CHAPITRE IV
Ordonoance du roi frappant une contribution extraordinaire de cent millions. — De ({uelle manière cette contribution est acquittée. — Diflèrence entre les traités de 1814 et ceux dei8i5. — Causes de cette différence.— Napoléon en 1814 demande â faire rentrer la France dans ses limites de 1793. Analyse du traité du 50 mai 1814. — Mesures qu'à cette époque propose Alexandre de Russie. — Dislocation de l'armée. — Biens nationaux. — Négociations pour la convention de 1815.— Portrait du duc de Richelieu. — La cour et l'école doctrinaire ou constituante. — Position morale des armées coalisées en France. — Bergasse et Madame Krudner. — La sainte alliance. — Défiance de Louis XYIII pour les royalistes.
Sans avoir à se préoccuper des causes qui renversaient le cabinet du prince de Talleyraod , causes presque toutes nées de sa composition même et du triste accouplement de tant de noms révolutionnaires, la commission doQt faisaient partie MM. Corvetto , La Bouulef^e, Portai et Dudon continuait ses opérations.
Le comte Coiretto venait d'être appelé au ministère des finances. H. de LaBouilerie le remplaça dans sa présidence nominale.
Afin de subvenir à toutes les dépenses extraordinaires, nécessitées par la subsistance des onze cent trente-cinq mille étrangers qai couyraient le territoire , la France n'avait pas même la libre et entière disposition de ses revenus. Le 16 août 181 5. une contribution extraordinaire de guerre avait été frappée ; elle se montait au chiffre de cent millions. Le roi disait à fon peuple , dans le préambule de sa prodama*tîqn :
c L'attentat commis sur la France a forcé les puissances étrangères à y faire rentrer leurs armées pour atteindre l'ennemi de leur sûreté: elles occupent notre terrîtiîre. Ces maux auraient été prévenus si notre voix eût été mieux écoutée; mais loin de notre cœur toute récrimination : les souffrances de nos peuples ne nous permettent de songer qu'à les adoucir, en attendant le moment peu éloigné qui doit j mettre un terme. Les circonstances sont telles que nous n'avons pas le choix des moyens.
Nous avons dû nous arrêter à celui qui nous a paru présenter le moins d'in onvénients , être le plus propre à soulager ceux de nos sujets qui
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ont le plus souffert, en appelant à partager leurs charges (eux sur lesquels les réquisitions ont raolnë porté. Nous nous sommes déterminé à établir provisoirement une contribution extraordinaire répartie sur les divers départements «n proportion de leurs ressources, espérant que quelque pesants que soient ces sacrifices ils le seront moins que le maintien dHin régime sans calcul et sans règle. Plein de confiance dans le patriotisme des principaux négociants, propriétaires et capîtaUstes, nous désirons les associer à notre sollicitude pour le soulagement de leurs compatriotes ruinés par les événements, sans prétendre cependant que les sommes qu'ils paieront au-delà de leur part contributive restent définitivement à leurctiarge, et ne considérant ces excédants que comme des prêts feits pour donner à la perception extraordinaire nne accélération proportionnée à l'urgence des besoins. »
l^'ofdonnance se résume ainsi. L'avance de cent m&lions éoi^ être faite par les piiDcipaux capitalistes, patentables et propriétaire^ des départements, et la somme assignée à chacun d^eux acquittée par quart du iS septemibre au 1*5 âo- Tembre, selon les échéances que déterminera un comité agissant auprès des préfets. Dans cha-
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que arrondissement la répartition individuelle est dressée par un eomité placé aupi-èe du souspréfet : ce comité seconiposait d'un membre du conseil d'arrondissement, de deux notables, du maire du chef-lieu et du receveur particulier.
Cette contribution , pensée persoimelle du baron Louis , rentra avec une facilité qui ipMr naît sa source pour les uns dans l'amour du roi, pour les autre» dans la crainte de l'anarchie. Aussi extra-légale qu'en dehors des usages fînaaciers, elle était si bien justifiée par les circonstances qu'il devenait très malaisé d'élever contre elle des murmures fondés. La politique, qui se mêle à tout dans les temps diCQciles et lorsque les passions sont ai ardemment soulevées, les divisions de parti, ne jugeant une mesure que sur leurs convenances ou sur leurs calculs , excitèrent , il est vrai , quelques résistances partielles. Les masses cependant ne s'y laissèrent point prendre. i
Il y avait au fond de tous les cœurs, même les plus désunis par des divergences d'opinion, pu l'amertume des reproches ou par d'anciens levains de rivalité, un sentiment de patriotisme: il fit accepter ce sacrifice comme un acte indispensable, et dont par conséquent il devenait superflu de discuter les termes. Puis , en général, C'iUX. que le décret contraignait à faire t
DES TR&tTâS SB iSlS,
avances avaient foi dans la parole du monarque. Le monarque aïait dit que ces avances ne reste"! raient pas à la charge des préteurs, et l'on ne récusait pas un pareil engagement. Les recouvrements commencèrent le i5 septembre. Dès le mois de décembre suivant le trésor avait en caisse quatre-vingt-un millions cent trentetrois mille cent soixante-quinze francs , selon l'état n-^ annexé au budget de 1816. Le sur- I plus fut versé presque de suite et sans apporter ■aucun ralentissement dans la perception des impôts ordinaires.
Ce n'était après tout qu'un emprunt, remboursable de la même manière que la dette arriérée , c'est à dire en reconnaissances de liquidation portant intérêt à cinq pour cent , ou en inscription sur le Grand-Livre au choix du porteur. Peu de semaines après , des actes patriotiques éclatèrent de toutes parts; ils vinrent cou- ■frir de leur généreux élan ces misères d'opposition dont il ne fallait pas rendre témoin l'étranger vainqueur. Chaque jour le Moniteur ugaala à la reconnaissance publique de^ abandons désintéressés faits au profit du trésor. Les déparlements, les particuliers renoncèrentàleur eréance, et, commencée sous le ministère Talleyrand, cette opération s'acheva pendant le
miaistère Kichelîeu, sans laisser une trace dlrritation dans les esprits,
La Vendée militaire elle-même s'associa i ce dévouement, dont mieux que personne elle avait droit de se faire exempter. Elle entretenait à ses frais son arniéc de volontaires royalistes qui, dans le Poitou , dans l'Anjou , dans la Bretagne et dans le Maine, avaient seuls protesté contre la trahison. Ses charges de guerre , ses malheurs et les perte- quecette mêmeguerre lui laissait à supporter étaient immenses. Néanmoins clk fut comprise dans cette répartition pour une moyepoe de trois cent mille francs par département. Ils avaifOt le plus promptement rëpr>ndu à l'appel du roi ; ils ne restèrent pas en arrière des eaerificeB que d'autres provinces plus riches s'imposaient. Ce fut dans la Vendée militaire que M rencontrèrent les plus nombreux abandons.
On avait une telle confiance dans la reat|«e de ces fonds que les receveurs g;énéraux 8uu9crivirent des trailes représentatives de cette contribulian. Far la négociation de ces traites le trésor se trouva nanti sans avoir à supporter les lenteurs du recouvrement individuel.
Certaini public isles ont prétendu que la vjlle de Paris avait seule supporté le lourd fardeto des cent millions. Nous avons sous les yeus 1% tftt de la répartition telle qu'elle fut établie
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département, et celui de la Seine n*y est compris que pour une somme de treize millions trois cent quarante mille francs.
D*après un tableau dressé par le ministre des îBinances pour arrêter, aux termes de la loi du 28 avril 1816, la distribution des vingt millions accordés aux départements occupés, nous voyons ce qu*ils ont souffert et tout le patriotisme quil leur a fallu pour souscrire aux engagements demandés par le gouvernement. Peut-être y a-t-il un peu d'exagération dans les évaluations de ce tableau ; mais par le chiffre seul des principales allocations que les préfets proposent après examen, on comprendra combien cette somme de vingt millions était insuffisante pour indemniser de tant de pertes.
Le département de la Seine est porté sur ce tableau pour 3o, 000,000
Les Ardennes 5o,ooo,ooo
Le Haut-Rhin 28,000,000
La Côte-d'or i5,ooo,ooo
La N arne 1 3, 000, 000
L'Eure 9,000,000
Le D<»ubs 8,000,000
Eure-et-Loir 7,000,000
L'Isère 6,000,000
Le Jura 5,ooo,ooo
n en était ainsi pous beaucoup d^antres ; mais
l-^O HISTOIRE
ces pertes matérielles, dont l'estimation avaîf ctÏ saoB doute calculée daos de trop larges proportions, ne résultaient pas toutes de l'occupation du territoire par les étrangers. Le tableau du miuïstère des Ënances embrasse dans son ensemble les charges que divers départements aTaicnt eu à supporter pour l'approvisionnement des places fortes ordonné par le gouyernement des Cent-Jours.
Jamais peut-être la situation du royaume n'avait été plus critique ; jamais aussi il ne s'était vu tant d'éléments de perte accumulés autour de lui. Un vieux roi que l'âge, que les souffrances du corps et de l'esprit, que les tourments d'un long exil avaient condamné à ce besoin de repos qui ressemble tant à l'égoïsme ; des hommesse présentant partout comme des principes, et s'excluaot les uns les autres lorsque tous ensemble auraient dû réunir les efforts de leur patriotisme dans un même sentiment; une nation épuisée et qui, lasse même delà gloire, redoutait de se jeter dans les complications d'une guerre nationale; des généraux usés dans les bivouacs, et qui, après s'être enrichis et parés de titres nobiliaires, n'aspiraient qu'à terminerdans les loisirs d'une paix dorée pour eux une existence dont les commencements et le milieu avaient été si tovfSîpntés ; un pçuple divisé p^jcjc
DES TBMTÈS DE iSlâ.
fonds dissentiments , tout cela babilemeot dé-fJ duit par les étrangers donnait une impulsion^fl très active à leurs ambitieuses espérances,
£d iSi4t ils n'avaient fait la guerre qu'à ua. | homme. Cet homme de moins, ils garaotissaienl; ] à la France le droit de se choisir un monarqueiij de se gouverner dans toute sa liberté et de i gocier avec les autres grandes nations sur lepiet de l'égalité. A certaines restrictions près cein droits avaient été maintenus au premier de Paris, conclu le 3o mai i8i4-
Dans les derniers mois de son empire, Napoléon, vaincu pari'Europe, et encore mieux averti de sa prochaine décadence par les angoisses des Français que par les victoires de l'étranger, n'a-' vait trouvé qu'un remède à d'incommensurables désastres dont son ambition seule s'était fait un jeu de développer le germe-
Ce remède c'était la paix à quelque prix que ce fût. L'empereur en sentait si fortement Ifr besoin que, sans s'arrêter à toutes les considérations d'bonneur national , il sacrifiait d'un trait de plume, et pour sa propre conservation, toutes les conquêtes que la république et l'empire avaient annexées au territoire. La preuve de cette abnégation se lit dans une lettre de Cau- Uncourt, duc de Yicence, au prince de Metter-
nich. Le coujgrès de Châtillon était ouvert, et le
i4ft msTonu
négociateur de Napoléon écrivait le 9 février i8i4 ^u ministre autrichien :
c Mon PaufCBy
f Je me propose de demander aux plénipetentiairés des cours alliées si la France, en consentant, ainsi qu'ils l'ont demandé, à rentrer dans ses anciennes limites, obtiendra immédiatement un armistice. Si, par un tel sacrifice» un armistîce peut être sur-le-champ obtenu, je serai prêt à le faire; je serai prêt encore, dans cette supposition, à remettre sur-le-champ une partie des places que ce sacrifice devra nous faire perdre.
« J'ignore si les plénipotentiaires des couis^ alliées sont autorisés à répondre affirmativement à cette question, et s'ils ont des pouvoirs pour conclure cet armistice. S'ils n'en ont pas , personne ne peut, autant que votre excellence, contribuer à les leur faire donner. Les raisons qui me portent à l'en prier ne me semblent pas tellement particulières à la France qu'elles ne doivent intéresser qu'elle seule. Je supplie votre excellence de mettre ma lettre sous les yeux da père de l'impératrice; qu'il voie les sacrifices que nous sommes prêts à faire, et qu'il dé* cide« •
DS3 TBlITiS Ht l8l5.
Le 17 mars 1814 l'état des chose» aTail ei*' j core empiré. On se battait sur tous les [loifitsC mais TainqufUrs ou TaincuSi les alliés, doQt lêl armées grossissaient sstis ceSBéj continu aleat de marcher eu aïant sans tenir compte des écheéfc qu'ilséprouTatent Depuis le 9 février, Napoléoaj toujours entre un succès ou une défaite, s'était' plus d'une fois Ûatté (l'échdppet aUx eonditîoti^.' d'rine telle paix. En humiliant profondément F^ancfc , cette paix compniniettàît le pre8li| qui l'avait fait empereur et donnait une nouvellS^ vie aux passions de parti mal éteintes. Le i mars l'empereur pressentait que tout était déséf péré, et ce jour-lâ nlêrfte il adressait à M de Cati*'' laincnUrt la note suivante. C'était un acquiescé*' méat in extremis aux tonditions que chaque joidi' îi congrès de Châtîllon rendait pltis dures. '
Keims, 17 mars i8t4. '
■ MolïSIBCS Lt DUC DE YiCKNCX, '
«J'ai reçu vos lettres du i5. Je charge le dud"' de Bassano d'y répondre avec détail. Je roud d(Mioe directement autorisation de faire les conce8!>ions qui seraient indispensables pour maintealr les négociations, et arriver enûa i conoallie l'uUimatiwi des alliés i bien entendu que
ij^. HISTOIRE
le traité aurait pour résultat l'évacuation tti ' notre territoire, et le renvoi de part et d'aulie de tous les prisoDoiers. Cette lettre n'étant i autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. •
• Napoléon. >
Quand « l'autorisation défaire les concessions qui seraient indispensables pour maintenir les négociations et arriver enfin à connaître l'uttirmatum des alliés > parvenait à Châtillon, le congrès se séparait bien décidé à ne plus traiter avec l'empereur, qui cependant lui laissait presque carte blanche. La restauration était venue, et venue plutôt par une faveur providentielle que par les efforts humains ou par des calculs politiques dont les cabinets étrangers ne s'étaient jamais occupés. Les ministres des grandes cours reprirent à Paris, de concert avec les plénipotentiaires de Louis XYIII, les négociations qu'ils avaient suivies avec ceux de l'empereur.
Louis XYIII se voyait dans de meilleures con* ditions que son prédécesseur sur le trône pour obtenir d'heureuses modifications aux exigeDces étrangères ; mais il avait hâte, ainsi que le comte d'Artois et M. de Tallejrand, de débarrasser la France de cette masse d'ennemis. On n'obtint pas tout ce qu'il était d'une bonne politiv
DES TRAITÉS DE l8l5. 14^
demander, tout ce qu'avec quelques instances lès monarques alliés n'auraient peut-être pas Refusé au nouveau roi comme don de joyeux «Ténement. Pourtant on fit en sa faveur des concessions que Bonaparte n'avait plus le droit d'espérer, et qu'il ne songeait même pas à solliciter.
En vertu du traité de Paris non seulement lous ne perdîmes rien de ce qui composait 'ancien royaume, à la date du i" janvier 1792, nais nous obtînmes encore une rectification de s ligne des /routières. Cette rectification ajou- TOÎt à notre territoire des enclaves assea importantes. De l'ancien département de Jemmapes la France retint les cantons de Dour, de Merbeslé-Château, de Beaumont et de Chimay. On lui Iccorda les cantons de Valcour, de Florennes, âe Beauraîng appartenant à l'ancien département de Sambre-et-Meuae, nom qu'ont immortalisé tant de glorieux souvenirs des vieilles cohortes républicaines. Il en fut de même pour les cantons de Saarbruck, d'Arneval et de Lebach qui faisaient partie du département de la Saar.
Autrefois la forteresse de Landau était française, mais point isolé en Allemagne , elle se trouvait en cas de guerre séparée de la patrie et coupée même par la délimitation. M. de Tal-
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leyrand, au nom de Louis XYIII, voulut qu'on nous cédât au-delà des anciennes frontières une partie des départements du Mont-Tonnerre et du Bas-Rhin pour que cetta forteresse et son rayon fussent réunis à la France. Les alliés consentirent a cet accroissement de territoire.
Ils furent encore plus justes. Le Thalweg du Rhin avait été de temps immémorial un sujet d'éternelles contestations entre les provinces riveraines chaque fois que, dans son cours , le fleuve apportait ou faisait disparaître une il#. Il fut décidé que pour l'état de possession dects îles presque vagabondes on se conformerait aux stipulations du traité de Lunéville. On ajouta même qu'elles ne subiraient aucun chang^paeQt quelque fussent les variations ou les travaux àfi Rlùn.
Le département du Doubs s'accrut aussi fiers la frontière helvétique. On céda à la France h^ cantons de Frangy et de Sajnt-Julieii. Le département du Mont-Blanc fut intégralement conservé, et personne ne songea à nous contester la possession du comté de MontbeJUajrd ni de divers^es enclaves autrefois dépendantes des principautés germaniques, et incorporées :au royaume depuis le i" janvier 1792. 11 en fut 4* même pour Avignon et pour lecomtat Yeiuiji^ÛQ.
DES tr^it|;s qb i8i5. 147
Toutes |e^ colonies que rancienue monarchie possédait bo^^ d^Europe furent restituées à la pouve]le. Les Âpglais gardèrent Taba go, Sainte- Lucie et rile-de-France. Tandis que lç§ i\\\és f^taiept af ipés contre Nfipoléop, Ip f oi de ^i^ède ^ya|t reçu d'eux la Qua(ielovipe. fin farepr 4çs ^ourbPP^ il s'empreasa de renoncer à |a pp^ ^spipn de cette Ue. Le Portugal, qui s'était empara de 1^ Quyaûne française, ini|ta Te^eii^f^ile 4oqpé par la Suè^e.
Pfip^|s 1793 }'4PS)pt^?f^ contestait à nos {^avires de çqipmerçis le droit de pécbe au grapfl bapç 4^ Tcff^'-Neiive et daps le go|fe §aipt*Laur^pt. L'Angleterre se vft forcée de remettre |e$ pjipses sqr le pied où la révolutiop . l(es av ait prises. La Y jll^ d'Anvers cessait d'appartenir à la Fri^ace» mais il était convenu qu'au lieu de rester place forte elle ne serait pli^s q^n^ eptrep^t 4p PPP^iperce. La marjpe française avait de r^cl^es approvisjpnqepients ^^i\s les arsenaux des places iparitiipes dont, par $i)ire des événements militaires, i^lle était obligé^ de faire la remise.
L'empereur, aux derniers îours de son agop|e, quand il sentait le pouvoir lui échapper en 0iep[ie tepips que Tapiour de se^ sqjetSi amour 4Qpt il avait i^i crqeliement abusé, l'empereur, pQur \ijqe pai^ q^ luji conservait une apparence
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àc roysutfi, n'avait pas tenu à si peu. Ces approvisionnements avaient été oubliés ; la Restauration ne consentit pas à en faire comme Bonaparte un abandon absolu.
Elle prétendit que le partage devait en être arrêté à raison des deux tiers pour la France et d'un tiers pour les places dans lesquelles ces approvisionnements étaient déposés. Ce partage fut accueilli, car, à cette époque de i8i4tla France, quoique envahie, avait encore derrière elle le prestige de ses triomphes, et pour la pE<^ téger contre de tristes exigences elle avait pwdessus tout son unanimité de vœux en faytia des Bourbons , unanimité qui parfois ne laissait pas que d'inquiéter les puissances coalisées.
Les divers éîats s'engageaient encore à renoncer aux réclamations de toutes les dettes qu'eU|& avait contractées envers eux, à raison def fournitures ou avances pécuniaires qu'ils auraient pu lui faire depuis l'année 1792. De son c-oté le roi Louis XVIII renonçait à faire valoir auprès des puissances ce que chacune d'elles pouv:iit devoir au même titre ; ainsi se compensaient ou s'annulaient toutes les réclamations d'état à état.
Relativement aux créances que les particuliers se croyaient avoir le droit de faire valoir, on stipula qu'elles seraient payées par
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vernement du roi, s'il était démontré qu'elles résultaient de contrats ou d'engagements formels souscrits par les autorités impériales.
L'exécution de ces articles du traité du 3o mai i8i4 devait être suivie par des commissaires qui avaient mission d'examiner leur importance et le mode de paiement auquel la France pouvait consentir. Malheureusement la France, ou plutôt son ministre des finances, le baron Louis, différa de s'occuper de cette importante affaire.
Tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre , il éluda cette liquidation au devant de laquelle il fallait courir. En 1 8 1 5 ces retards donnaient droit aux coalisés d'accuser le gouvernement d'incurie ou de mauvaise foi.
L'abandon des créances à répéter par les alKés était un objet de la plus haute importance. En effet, nous avions beaucoup plus enlevé ou saisi que nous ne nous étions laissé prendre. Nous cessions en outre d'être les débiteurs des créances inscrites sur le grand livre de la. dette publique, créances qui autrefois étaient hypothéquées sur les pays qne la conquête nous avait momentanément légués, et que la défaite nous forçait d'abandonner. Dans les traités de 1814 on devait nous tenir compte du montant de ces dettes. Il y a plus, les domaines na- Monaux acquis par des Français dans ces divers
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états restaient assurés en toute propriété àoi acquéreurs,
iJe telles conditions obtenues, lorsque TEtirope campait sur notre sol, offraient à l'honneur et à la puissance du gouvernement français des avantages auxquels les Cent-Jours, la bataillé de Waterloo et ses conséquences nous cdiithilgnaient à renoncer. Mû comparant ces actfes diplomatiques à ceux que le duc de Richelieu va signer, et qui tous sont amenés soit par lerétôùir de l'île d'Elbe , soit par la conspiration bonapartiste et révolutionnaire qui prépara ce retdu*, il sera facile de se coiivaincre à qudle désolatiott le criminel attentat dii 20 mars réduisit le royaume.
L'analyse des négociations de i8i4 ne serait pas complète si nous ne parlions pas des articles additionnels particuliers à la Grande-Bretagàc. Sa politique marchande dans la question dfe là traite des noirs et duiiionopole des sels de l'Itldé à été expliquée. Il reste ihaintertàht à dite sûr quelle base portait le deuxième article addi^ tionnel.
Quand les événements dont, au 12 mài^ 1814? la ville de Bordeaux fut le théâtre eurent donné à la France l'impulsion royaliste, les habitants de cette grande cité maritime consentirent à recevoir dans leurs murs les Anglais
DBS TRAITÉS DB l8l5. l9l
se présentant en qualité d'alliés. Le duc d'Angoulême, sollicité par lord Beresford , autorisa , sans prendre conseil, Tintroduction des bâtiments de leur marine marchandé. Le blocufl continental était levé. Les négociants de Londres, à la suite de leur armée d*in?asiod, avaient des flottes prêtes à inonder nos places de coffi»inerce de leurs produits manufacturière. Sur cette autorisation , arrachée à une reconnaissance qui, en bonne logique, pouvait très bien être discutée, les navires marchands se présentèrent à Bordeaux, apportant une très grande quantité de tissus.
Nonobstant la concession faite par le due d'Angouléme, l'administration fît saisir comme marchandises prohibées tous les cotons débar^ qués. Au traité du 3o mai 18149 l'Angleterre se mit en instances pour faire valoir ses droits et sa réclamation. En 181 5 elle revenait à la charge , 86 portuiii partie en faveur de ses négociants. La parole du duc d'Angouléme était engagée. Une transaction intervint le 1" septembre 1817 en-* tre le baron Portai et M. Mackensie, commissaire anglais. Elle accorda deux millions cinq cents mille francs d'indeiimité aux commerçants qui avaient éprouvé des pertes à l'occasion de cette saisie^ Aux archives des affaires étrangères on ne découvre aucune trace de cette con-
vention, et dous n'ea avons conoaissance < parcourant les comptes du mÎDÎstère des ânaocei. pour l'année lÔiS. La France remboursa uiw somme de deux millions et demi pour cet ot^ety et dans tes livres de l'administration des douane» la vente de ces {naichandises n'est portée quecomme ayant produit au trésor cinq cent qo»*. tre mille cent trente francs. Les Anglais , od le voit, faisaîeDt payer bien cher l'iatérêt de leurs tissus prohibés.
Le gouvernement britannique était encore notre créancier pour une somme considérable relative à l'entretien des Français prisonniers de guerre sur ses pontons, et dont le nombre surpassait de beaucoup celui des Anglais détenus dans nos départements. Afin de régler le mode d'acquittement de cette créance , on décida qu'une discussion serait ultérieurement ouverte, car le prince de Talleyrand était un de ces bommes dont la meilleure partie de l'expérience diplomatique consiste à toujours temporiser, alln de laisser aux événements le soin de calmer des prétentions trop exagérées. On stipula cependant que les sujets de sa majesté britannique neraient indemnisés des biens meubles et immeubles confisqués depuis 1792.
L'Autriche, elle aussi, cutiicc traité un article spécial. M. de Talleyrand le signa au ntuit'
DES TRAITÉS DB lSl5.
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du gouyernement Irançais; mais i secret qu'on n'en trouye même pas trace dans les recueils diplomatiques. Il n'en fut jamais donné communication au parlement anglais lorsque toutes les pièces relatives aux négociations de i8i/j y furent présentées. On observa le même silence devant les assemblées législatives de France. Les puissances étrangères elles-mêmes l'ignorèrent, et aujourd'hui encore l'on ne sait à quel prétexte attribuer cette convention secrète qui , par le chiffre seul de la somme promise, doit pourtant attirer l'attention.
Il ne s'agit pas moins de vingt-cinq millions que la France s'engage à payer à l'Autriche, et qu'elle lui paya en réalité.
Afin de faire face à cette dette contractée d'une manière si extra-diplomatique, le ministre des finances baron Louis avait espéré pouvoir se servir d'une ressom'ce particulière qu'absorba le comte MoUien , ministre du trésor p dant les Cent-Jours. Cette ressource consistait en une rente de trois millions cinq cents mille francs déposée à la caisse d'amortissement; aussi, en présentant son budget pour les exercices iSi/i et i8i5, le baron Louis ne fit-il aucune demande pour couvrir une pareille
Ise. Mais le duc de Richelieu ne crut pas
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devoir laisseif trop enfeloppée de ténèbres une contention si inexplicable et si onéreuse ; il se contenta d'en parler, sans cependant chercher à lui donner un fâcheux retentissement. Il n'en est point fait mention dans les discours pronon-» ces sur les tfaités de Paris ou sur Tétat des finances^ Cette sotniîie e^t négh'gemment jetée daiiÉ un état de situation des budgets au i** oc>tobre 181 5, sous le titre bien vague de i Dé-* pen$e extraordinaire non compH$e au budget du 25 septembre i8i4«
Jusqu'à présent la comptabilité et Thistoire se sont perdues en conjectures sur une claust qui Rêvait le gouvernement français ; mais rien n'a transpiré , et Ton est encore à l'état de ptth blême ou de doute.
Un sèiil ariîcle séparé fut accordé à là Prusse. Les plénipotentiaires déclarèrent que tontes lei obligations des traités de paix conclus à Bâle en i^^5> à Tilsitt en 1807, et la convention signée à Paris éti 1808 cesseraient d'être en vigueur. Par la paix du 3o mai 1814 ces stipulations devenaient nulles de plein droit* Cependant la Prusse témoigna le désir que la France fit une déclaration spéciale à cet égard. L'article ne dit pas le véritable motif qui faisait agir la maison de Brandebourg dans une telle occurrence : c'était la crainte de voir le gouvernement deLouisXYIII
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négocier des oblîgatîbîls que cette ptaîà§anc€ avait souscrites pour des sommes considérables lorsque les armées française^ occupaient Ses étati; ce fut auâsl la seule puîsèàiice (Jiiî Stipula qttë les décrets et les j ugëments pbHëé cbritrè lés Ffâii*çais entrés â si^ti séJrvîcë seràiëtit rion avenus.
Au pt-emîer l:oup d'teil, tëttfe stipulation p^iraît fort étrange , ttiaîs elle était le fruit d'utile sa^e expériêncfei Lefe àiittes états contradtàfitt rie songèrent pas à en faille la de rh aride. AU^^i plusieurs Français qtii âvaîeiit servi dans des armées autres que telle de Pi'ussie tîreht-ils leur qualité mise en question par le seul motif quHll n'étaient pas toujours restée sous le drapead nâ-* tidhaL Ôeâucoiîp de ces émigrès , dôttt les pt6^ priétés avaient été révolutionnairfetttent vendues^ ne putfent obtenir la restitution du prix de ceô bîens,lorsqtronles rendait à tdùsceut qui avaient élé ftap|iés de confiscation , n'importe par quel riaétîf.
Ce traité du 3o mai 1814, dont les bases avaieiit été jetées dans la convention signée le 25 avril pi^écédent par le comte d'Artois, lieutenant -péhéral du royaume, n'était certes pas aussi glorieux et aussi profitable que tous ceu* que Heilri IV, Louis XIV et Napoléon signaient après utié Victoire, Il humiliait la France ^ il la pnniBdàit daâ6 Mû dlrgueil et dans leé p^tiples
qui, même par la conquête, s'étaient attachés à sa fortune. Mais c'était encore un bien relatif, car dès le lendemain les troupes étrangères se mirent en marche pour retourner dans leur pa* trie; c'était un allégement aux conditions pro'f posées par Bonaparte dans le congrès de ChA*< tillon. Il y a mieux; dans la circonstance donnée, il était peut-être impossible d'obtenir davantage de puissances longtemps compriméçs sous nos aigles, et qui enlin exerçaient à leur tour leur droit de représailles.
Avant de signer le traité, l'empereur Alexandre déclara que pour assurer le repos de la France il restait deux importantes mesures ;i adopter. Dans l'intérêt de la monarchie des Bourbons, ainsi que dans celui de la paix européenne dont cette famille était le gage, le czar demandait d'abord le renouvellement intégral de l'armée. Pour l'effectuer sans péril il offrait même de laisser un corps de vingt-cinq mille hommes, soit à Paris, soit dans les places qu'indiquerait le gouvernement de Louis XVIÏI.
Ce premier moyen coupait court aux intrigues et aux trahisons de i8i5; mais il brisait de longues existences militaires; il mettait la royauté en suspicion aux yeux même du pays qui, après avoir maudit l'esprit de conquête de Napoléon, devait tout naturellement, par ,i
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retour vers les idées guerrières, chercher dans des souvenirs récents une compensation aux terribles défaites qui l'accabiaient alors. Le roi, avec une sagesse que l'avenir trompa, répondit que de toutes parts il recevait des protestations de dévouement, et qu'il n'y avait pas un seul officier supérieur qui ne se fût empressé de mettre son épée au service de son gouvernement. Ce que l'honneur militaire avait fait était accepté également par toutes les branches de l'administration.
Dans ce changement de règne, dans ce passage d'une dynastie à une autre, il ne se rencontra pas une reconnaissance assez prononcée, un désintéressement, as.'^ez vulgaire du reste au milieu des partis consciencieux , pour couvrir la chute de l'empereur de l'éctat de ces dévouements qui se retirent avec le principe dont ils étaient les représentants. Une pareille unanimité de vœux, que Louis XVIIl et sa cour, peu au fait des ambitions révolutionnaires, devaient prendre pour une adhésion saii.f arrière-pensée, ne permettait pas, disait le roi, de craindre que l'on égarât le cœur des soldats et du peuple. 11 dissuada donc l'empereur de Kust^ie d'un projet qui rendait ks Bourbons personnellement odieux à l'armée.
^^^^Le second moyen proposé par Alexandre avait
encore plus de granité* H tendait à boulev^^^ar les fortunes privées; il remettait en question 1^ spoliations consacrées par la loi, e\ était yelsitU aux domaines nationaux. Avec ses idéen 4is justice distr|butive comme hon)rp^, ^t i^qd oipnjpotçqce cpmme souverain, le c^ar d^sir^it qu'pp indemnisât les Qpuyeaux possesseurs et quç \es domaines fussent restitués a leurs légitimiBS pfppriétaires. Ç'ét^if up gra^id ^cfe de jcppar^tiq^, une mesure salut^jp^^ qui, à cette époqpe d'exfdtation royaliste et d'abattement révoluiipnqais^) pouvait s'opérer s^ns $oulev^f la moind^^ réaction. Un grand nombre mê^p d'^cqviéreurs nationaux jetaient prépa^rps, et ne çberchaîf^qt .4^ns les provinces qu'à eq repdre le§ conditipfv^ Qieilieures.
Cet oj^jet fut mis ep délibération devant le pfipce de Talleyrand et le barnq Lou^. M* d^ Talleyrapd adopta la restitutioq en pfincfpe,; seulement, comme en face de toute mesurp tfçip énergique, il souleva des obj* ctions df^ détaj). Le baron Louis opposa une résistance pl^^ ai^ solue. 11 convint t qu'il y avait quelque c)),ose à f^ire, mais que l'indemnité devait être paj^e ^ux propriétaires lésés et ppn pas aux apquéreuf s nationaux ou aux détenteurs actuejs. Les victimes des conliscations, ajputa-t-il, sp sont d^pujs )o4g(^mps résignée? à ^ur softf \i^ plu§ gçand
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nombre appartient à l'opinion monatehique ; quelques paroles du roi suffiront pour calmer leur mécontenlement. •
Alexandre n'était pas convaincu. 11 lit de justes observations; alors le baron Louis s'écria avec sa briisqufric ordinaire: ■ Savez-vous ce qui arrivera ? Les acquéreurs se cacheront derrière les haies pour fusiller les propriétaires lorsque ces derniers viendront se réinstaller cheï, eux. Ce sera la guerre civile organisée. Les droits des anciens propriétaires m'importent fort peu ; ce que je rcdnuie avant tout, c'ist l'audace des nouveaux, » AUég^ié devant un prince jeté dans.ie moule de Napoléon, et ne cherL-hant point par des subterfuges ou par des attermoieuients i tourner les diQicultés, ce motif n'aurait pas sans doute paru très cogcluant. Avant toutes ces craintes, que I» situation des esprits rendait cliitnériques, il fallait faire passer la justice, et ne point consacrer par uue silencieuse lâcheté la plus grande des iniquités révolutionnaires. J.ouisXVIU ne se sentit pas ce cuurage. et l'empereur de Russie, qui craignit de compromettre sa populrité ou la tranquillité publique , n'inftfsta plus.
Au point de vue politique et moral ce fut une erreur dangereuse. On laissait à des ennemis Il focluoe • ^ui tôt OP tud , daas le^ gou-
rîfto >'*■' "BMTOIBB
vernements constitutionnels siirtout, donne !a puissance; et comme par des dispositions législatives on n'avouait pas assez franchement cette consécration du grand larcin national ; comme, d'un autre côté, les spoliés ne cachaient pas leurs espérances, cette question, que d'une manière ou d'une autre il était urgent de vider, se tint toujours suspendue sur la tête des Bourbons, Elle n'avait d'abord enfanté que des défiances dont, dans la première ivresse de la restauration, il était bien facile d'étouffer le germe; phis tard elle produisit des haines TÏvaces. C« haines, exploitées par la crédulité populaire ou par l'ambition des classes bourgeoises, amenéerent la révolution de juillet.
Telles furent les conditions de cette paix dfe Paris, conditions onéreuses sans doute, mais que les Bourbons, avec leur neutralité bien démontrée , avec le principe de conservation légitime qu'ils remettaient en vigueur, pouvaient seuls faire accepter, sauf à en diminuer plus tard le fardeau et la honte. Les puissances alliées, par une dernière disposition, fixaient hd délai de deux mois, afin d'envoyer au congre* de Vienne des plénipotentiaires chargés de régler définitivement toutes les affaires que M. deTalleyrand avait laissé au temps le soin de mûrir.
Le congrès de "Vienne fut interrompu parjj
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retour de Napoléon. Les népocisteiirs français avaient déjà obtenu bien des concession^;, lorsque le aoraars i8i5 vint tout remettre de nouveau au sort des armes. La question fut vidée «ne seconde fois. Nous avons déjà vu quels sentiments de vengeance et d'hostilité patente animaient les diplomates et les généraux que la ■guerre ramenait dans Paris.
Il reste à dire quels sacrifices on imposa à la "France, et de quelle manière ces sacrifices furent débattus ou consentis par le duc de Riche- .îieu et par ses agents.
Le duc de Richelieu était encore presque Jeune. Une figure agréable avec la vue basse, une tête haute, une causerie ne procédant que par i^e petites phrases souvent ricaneuses, formaient 'url mélange d'affabilité, de bonnes manières et de fatuité qui tranchait fortement sur cette nou- Telle société sérieuse ou militaire élevée parNa- ;j)oléon dans les merveilleuses discussions de son 'conseil d'état ou au milieu des gloires de ses bivouacs. A ces avantages de l'élégance et de la grâce, le duc de Richelieu s'irritait de ne pou- ,*Toir ajouter le don de l'éloquence, qui dans un .'tomme parlementaire n'a jamais été moins prononcé. Cette insuffisance lui donnait un air emprunté dans les assemblées ; mais au milieu ajeses salons ce n'était plus le même homme.
Là il aimait à red«venir grand seigneur, i ne
s'occuper que le moins pi)s.<^ible d'affaires, *l $OL]veat on l'entendait se plaindre, ^v&g une coquetterie qui trahi-^sait bien l'écote du m^é- «hal soQ aïeul, des galantes poursuites d'une Vite çouroiinée, vivant alors à Paris dans ua tittU- ]fa[ent incognito.
Toujours entouré de longues pipes, jouaot sai^s, cesse ai^ec son maki, dont la geatilli:sse gtdigée déCcayait la conreraatioa de ses flatteur^ ou de ses parasiter , M. de Richelisif s'occupait plus volontiers des femmes que de U politique. Esprit léger par habitude, par calcul pii,^(ir distcaciion, bomme élégant, n'ayant rLt;fi d<; sérieux, pas même le courage dunt au sié^ 4']sinaïluiï il avztit donné des preiives si éclat^yites, il personniûait toutes les qualités et tous les défauts de l'ancien ré{;ime; mais aussitôt c^Ite les ambassadeurs de Russie et d'Angleterre se présentaient dans sou salon, les causeries ce&r aaitnt. M. de Kickelieu prenait un ^ air plus grave; il se retirait avec eux dans l'embr^suiie d'uoe croi^^ée, piis à la place de notes diploi^^ tiques on n'échangeait que la chronique des coulisses de l'Opéra dont sir Charles Stuart se faisait l'indiscret messager.
M. de Richelieu s'annonçait comme o'ayaat aucune ambition. Cependant il ne pouvùt 9fi
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GOBtenter que de la présidence du conseil, à laquelle la nature de son caractère et les délicatesses de son amour-propre le rendaient peu apte dans les circonstances. Avec des intentions pkines de loyauté et de patriotisme > mais mal engagé, mal conseillé et, comme tous ceux qui, ne se sentant pas la force de s'imposer, aspir^gt aux faciles honneurs de la popularité, pour se tBoinper eux-même^ sur leur valeur, ce ministre devait à son insu préparer à sa patrie des calajoiités très prochaines*
Lorsque le prince de Talleycand s'entretenait de son successeur, il en parlait sans colère*
« M. de Richelieu, répétait-il souvent, est en- Qemi du mal, mais incapable de faire le bien. Je n'ai jam^ais pu lui fa ire^ comprendre qu'il faut toujours déclarer la guerre aux partis, mais que Ton ne réussit qu'en se mettant à la tête de l'un d'eux : il préfère être le plastron contre lequel on viendra heurter. Ce n'est pas une tête politique »
Le nouveau président du conseil arrivait aux affaires poussé par l'influence de la Russie. Pendant longtemps gouverneur de la Crimée, il avait laissé à Odessa d'heureux souvenirs de sa bienveillante gCvStion. L'empereur Alexandre lui témoignait une affectueuse confiance; cependant il ne le présentait point à Louis X\III
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comme un homme d'état capable de diriger les alTaires dans un pays où tant d'orateurs habiles devaient encore y prendre part et entrer en discussion avec le ministère. M. de Richelieu, selon le czar, était trèspropreà exercerle pouvoir chez un peuple où l'autorité agît sans coQtiôte; mais en face d'assemblées délibérantes qui devaient voir s'agiter à leur tribune les plus importantes questions, sa timidité naturelle, disait Alexandre aBaiblirait encore le peu de ressources parlera entairea qu'il trouverait dans 8(Hl esprit.
Alexandre pourtant laissait agir ses conseillers. On a dit, il a même été plus d'une fois écrit que ce souverain avait, en faveur de l'entrée de M. de Richelieu au ministère, dîmÎDué de cent millions l'impAt de guerre fixé par les alliés. Nous ne voyons aucune trace de cet abandon, et il nous est impossible de savoir d'où l'on peut le faire résulter. Le président du conseil crut lui-même avoir obtenu cet allégement sur les sommes exigées du cabinet Talleyrand; mais il fut détrompé lorsque plus tard il apprit que II' frésor avait déjà payé un à-compte de quatre-vingt-six millions que les alliées n'imputaient pas sur leurs nouvelles demandes d'argent.
Ce qu'il y eut de plus heureux dans 1
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wment de M. de Richelieu, c'est qu'il servit cODtre - poids à l'influence anglaise à la- [uelle M. de Talleyrand sacriliaît beaucoup pop; mais comme si l'appui de la Russie ne |p£&sait pas pour créer un rainistère,deux par- , toujours en opposition l'un à l'autre, touars hostiles, l'appelèrent également de leur» ïux et le secondèrent par leurs démarches.
Le premier de ces partis, composé des gens . cour, était peu exercé au maniement des ffaires, sans expérience, mais actif pour l'inrigue , plein d'avidité et d'ambition. 11 dési- |hit à la tête du gouvernement ce qu'on appelait agueinent un grand seigneur; oubliant dana es rêves que k niveau révolutionnaire, après ivoir égalisé toutes les conditions, ne laissait [ue des individualités. Si l'on en excepte ps ducs Matthieu de Montmorency, de Fitziames et de Lévis, M. de AicheUeu, même avec les connaissances superficielles, était fort su- >&ieur à tous les courtisans qui le portaient Kmme l'expression de leur choix.
11 ne connaissait pas la France révolutloa- BÎre; il n'avait même jamais pu la connaitre. ussi avait-il frayeur de tous ces noms que la ' ibune des assemblées législatives , la gloire de»' armes ou le conseil de Napoléon venait d-: ré-' irélei au pays. Mais il parait qu'il entrait dans
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la politique des courtisans aîiisî que dans <?elfe des rois Louis XVllI et Charles X de n'accorder leur confiance qu'à des minisires qui, après avoir été élevés à Tétranger, s'étaient tenus à l'écart de l'immense mouvement opéré dâi»
les esprits depuis 1793.
Louis XVllI en 18 14 avait pris pour «oA favori, pour sa tête de cabinet, le comte de Blacas; en i8i5 le duc de Richelieu, avec des opinions moins tranchées et des formes moins hautaines, était encore le résultat de cette même pensée. En 182c), le prince de Pô* lignac la personnifia bien tristement pour b monarchie, qne les six années du n.înîstère Villèle avaient ccnduite par la route parlementaire au bord du précipice.
Ces quatre ministres, tous royalistes^ mais à des nuances différentes, maisavecdes caractères, des alliances et des passions sans affinité, étaient pourtant tous quatre des émigrés. Ils n'avaient pas pu étudier à leur source les entraineracûts révolutionnaires et les avantages qu'il éialt si facile d'en tirer en intimidant les incorrigibles, en refaisant un appui des esprits forts et drofts. Louis XVlll avait nommé M. de Blacas. Les courtisans donnèrent la présidence du conseil à M. de Richelieu.
A cAté d'eux, et trataillant dans li même b^is^
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M révélait alors ûli Sf^côhd pàlrti totnpbèé tlté débris de rassemblée éott«tîtuantè,de eèè idéologues si souvent, si justetâëcit dédâigtlés |)âr Napoléon 5 et qui s'étaient épîh d'uh athotii^ platonique pour les constitutions libérales.
A l'origine de la révolution, W- deftichëlieu, MUS le titre de Gotnte de Cfainon ^ è'était ëugà^é dans la fausse toie que suivait soti père, le duë de Fronsaci C'était une garantie pôUf la futufè école doctrinaire. Ses adej^teâ gî^andirëllt doâc outre mesure le nouveau président du conseil, afin de s'élever sous sâ tutelle et de doininéf à l'otubre de son nonié
ilïé de Richelieu arrita au pouvoir avec la pensée unique de s'éloigner autant que posf^ible et tous les errements du prince de Tallejrand. Cette pi nsée pouvait avoir son bon côté; mais pour la mettre à exécution il fallait^ ainsi q[UéM» dé Talleyrand^ connaître à fond le secret des paHis et des cabinets, ne jadiais^e pëfdre dans dé nua-^ {fetises théories» et rester toujours itiàitrè de là sHaatioU. 11 fallait par d'adroites coff biuai^ons tavoif user la patience dea autres sans Jamais fatiguer la sienne. C'était le grand art, le seul mérite de son prédéce.^seur ) M. dé Richelieu Hé aut pas , à défaut de génie , user de cé$ ^atagèmes diplomatiques.
L'ailcieo pt édideftt du conseil dVait essayé de
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dissoudre la coalition, en mettant en opposition les intérêts si divisés des puissances. Le temps, les volontés humaines ou la force des événements étaient venus donner tort à son système. Le duc de Richelieu, dont la probité était aussi incontestable que l'incapacité relative, et ma n'apportait dans ces gigantesques affaires qu'un» modération dégénérant en incertitudes perpituelles, s'efforça de conduire au pas de course un traité dont le prince de Talleyrand avait cherché à discuter toutes les clauses.
Il entrait ainsi complètement dans les rues du roi et dans les intentions des souverains alliés. Le roi croyait quepourlui il y auraitbénéfice à céder immédiatement sur les points les plus litigieux. Il brûlait du désir d'affranchir lé royaume de cettearmée qui le dévorait ; ilaspirait surtout à être maître chez lui, àprendre la direction des esprits , pour laquelle il s'avouait une vocation que le temps n'a point confirmée. Mais Louis S VIII et son nouveau ministre n'avaient pas calculé que, par d^autres motifs, les puissances de l'Europe devaient s'associer au même désir, et que par conséquent il fallait profiter de la circonstance pour ne pas trop précipiter des négociations qui lijiient la monarchie en ruinant k pays.
Ce n'étaU pa? euelfet sans un pressCntiU
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mêlé de justes craintes que les atliés voyaient leurs états-majors livrés à Paris et dans les pra-i TÎnces à cet intatiable besoin de plaisirs, à ce hixe effréné qui commençait par la table pour ftller s'entretenir dans les maisons de jeu , et qui mettait leurs généraux ainsi que leurs soldata a contact avec la population française. Les auverains redoutaient pour la discipline de surs troupes cette civilisation des sociétés trop vancces, civilisation dont les résultats brillants 'appaient si vivement l'imagination enthoujistej paresseuse ou à demi-barbare de leurs ildats.
Chaque ville française avec son bien-être et^ 1 i liberté, était pour ces nouveaux AnnibaL, I DDc Capoue dont les séductioQs devenaient ic- < résistibles. Ils sentaient que la comparaison nCi ouvait être que défavorable aux pays soumis à, lur pouvoir et subissant eux-mêmes ce vertige j f ils ne voulaient pas y exposer les autres. .
Déplus graves considérations tenaient en éveil t les prévoyantes alarmes des chefs de l'Europe. An . milieu de l'elîervescence des partis et de ce la-.' byriothe inextricable de passions contraires agi^i tant ta France, était-il donc impossible quQ.f4 ces étrangers, pour qui tout était spectacle^ nouveauté ou sujet à entraînement, se laissas-^. s«Qt gagner par cette iièvie du liberté dont <
elMrehaft k leur faire apprécier les ebatiMI trofB|icun? Ne deraient-ils pas s'initier peu ft peu à ces ébluuissaaies tbéuriei de con&thlH tioD qui. séduisant U raison la plus prévenue contre elles, avaient en i8i4 exercé nn ti merveilleuT prestige sur l'empereur Alexandre tui-meme? Ce qui était arrivé à uo dépusitaiie de l'autorité absolue ne pouvait-il donc pat ae renouveler dans des masses qui avaient un i»* térét biea nioins direct à la coDservaiioa dn {mocipes roonarcbiques et traditionnels ?
N'était'il pas à craindre qu'après avoir vainrâ la France révolutionnaire, les armées coalisëM se vissent vaincues à leur tour par cette méttie révolution? La propagande des idées d'afTraïF chissement était ardente, le rhoc des paroles vides de sens, mais par cela même si libraalu au cŒiirde l;i multitude, retentissait dans toBi les lieux publics. On ; parlait de fraternité uni* verselle, d'émancipation sociale, de liberté iQdéfinie. Dans les conciliabules où l'on entraînait les jeunes étudiants de l'Allemagne à l'ima(;>aatîim exaltée, aux rêves pleins d'une candids tendresse pour tous les systèmes subrentfl qu'ils adoptaient comme uo progrès vers it chimériques idéalités, on posait d'étrangei questions contre la société; on résolvait d'insolubles problèmes contre les monarchies; oofl*
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connaît à la rébellîrm; on appelait à la gloit^ mtellectuelle ou au martyre J on invoquait éeH espérances décevantes en favenr du désordre.
Ces idées, dont le développement ne nuisait ]plus à la France, puisque le germé en était dé-^ posé dans la charte, se présentaient àùt étrtfto^ gers avec une puissance d'attraction doiit M. de Metternich, le diplomate stationnaire, d'inquié^ tait avec un Visible effroi.
Pour les Français cette gangrène communiquée aux nations victorieuses était une revanche d'abord, un moyen ensuite d'affaiblir par la révolution même l'appui que les armées alliées avaient donné aux idées monarchiques. Mais pour les Anglais, qui servaient si activement soti^ main la diffusion des principes constitu-^ tionnels et qui entraient de si bonne grâce par leurs wi{!:h8 dans tout complot tendant à ébranler les trônes, c'était un calcul où la liberté se trouvait^ comme dans tons les calculs de là Ckande'^Bretagne, avoir beaucoup moins de part ^e l'avantage mercantile. La corruption procé*dait donc par degré; elle s'infiltrait dans les jiieuplés du nord tantôt sous la voluptueuse en* Teloppe d'une civilisation qui dégénère, tantôt 50US la patriotique amoree d'une impossibilité métaphysique.
Soumiâ à <le double contact, s'enifràBi \é
même jour de plaisirs faciles, de songes éoris et de ces mystérieuses conférences qui, entre deux orgies, les préparaient aux insurrections, ou jetaient dans leurs têtes des ferments de désobéissance, les alliés commençaient déjà à ressentir un funeste contre-coup de leur séjour on France. Un instinct secret disait à leurs chefs de ne pas le prolonger davantage sous peine d'emporter dans leurs paisibles contrées une cause toujours renaissante de lemotds ou de troubles. Les uns voulaient s'y soustraire sans retard ; les autres, plus préoccupés de leur fortune que du malaise moral dont ils ne comprenaient pas l'effet, ne pouvaient pas si vite renoncer à la rançon qu'ils s'étaient promis d'arracher à la France; mais chei tous, il y avait embarras, mécompte, et surtout flagrante inquiétude.
Un ministre habilement audacieux et qui aurait compris sa position devait, dans une semblable occurence, grossir même le mal qui se taisait, et pour dessiller les yeux des souverains, révéler à leurs plénipotentiaires la fatale iofluence qui travaillait les coalisés. Il fallait se faire une arme de toutes les intelligences libérales galvanisant des esprits simples ou enthousiastes, les préparant à la révolte etles appelant à l'initiation du droit populaire. Il fallait ïuod-
Jlait ïDon^^
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-.faer ces intelligences qui, après sToir été vaincues par la force , s'insurgeaient contre cette xoême force et l'annihilaient au profit de leur défaite. M. de Richelieu ne conçut pas ce iplan, qui n'aurait point échappé au grand mi- , lifltre dont il était le petit-neveu.
Il ne vit pas qu'en faisant peur de la France* ftévolutîonnaire à l'Europe bivouaquant dans' I nos campagnes, il actÎTaît le départ des souvé-^'l rains et obtenait de meilleures conditions de ' 'paix. Les puissances connaissaient le fond de fît pensée des Tuileries ; elles savaient que ' 'Louis XTIII voulait à tout prix en finir avec 'nne position si exceptionnelle, et qu'il tenait''! 'surtout à être roi sans avoir à subir d'observa- *\ ^ons mal sonnantes à son oreille royale de la * liart d'un général ennemi ou d'un ministre ' ^Étranger. Elles laissèrent donc marcher les'' "ehoses avec la promptitude exigée parla France, promptitude qui entrait admirablement dans ' leurs vues morales et qui ne nuisait en rien à leurs prétentions pécuniaires.
Au nom des alliés, les ministres des quatre ' %our9 demandaient que leur ultimatum du 16 '' septembre fut accepté comme base du traité à' % intervenir. Afin de sanctionner parmi eux la paî* I intérieure que les ruses de M. de Talteyrand ' avaient essayé de troubler, trois souverains signe-