exigeait, on l'a vu, que le commerce des nègres cessât à l'ins-^

► tant même.

- Dans l'intention fort transparente de se cont* j cilier au moins la neutralité des Anglais, pour donner un osphilantropîque à ronger auj( | Français amis des noirs, dont le citoyen comte

Gj^noice. étîiil^ l'apôtre , l'etapereur Napoléon

avait, le 39 mars i8i5, neuf jours seulemeiit après son retour de l'ile d'Elbe, rendu une donoaace dout le premier article était conçu :

* A dater de la publication du présent décret, ta traite des noirs est abolie. >

icret, 1

Lee avances impériales échouèrent devant les préoccupations de ta politique ; mais la Grande- Bretagne ne renonçait pas à faire accepter par la France cette propagande socialigte qui, sous un Ternis d'humanité, tend à l'asaervisseuieiil des mers. 11 entre dans sa plus intime pensée de mettre à profit tous tes désastres qui frappent les rojaumee pour imposer de (Jures Ipis, qu'elle a toujours t'adresse de faire ftasser en contrebande sous le cachtit d'une vertueuse sfiftj sibilllé. A. cette note de lord Castterea^'b 41.,^ Talleyrand répondit, le 3o juillet. >que leroï,Q)D sutti^ de la conversation qu'il avait eue avec su Charles Stuart, avait donné des ordres pour que de fa part de la France ce cnmmerce cessât dès à présent et pour toujours ; que des recherches faites avec soin avaient prouvé que la prospérité des colonies françaises ne pouvait être compromise par l'abulition immédiate de la traite ; que cette abolition n'était point coa

DBS TRilvà» »B l8l5. tWf

iVL ¥fpu 4e ses sujets, et que par oonséqueot la Batlsfictîan d^ ea majesté s'aocpoissait pas ridée qu'elle pouvait faire quelque chose d'a4« gréable au peuple anglais. »

Ainsi, à la suite des déastres de Waterloo, la Grande-Bretagne imposait au ministère Talley*» rand rabolition de la traite, que deux jours seuls de recherches faites avec soin (du 2& au 3o juillet) démontraient ne pouvoir jamais corn?* I^omettre la prospérité coloniale*

Quand la réf<3lutio<i de juillet arrive, TAngle^ t«rre, qui peut changer de n^inistres et d'allianoe politique, mais qui ne modifie jamais ses prin-telpes, se présente encore à la France. Elle lui tend là main, elle accueille aveo d'indicibles té? saoignages d'enthousiasme son insurrection, qui va lui livrer un gouvernement plus malléable que celui de la restaurationi mais ^abolition de la traite ne satisfait plus ses exigences. Elle veut devenir le grand constable de FOcéan. Il faut donc, de par une concession honteuse, que nos navires marchands sq soumettent aux inquisitions de ses vaisseaux de guerre. Ce n'est plus seulement la cessation d'un trafic qu'elle sollicite dans son indignation de commande ^ c'est un droit de visite obligatoire, c'est la police des mers, la police qu'elle exercera au profit de ses néjfo^iants de la Gîté, qui connattro^t A

tfê BlHTOtHE

Londres beaucoup mieux qu'on ne connaît 5 Paris au ministère de la marine les registres de bord, les espérances et les ressources de nos navires marchands.

Le comte Mole, le baron Pasquier, le duc de Richelieu , le vicomte de Chateaubriand , le comte de Villèle et le baron Hyde de Neuville, avaient tour à tour, sous Louis XVIII et Charles X, dont ils étaient les ministres, refusé avec une dignité qui honore la France de se soumettre à cet affront. Quoique divisés d'opinion sur bien des points, ces hommes d'état avaient été unanimes dans cette manifestation nationale. £n i83i, en i835 et en iS4>t '^ général Sébastiani , MM. Thiers ou Guizot étant au gouvernement des affaires, et Louis-Philippe d'Orléans roi des Français, le droit de visite fut accordé à l'Angleterre.

Après Waterloo l'ambitieuse convoitise du cabinet britannique n'avait pas dû aller si loiti. La France était vaincue sans doute, mais on jugea prudent de lui épargner cette dernière humiliation. Par malheur ie gouveroement dr Louis XVIII ne fut i>as toujours aussi bien inspiré, et l'Angleterre sut plus d'une fois le meltrt: à i ontrihution.

Dans le recueil des pièces déposées à Londres sur k bureau de la chambre des communes eu

DES TAAITÊB DE l8l5.

1816, on trouve un traité signéentrele comte de 1 la Châtre , ambassadeur du roi , etle comte de j BuckÎDgham, président du bureau de contrôle:. Ce traité est à la date du 7 mars iSi5; mais- j comme il ne fut ratifié qu'après les Ceatr j Jouis , U rentre daos les négociations de cett époque.

Aux termes de la convention dont nous f Ions , le gouvernement de Louis XVIII , harcelé par les demandes du cabinet de Saint-James, concédait à la Grande-Bretagne le privilège exclusif d'acheter le sel qui serait fabriqué dans DOS possessions sur les côtes de Coromandel et d'Orixa, avec la seule réserve de ce qui serait jugé nécessaire pour la consommation des habitants et de la colonie de Chandernagor.

La Gran de-Bretagne ne voulait pas que nos sels vinssent faire concurrence aux siens sur les marchés de l'Inde ; elle exigeait de la France de lui en céder le monopole. Le gouvernement du roi agissait contre les intérêts du commerce local ; mais il eût été impossible alors de refuser ce privilège. De l'usage à l'abus il y a loin cependant ; les Anglais en franchirent rapidement la distance.

Pour prix de cette ferme , dont le monopole ne devait jamais leur être cédé, îis stipulèrent que

llb ftsMfii

quatre cents lâCs de rotipièâ dlôdË (1 ) KerJlhAt payéd chaque anoéé àtl goafetneiiieat de ibb Cette recette parait dans leê budgets tàbtAt ptté doute Cents mille fratlCs ^ tantôt pour iatû htiU lion, sous le titre de Hênte de Vtnéè. A pAf41# ëë i8â6 elle tiô figure plus au budget, et flïtlfc son discours de présentation de la loi de fitihilMi de celte même année, M. de Vitlèlé abiionéèr ^ue dësormais ce million est abatldoticté à dtis i^ sessions dans llade, et doit suffire à fenM Mu soins intérieurs.

Ces quatre cents lacs de roupies SidCa étilcit un chiffre peu en rapport avec lès largè# bédé* fices que le privilège exclusif du ëèl peiWèrMA aux négociants britanniques dé réaliser^ D^ajifèl les relevés officiels, leurs gains en eifèf «'ékM vaient de sept à huit cents pour cent.

De plus, et toujours selon ce traité du 7 mars, TAngleterre devait livrer a«i agents fjhin^ili trois cents caisses d'opium par an ^ payal^lei M taux moyen des ventes périodiques de net àifli^ cle sur le marché régulateur de Calcutta^ AfinéS

(ij La rdupie vaut commanémèni à Madras prdS de S flràiusfl: mais toaies les fois ^q'qq hlsiorleo doii réadre èdttpje m stipulaUoos éaoDcées eo moaiiaies de r0rieiit« Il fsl Ir^jese barrasse pour délei miner leur valeur eo monaaies d'Bur«pe, tant les premières varieiil seloa les aaaéès où elles ont été firappScs et selon les places sor les4oeUe8 l>a les iiètcillli^

BU TBlfttl tB l8l5. Itl

jëbih^hsëi^tàbt d'âla&tagës, lé i<it>tàèt dé Mûï- TatàiÊS i'éhj^iigèAit k pèYtàèxité YexpôitAtibà du •klpHïé àU ttidlQ» )ùéi|u'à concurrence de dlihàil Milh tndmdi: (1)

Èm\, d'ùfa éàté, il j^etëddl^àit uii priTilégè lâtélatlf, et èti ébhkfagé 11 Itinitàit âéà bonceuions. Ilàtit faoïi éddtètttie de ^^ëûdré dés tiiêsuréâ àf- &!ilriireS coûttè ûàs ^elattotid cdminërclalés , )à Qfkifdé^Bfëtà^e Toùldt àUsSî àlisù^ër sa prë- ^Vkàéià'&té Militaire. Pit un article dû traité dit 3b ïàii i8i4 elle avait stipulé qtië la France ifè iW>(ir]^a{t t^biùt bdttsUriiiré de nouvelles fôftiû- Sàtidtis dâb^ iHeé pbsMèiohS de l'Indë. En lÔiâ, èfie ttiàiiittUt f igdurëUsëtnéilt larcâtriction qu'elle âtatt fàtt ItréValbiif tidatrë noâ ëtablissefalëiits <d1iù''(!télà Ihh mëH. Ce fui ainsi ()ùè pèii i iieu iIrHTëé daùë iltldë à ëëHë haute pdidsâùcé, dië cdfflt&ëb^ii i b&hrë éa brèche les indlgëtiés Il lon^etd^s ^ëtitiiës deâ déprédations et de là^rànnié bHtâbtiiquel.

Ge^tldant le ihiiiistërë Talleytand reidcodiMit bi«h deë obstacles dans là voie ou il s'était ëfagagë. Là tllissie, liée à l'Autriche, ne regardait pAi sans ib(|uiétade ses tendances anglaises. BëÉ repi-ésentations furéiit faites à Louis XVlII d&ns ce sens. Le roi en comprit la portée, et

A) AiMipiiiM ttivtn d'Aii(l«(erre «n osace dus llwte et pesant on peu moins de Ylng(-«inq Ulogranunes.

comme le travail de M. de Talleyiani mes poliment tranchantes et son esprit sarcastique étaient une des antipathies du monarque, M. de Talleyrand fut sacrifié à un retour vers les idées russes. C'était le seul moyen possible de sortir avec une apparence de dignité de l'impasse dane laquelle on acculait la France; car l'empereur Alexandre, qui ne se montrait pas aussi cruellement généreux que ses alliés, ne cherchait point à semer les difficultés et à faire naître les impossibilités autour du trône des Bourbons. Aux complaisances du prince de Talleyrand pour les intérêts anglais le gouvernement britannique devait répondre par un appui loyal; il n'en fut pas ainsi. Le gouvernement britannique voulait, dans des espérances d'avenir, user à son service le ministère Talleyrand ; mais il se gardait bien de le couvrir de sa protection officielle. Quand le baron de Gagern, plénipotentiaire des Pays-Bas, soutint devant les ministres des quatre cours la doctrine qu'il avait déjà émise au congrès de Vienne dans la conférence du 12 avril i8i5, il trouva une désolante unanimité parmi les représentants des grandes puissances. Le baron de Gagern, dont le souverain avait tant de motifs pour se préoccuper des fulures délimitations de la France, proclamait le 1 2 avril ( que s'il j avait de grandes monarcfaies.

DES TnA[T^8 I)B t^l5. I

'elles étaient nécessaires pour balancer d'autreà 1 monarchies également grandes; que toutefois ' '38 France était la première de toutes par ses ressources intérieures, qui étaient telles que l'Eu- *ope entière réunie contre elle était à peine un 'adversaire assez puissant; que la France était «□tourée d'un triple rang de places fortes qu'elle n'avait pas acquises ou conquises par des voies légitimes, mais que ses intrigues et les discordes de l'Allemagne lui avaient données dans le cours •des derniers siècles ; que l'Alsace était en preinière ligne parmi les provinces que son astuce Idî avait mises entre les maios.

« Je me suis assez prononcé, ajoutait le baron de Gagern, sur la paix de Paris, rédigée daos des termes préjudiciables à l'Allemagne. Toutefois on avait l'intention de ménager l'amourpropre des Français, en étendant encore leurs limites. On voulait replacer les Bourbons sur le .trône sous des auspices favorables, et l'on espérait qu'une conduite si magnanime consoliderait la paix et affermirait la tranquillité. Il n'en apas été ainsi. Le mortel qui a réuni au plus haut degré l'audace, la méchanceté et la perfidie, s'est ^placé sur le trône ; il nous menace de nouveau; ,t|ue dÎ3-je, sa seule existence est une menace. Nous la repousserons les nrmefi .^ la main. î.'u-

wwk qui règne entie nous, ramitié de toutes les puis39Acesi et de tous les peuples qui partagent nos seiitwent^ , nous encouragent dans cette l^tte périlleuse... Si nos arcnes sont bénies, si l^^ sprméie^ firançaîses s^nt défaites, et si les for^ tçresses tombent, w>n^ somo^es autorisés à ea^ H^re^ un plus heweiix résultat que eeluî de la pai^ de Paris. Il est de notre devo^ir de le toih iQÎr, de le diie, de k prodamer hautement, et àfi travailler paur }^ repos de nos enfants. • • CcmavenoQiS ct'pfendaçbt que si la partie saine de la iji^tion» ];eye0)Ve à elle oiême pendajBt qu'il en est temps encore, se délivre sans que aous ar^ew besoin de verser notre sang, les choses devront K^steif au point où elles étaient au 3e mai »8i4; lfiai$ si la force des armes décide en notre faveur, qu'il ne soit phis question d'une paix comme celle de Paris. »

1^'aveuglem.çnt de la révolution et FamhJtiM dç Boujaparte avaieat tranché la question, h*^ pde a^ait été tiçée, et le ba^roçk derQaigern en ap»pelait à la force qi^and la France désuni^ «a poiurait pjiu^ que baisser la tétei Le prince de Metternich et le baron dç ïïumboldt appuyaient viveipçnt uae semblable politique. Au nom de TAutriche çt de la Prusse, ils demandaient que la France renonçât à toutes les places finîtes. qui

DES TRAITAS DE l8l5. ]l5

formaient Sa première lîgne de défense à Test et au nord. La maison de Nassau réclamait les districts de l'ancienne Belgique, et le roi de Sarddip:ne l'intégrité de la Saroîe.

En présence de ces impitoyables stipulations, quin*étalent plus on mystère, M. de Talleyraiïdf, qui comptait beaucoup sur intervention du cabinet de Sâînt-Jannle», invoqua le duc de Welfingfon comme te représentant de la puissance à laquelle il avait sacrifié l'intérêt national. Lord WeMîngton, avec une réserve dîplotnatique qui htkse toujours place à un désaveu explicite, donna à ses confédérés son' opinion personnelle. Cette opiniott était favorable à la France, mais ee n'était point la pensée de sa cour, et il le déclarait hautemerit. Dans une extrémité semblable M. de Talleyrand sentit qu'il était joué, et, changeant à l'instant même ses batteries, il essaya de se rapprocher du duc de Richelieu et du comte Pozzo di Borgo. A des titres différents, ils possédaient tous deux la confiance de l'empereur Alexanfdre. Mais il était trop tard, la RuSAÎe avait lié une autre partie.

Ce fut au milieu de ces débats diplomatiques qfue s*ouvrirent les conférences entre MM. de Nesselrode, de Mettemich, Castlereagh et d'Hardenberg, ministres des quatre grandes cours.

nC

d'an côté; MM. de Talleyrand, Louis et d'Al-

berg pour ta France.

Au congrès de Vienne , le prince de Talleyrand avait essayé d'établir 80Q pouvoir sur les rois et sur les plénipotentiaires étrangers en les dlTÎsantet en semant parmi eux la désunion. Ce moyen lui avait réussi; U le mettait encore en œuvre. Agissant dans l'ombre et soutenu par Fouché, il cherchait à faire germer des craintefi dans l'esprit des alliés.

11 faisait répandre le bruit que le roi pouvait se retirer derrière la Loire et appeler au secours de la patrie les débris de l'armée de Waterloo, auxquels la Vendée ne demandait pas mieux que d'unir ses armes , afin d'affranchir le sol. A l'appui de ces rumeurs, qui parvenaient aux oreilles des plénipotentiaires, il mettait en jeu l'incandescence des provinces du Midi, dont l'exaltation tenait par plus d'un motif à la composition même du ministère dans lequel les royalistes n'osaient pas avoir confiance.

Ces bruits, accrédités par M. de Talleyrand, et dont il croyait pouvoir se faire une arme à deux tranchants , ne servirent qu'à resserrer plus étroitement les divers membres de la coalition. Le i8 septembre i8i5 les ministres de» quatre cours présentèrent leur ultimatum; il était effnivant.. I a France devait renoncer.a

Uli.S TRAITES DK

territoires de PhilippeYille et diî Mariera boui-f;', aux cantons de Condé, de Givet, aux places de "Sarrelouis et de Landau, qui dès ce jour appartenaient à rAlIemagne. I.a Suisse prenait le fort ■de Joux ; celui de l'Écluse ne faisait plus partie ■■du territoire, et l'on obligeait le gouyernement à démolir les fortifications d'Huningue. Six cents aillions étaient imposés comme contributions fe guerre, et les puissances exigeaient deux cents millions pour se couvrir des charges qu'allait 'nécessiter le rétablissement de leur système dé- Dsif.

Valencieniies, Cambray, Bouchain, landre- ^ies , le Quesnoy , Maubeuge , Avesnes , Rocroy, Longwy, Thïonville, Bitcli et les têtes de ^nt du fort - Louis devaient être militaireent occupés par cent cinquante mille étran- 'gers. Cette occupation, aux frais du pays, pouvait durer sept ans; mais au bout de trois les puissances déclaraient qu'elles se réservaient la "faculté d'y mettre un terme si d'un commun accord elles reconnaissaient que la situation ■morale de la France offrait des garanties de paix Wde sécurité à l'Europe.

' Le prince de ïalleyrand n'était toujours bercé i^c l'espoir quelessouverains alliés ne voudraient ^as imposer une contribution df puerre; il ne iToyait pas surtout qu'ils pourraient deniandfr

1 1 8 HISTOIEE

une diminution de territoire. Dès le premier jour des conférences ouvertes entre les quatre cours et la France, il s'était si formellement expliqué sur ce chapitre qu'il fut facile de prévoir qu'il ne consentirait jamais à ces ruineuses humiliations.

Le comte de Nesseirode était dans le secret de Louis XVI II, qui n'avait pas eu de peine à capter la confiance d'Alexandre. Le roi avait fait comprendre à l'empereur de Russie que l'agrandissement démesuré de l'Autriche et delà Prusse^ entrepris au détriment de la France, devait plus tard nécessairement compromettre l'équilibre de l'Europe et tourner ainsi au préjudice de la Kussie.

Avec les paroles pleines de courtoisie qu'il employait si à propos, Louis XVIII avait flatté la générosité naturelle du czar et pressenti ses intentions sur un changement de cabinet.

Alexandre, hostile au mmisière, s'était engagé, dans l'hypothèse d'un changement d'administra^ tion, à protéger les intérêts du pays. M. deNes^ selrode parlait donc en son nom ; il donna à entendre que la volonté du roi n'était pas aussi arrêtée que celle de son plénipotentiaire. Pour hâter le départ des troupes étrangères, ajoutat-il, Louis XVllI serait même disposé à faire diverses concessions.

DES TRAITÉS DE l8l5. II9

Un pareil langage étonna MM. de Talleyrand, Louis et d'Alberg. Au sortir de la tèonfétfeactt ils se rendirent aux Tuileries^. Le prince dît k& roi <{ue si ses chargés d'affaire^ n'avaient p^s M confiance entière , s'ils ne eotiAaistoient pAs toutes ses intentions, il leur était itnpoêsiblè et remplir dignement leuj^ mandat^ et qUe, tlani^ ce cas, les ministres .seraient contraints d^ prier le roi d*acoepter leur démitôion. Sans «'éUibU-^ Toi^ Louis XYUI répondit: t Ëh bien! il fau-*^ dra agir comme en Angleterre^ et chatigei^ t&é% le cabinet. Revenez ce soir à neut heu^s. »

A l'heure indiquée MM. de Talleyràtid^ Lôuh' et d'Alberg étaient aux Tuileries, répétant au to) qu'il leur était impossible de reprendre les ôon-^ férencès s'ils n'avaient pas des pouvoft^ cofh* pl«tBetsi d'autres pi^rsotinesconnaissis^ient mieiist! qu'eux les volontés du monarque. MM. de Talleyrand et Louis remirent leurs portefeuilli^* Trois jours auparavant Fouché avait donné sa démission et laissé Paris pour allet t^tnplif à Dresde le poste d'ambassaàeuir de Louis XYIH. Là il S'occupa d(B nouef d'incessantes fntHgne^r atec les réfugiés français et les régicides quil avait lui'-ttiétne exilés, et dont bientôt ilpsrth-i geà le sort* Ces intrigues se trëtnaient moitié en fateur du duc d'Orléans, moitié dans l'inlé'' rèt du prince d'Orange.

Le cabinet 'lalleyrand était dissous par le iait, mais le baron Pasquier ne voulut pas st cioire compris dans son renouvellement. Le dimanche suivant il se présenta donc à l'audience du matin en costume de garde des sceaux. Le roi s'en aperçut, et il dit: « Je ne croyais plus avoir de ministre de la justice. •

Le jour même où M. de Talleyrand abdiquait le pouvoir, le 21 septembre, une réponse à l'ultimatum, rédigée par 1p conseiller d'état La Be&nardière, était adressée auxplénîpotenlîairesdes quatre cours, Comnn' roi et comme Français, Louis XVm avait été frappé au cœur des conditions imposées. La loi était dure; mais le premier moment de stupéfaction passé, on jugea plus prudent de la discuter que de se raidir impujssamment contreelle. Ce futdans ce sensque M. de Talleyrand ordonna à M. de La Besnardière d'écrire sa note. Elle est ainsi conçue :

« Sa Majesté, désirant ardemment de hâter, autant qu'il est en elle , la conclusion d'un arrangement dont le retard a causé à ses peuples tant de maux qu'elle déplore chaque jour, et prolongé enFrance cette agitation intérieure qui a excité la sollicitude des puissances , mais plus animée encore du désir de faire connaître ses bonnes dispositions aux souverains ses allié»»

UEâ TRAITÉS

a Voulu que, sans perte de temps, les soussignpsc omiDunîquassentà leurs excelleDces messieurs les plénipotentiaires des quatre cours les jwincipes sur lesquels elle pense que la négotîatioQ doit être suirie, relatisemeot à chacune les bases proposées , en leur ordonnant de présenter sur la première de ces bases celle qui soncerne les cessions territoriales, les observaions suivantes dans lesquelles cet important ^jet est envisagé sous le double rapport de la justice et de l'utilité publique , qu'il serait si iangereux de diviser.

(Le défaut d'un juge commun qui ait autorité rt puissance pour terminer les différends des louverains ne leur laisse d'autre parti , lorsqu'ils B'ont pu s'accorder à l'amiable, que de remettre la décision de ces différends au sort des armes, ce qui constitue entre eux l'état de guerre. Si,

iQs cet état, les possessions de l'un sont occupées par les forces de l'autre, ces possessions sont sous la conquête , par le droit de laquelle l'occupant en acquiert la pleine jouissance pour tout le temps qu'il les occupe, ou jusqu'au rétablissement de la paix. Il est en droit de de-

ander, comme condition de ce rétablissement, •que ce qu'il occupe lui soit cédé en tout ou en partie, et la cession, lorsqu'elle a lieu, trans- [Ul la jouissance en propriété, de simple

occupant il en deyieot souTerâin. C'est une manière d'acquérir que la loi des nations autorise»

t Mais rëtat de guerre^ la conquête et le droit d'exiger des cessions territoriales sont dès choses qui procèdent et dépendent lune «te l'autre , de telie sorte que la première est une condition absolue de la seconde, et celleKri de la troisième ; car hors l'état de guerre il ne peut pas être fait de conquête , et là où la conquête n'a point eu ou n'a plus lieu , le droit de demaii^ der des cessions territoriales Hé saurait existeri puisqu'on ne peut demander de conserfer 06 qu'on n'a point ou ce qu'on n'a plus»

i II ne peuty afoir de conquête hors de l'étall de guerre ; et comme on ne peut prendre à qui n'a rien, on ne i^eut conquécir que sui^ qui poé« sède : d où il siût que pour qu'il pui.^e j avoir conquête il faut qu'il j ait guerre de roccupani au possesseur, c'est à dire au souverain ^ droit de possession sur un pays et souveraineté étant choses inséparables ou plutôt identiques.

Si donc on fait la guerre dans un pays 9 et contre un nombre plus oïl moins grand des habitants de ce pays, tuais que le souverain en soit excepté , on ne fait poiut la guerre, au pays 9 cette dernière expression n'étant qu'un trope par lequel le domaine est pris pour le possesseur. Or un souverain est excepté de la

DES TRAITÉS DE l8l5. IfiS

guerre que des étrangers font chez lui lorsqu'ils le reconnaissent ou qu'ils entretiennent, avec lui les relations de paix accoutumées. La guerre est faite ah^rs contre des hommes aux droits desquels celui qui les combat ne peut succéder, parcequ'ils n'en ont point , et sur les^ quels il est impossible de conquérir ce qui n'est pas à eux. L'objet ni l'effet d'une telle guerre ne peuvent pas être de conquérir, mais de recouvrer; or, quiconque recouvre ce qui n'est pas à lui ne le peut recouvrer que pour celui qu'il en reconnaît comme le possesseur légitime.

Pour pouvoir se croire eu guerre avec un pays sans l'être avec celui qu'on en reconnaissait précédemment comme souverain , il faut de toute nécessité de deux choses l'une, ou cesser de le tenir pour tel et regarder la souveraineté comme transférée à ceux que l'on combat par l'acte même pour lequel on les combat, c'est 'à dire reconnaître, suivre, et parla sanctionner ces doctrines qui avaient renversé tant de trônes, qui les avaient ébranlés tous, et contre lesquelles l'Europe a dû s'armer tout entière.

Ou bien croire que la souveraineté peut être double ; mais elle est essentiellement une et ne peut se diviser; elle peut exister sous des fôrme$ différentes, être collective ou individuelle , mais

non à la fois dans un même pays, qui ùe fièlpièttl avoir en même temps deux souverains.

« Or, les puissances alliées n'opt fait ou crn ni l'une ni l'autre de ces deux choses.

« Elles ont considéré l'entreprise de Buonaparte comme le plus grand crime qui peut être commis parmi les hommes, et dont la seule tentative le mettait hors de la loi des nations. Elles n'ont TU dans ses adhérents que des complices de ce crime, qu'il fallait combattre, soumettre et punir; ce qui excluait invinciblement toute supposition qu'ils pussent avoir naturellement i acquérir, conférer ni transmettre aucun droit.

■ Les puissances alliées n'ont pas un instant cessé de reconnaître sa majesté très chrétienne comme roi de France, et conséquemment les droits qui lui appartiennent en cette qualité; elles n'ont pas un instant cessé d'être avec lui dans des relations de paix et d'amitié, ce qui seul emportait avec soi l'engagement de respecter ses droits ; elles ont pris cet engagement d'une manière formelle, bien qu'implicite, dans leur déclaration du i5 mars et dans leur traite du :i5. Elles l'ont rendu plus étroit, en faisant entrer le roi, par son accession à ce traité, dans leur alliance contre l'ennemi commun; car si l'on m; peut conquérir sur un ami, à plus forte raison ne le peut-on pas sur un allié; et

DES TBAJTis HE i8i5. isâ

pe dise point que le roi ne pouvait être l'allié i des puissances qu'en coopérant activement avep. | l^Ues, et qu'il ne l'a point fait. Si la défection toale de l'armée, qui, à l'époque du Iraîté du a5 nars, était déjà connue ou réputée inévitable, ne lui a pointpermis de faire agir des forces régulières» les Français qui, en prenant pour lui lesarmçs au nombre de soixante à soixante-dix mille dans les départements de l'Ouest et du Midi, et ceux qui , se montrant disposés à les prendre, ont mis l'u- Bjgurpateur dans la nécessité de diviser ses forces, |»t ceux qui, après sa défaite à Waterloo, au lieu ■ des ressources en hommes et en argent qu'il demandait, ne lui en ont laissé d'autre que de tout abandonner, ont été pour les puissances alliées des auxiliaires très réels et très utiles. Enfin les puissances alliées, à mesure que leurs forces se

Isont avancées dans les provinces françaises, y ont rétabli l'autorité du roi, mesure qui aurait {ait cesser la conquête si ces provinces eussent été véritablement conquises.

« Il est donc évident que la demande qui est ïaite de cessions territoriales ne peut être fondée |UT la conquête.

■ ■ Elle ne peut pas davantage avoir pour motif les dépenses faites parles puissances alliées; car s'il est juste que les sacrifices auxquels elles ont ^^^gSîiéçs, par une guerre entreprise, ppuil'uti-

196 HISTOIBB

Kté commune, mais pour rutîlîté plus spéciale de la France, ne restent pas à leur charge, il est également juste qu'elles se contentent d*un dédommagement de même nature que le sacrifice:

or les puissances alliées n'ont point sacrifié de territoire.

t Nous vivons dans un temps où, plus qu'en aucun autre, il importe d'affermîr la confiance dans la parole des rois. Des cessions exigées de sa majesté très chrétienne produiraient un effet contraire après la déclaration où les puissances ont annoncé qu'elles ne s'armaient que contre Buonaparte et ses adhérents; après le traité où elles se sontengagérsà maintenir contre toute atteinte l'intégrité des stipulations du traité da 3o mai 1814» qui ne peutêire maintenue si celle de la France ne Test pas; après les proclamations de leurs généraux en chef, où les mêmes assurances sont renouvelées.

« Des cessions exigées de sa majesté très chrétienne lui ôteraient les moyens d'éteindre totalement et pour toujours parmi ses peuples cet esprit de conquête soufflé par l'usurpateur, et qui se rallumerait infailliblement avec le désir de recouvrer ce que la France ne croirait jamais avoir justement perdu.

« Des cessions exigées de sa majesté très chrétienne lui seraient imputées à crime, comme si

DES TRayBHkt- ib i8i5« M7

«ileeût acheta pat là les secours des puissances, «t seraient un obstacle à l^ffermissement du gouvernement rayai, si impcurtant pour les dynasties légitimea, et si nécessaire au repos de FEvrope, tant i|«ie ce repos est lié à la tranquillité intérieure de la fiance.

^ Enfin des cessions exigées de sa niafesté très chrétienne détruiraient ou altéreraient du moins tM équilibre à l'établissement duqi^el tes puis- Maces oot Tooé tant de sacriUces, d'efforts et de soins. €t sont elles^mèoies^ apai ont fixé retendue que ta France derait avoir. Comment ee i|u 'elles juraient nécessaire il y a un an aorait^ il cessé de l'être? Il y a sur le continent de l'Eurq»^ deux états qui surpassent la France en éte»diie et en population. Leur grandeur relatifie cretttart nécessairement en même raison que la grandeur absolue de la France serait diminuée. Cela serait-it e^n^irme aux intérêts de l'Europe? cela een viendrait-il même aux intéfèts particuliers de ces deux états^ dans l'ordre des rapports où ils se trouvait l'un à l'égard de

i^a«<lpe?

« Si dains une petite démocratie de l'antiquité It peuple en corps, apprenant qu'on de ses généraux avait à lui proposer une chose très utile,maie qui n'était pas juste, s'écria d'une voix unanime qu'il ne foulait pas méoM safroiv quelle

était cette chose, comment serait-il possible de douter que les monarques de l'Europe ne soient unanimes dans une circonstance où ce qui ne serait pas juste serait encore pernicieux?

« C'est donc avec la plus parfaite confiance que les soussignés ont l'honneur de soumettre aux souverains alliés les observations qui précèdent,

« Cependant, et malgré les inconvénients atttchés à toute cession territoriale dans les circonstances actuelles, sa majesté consentira au rétablissement des anciennes limites sur les points oiî ît a été ajouté à l'ancienne France par le traité du 3o mai.

■ Elle consentira pareillement au paiement d'une indemnité, mais qui laisse les moyens de suffire aux besoins de l'administration intérieure du royaume, sans quoi il serait impossible de parvenir au rétablissement de l'ordre et de la tranquillité, qui a été le but de la guerre.

■ Elle consentira encore à une occupation provisoire î sa durée, le nombre des forteresses et l'étendue du pays à occuper seront l'objet des négociations. Mais leroi n'hésite pas à décUrer dès ce moment qu'une occupation de sept iinnées, étant absolument incompatible avec h iriinquillité intérieure du royaume , est e ment inadmissible.

DES TRA.1t6s de 1$i5, I3Q

• Ainsi le roi admet en principe :

« Des cessions territoriales sur ce qui n'était ' »as l'ancienne France,

■ Le paiement d'une indemnité, ^ « L'occupation provisoire par un nombre de Groupes et pour un temps à déterminer,

Sa majesté très chrétienne se flatte que les souverains, ses alliés, consentiront à établir la négociation sur ces trois principes, aussi bien ^u'à porter dans le calcul des quotités l'esprit de justice et de modération qui les anime, et qu'alors l'arrangement pourra être conclu très |nromptement à la satisfaction mutuelle.

< Si ces bases n'étaient pas adoptées, les sousignés ne se trouvent pas autorisés à en entendre ni à en proposer d'autres.

< Signé, Talleykand. i

Tout en portant le cachet de la dignité nsr- ' tîoDaie offensée , cette réponse accordait heauoup. Le 22 septembre, le comte Capo-d'Istria et le comte Rasowmoffski pour la Russie , le ffincedeMetternich et le baron de Weissemberg pour l'Autriche, le prince d'Hardenberg et le ba- ,xoa de Humboldt pour la Prusse, lord Castlejceagb pour l'Angleterre, y répliquèrent avec une i cea sévérités diplomatiques que ne justifiait

1 5e aiiToni

malheureusement que trop la position 6e 1s France tiraillée en tous sens par les exaspérations des partis.

* Les soussignés, disent ces plénipotentiaires, oat quelque peine à comprendre sur quoi pourrait être fondée la distinction essentielle entre l'aocien et le nouveau territoire. Il est impossible de supposer qu'on ait voulu reproduire, diûB les transactions actuelles, la doctrine de la prétendue inyiolabilité du territoire français. Ce serait détruire toutes les idées d'égalité et de réciprocité entre les puissances que d'ériger en principe que la France a pu sans difficulté et' odrc ses dimensions, acquérir des provinces, les réunir à son territoire par des t-onquétes ou det traités, tandis qu'elle jouirait seule du privilège de ne jamais rien perdre de ses anciennes possessions ni par les malheurs de la guerre, ni par les arrangements politiques. C'est par ces motifs que les plénipotentiaires soussignés persisteût dans l'ultimatum qu'ils ont présenté au roi de Frunce^ *

Avant de parvenir à former son nouveau ministère il avait fallu buit jours à Louis XYIII- Le a5 septembre pourtant le duc de fiicbelieu fut oommé président du conseil, et il entra eu fonctions ce jour-là mêioe. M. d« XaUeynnd

DSS TBAITÊS DE l8l5. l3l

avait besoin du pouvoir : cet abandon de la cour blessait son amour-propre, et en sortant du ministère il ne put s'empêcher d'exhaler par quelques mots amers la douleur qu'il ressentait* « Les ingrats! s'écria-t-il m parlant des Bourbons, ils m'éloîgnent, moi qui leur ai donné un trône ; mais par leurs mains j'en ai élevé un autre à la révolution en rendant héréditaire la chambre actuelle des pairs. »

La prophétie du prince s'accomplit en i83o.

La chambre des pairs prépara la chute du trône. Avec un empressement dont la résignation eut quelque chose de funèbre elle accepta tous les faits qu'on accomplit sans elle et en dehors d'elle , puis ce grand corps de l'état qui , sous Louis XVIII et Charles X, avait pris des allures libérales, qui avait fait trembler, par son opposition les ministères Yillèle, Martignac et Polignac, vint tendre le cou aux chaînes que lui présentait l'insurrection. D'héréditaire que la restauration lavait fait, il accepta presque sans murmurer le viager, c'est à dire la ruine que lui imposaient lies nouvelles institutions que juillet apportait, et qu'il sanctionna sans sourciller.

HI8T0IBE DES TRAITAS DE l8l5. l55

Page 1