‹ Histoire des traités de 1815, et de leur exécution, publiée sur les documents officiels et inédits;Chapitre 6 sur 13 · in^mi · texte numérisé non relu

in^mi

sent, le 36 septembre 18 1 5, un acte pai* leqne) 3$ »e déclaraient à tout jamais uni» dans la même frateroité. Cet acte dont l'histoire contemporaine a fait tant de bruit et qui, par le vague même 4e sa mystique rédaction, semblait autoriaer tmites les feintes terreurs des révolutionnaires et des Bonapartistes se transformant tout à coup en politiques sagement constitutionnels, cet acte révélait un besoin de rapprochement^ un sealiment d'unité entre les peuples.

La Sainte- Alliance des p«inces et des notions , rêvée par Tilluminisme de madame 4e Krudner, et développée à Tempereur AlexaAdte par lutopiste Berga^^se, était dans son origine l'application de la perfectibilité indéfinie à la société chrétienne que Ton constituait su* Bn nouveau droit public. Pour introniser le règne de la paix et du bonheur universel, elle devait confondre dans une foi commune encore ia44" terminée les diverses sectes religieuses d'Europt. Madame Krudner, toute puissante sur Timagination si mobile d'Alexandre, s'était emparé de ses généreuses folies, d'un remords peutrêtre, et elle poussait cet esprit tour à tour ardept» ffi gabond ou réactionnaire dans une v^ie qui inquiétait les hommes sérieux et positifs. ^,

Le ai6 septembre, la déclar^ion. de la Sainte-

DES TBlITiS DB l8l5. 1^

Alliance (i) était signée à Paris. MM. de Metter- ■nich et d'Hardenberg n'y yTaient vu qu'un saint eaprice du (-/.ar. Sans yattachertrop d'importance fis en avaient présenté l'acte à la signature de l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse. Au r»oi« de décembre i8i5, )e roi de France , les rois deSardaigne, des Pays-Bas, de Suède, et Wurtemberg, de Saxe et di; Danemark y lyaat adhéré, et l'Angleterre refusant sous prétexte que ses mœurs parlen:ientaires s'atcom- Moderaient mat de rette alliance dont on ne déterminait pas la portée précise, la déclaration suivante eut force de loi.

i Au nom de la tiès sainte et indivisible Trî-

m. «.LL. MM. l'empereur d'Autriche, le roi de Frusse et l'empereur de Russie , par suite des ^grands événements qui ent signalé en Europe le «ouïs des trois dernières années, et principalement de» bienfaits qu'il a plu à la divine Pro?i-

(1) L'acte <)e la Salnle- Alliance, comme lontes les Iransacllona de celle Époque, esl ëcril en laosue Iraotalae, sans tirer 'A eoDséqaence. porle un de ces IraHés. C"élail la seule qui, |l»r MH uniTarsalllé el par sa précision, pouvait éire comprise de cbacuQ Çesl à peu prés (uul ce i)u'll j eal de français dans ces néguciallons. Les puissances falsnienl des efforts taoatt pour M souslralfe â noire ]iil1ucnce, et elles la su- IMlMlea. parloHt, rabw «a «Mlqttuil leur lanfae lutwneUe.

jrMnemeflkefit, que ks jaét<|iitt ^ cette icli- P0m Miote , fvéci^lcs de JBitic«« ée ckMiië d de paix^ qsi, loin d'éUe nniqaemcnt H j plkiliirf a ia fie pmée, doivoit an eootnke inlBer dîreeUmeDl sur les iqoiiilMim des pnoees et g»

der toales ieois démaiclics, coBimeclaiit kied mof eo de coosolidcr ks iostitiitioiis hmiuiinfi et de CMïtribaer i leur perfectkMmcincnt.

« £o eoDséqaeoce , leim majestés sont ceo- TeDots des articles suif ants :

• 1* Confofmémeiit aux paroles des Sainlef Ecritures, qui ordoîment i tous les hommes de se regarder comme frères , les trois monarques c^in \ ractants demeureront unis par les liens d'une fraternité ? éritable et indiss<duMe ; se eonsidé-

DES TR&ITÏiS HE iSl.^. I77

tant comme compatriotes, Us se prêteront en toute occasion et en tous lieux assistance, aide At secours ; se regardant, envers leurs sujets et armées, comme pères de famille, ils les dirigeront dans le même esprit de fraternité dont ils •ont animés pour protéger la religion, la paix et la justice.

< 2° En conséquence, le seul principe en tI- ^ueur, soit entre lesdits gouvernements, soit CDtre leurs sujets, sera celui de se rendre réciproquement service; de se témoigner, par une bienveillance inaltérable, l'affection mutuelle dont ils doivent être animés ; de ne se considérer que comme membres d'une même nation chrétienne, les trois princes alliés ne s'envisageant eux-mêmes que comme délégués de la Providence pour gouverner trois branches d'une même famille, savoir, l'Autriche, la Prusse et la Hussie ; confessant ainsi que la nation chrétienne, dont eux et leurs peuples font partie, n'a réellement d'autre souverain que celui à qui seul appartient en propriété la puissance, parcequ'en lui seul se trouvent tous les trésors de l'amour, de la science et de la sagesse infinie, c'est à dire Dieu, notre divin Sauveur Jésus- Christ, le Verbe du Très-Haut, la Parole de vie. Leurs majestés recommandent en conséquence avec la plus tendre sollicitude à leurs peuples,

1 78 HISTOIRB

comme unique moyen de jouir de cette paix qnî naît de la bonne conscietite, et qui seule est durable, de se fortifier chaque jour davantagce dans les principes et lexercice des devoirs que le divin Sauveur a enseignés aux hommes.

« 3* Toutes les puissances qui voudront solennellement avouer les principes sacrés qui ont dicté le présent acte, et reconnaîtront combien il est important au bonheur des nations, trop lonjrtemps agitées, que Ces vérités exercent désormais sur les destinées humaines toute Tinfluence qui leur appartient , seront reçues arec autant d empressement que d'affection dans cette sainte alliance.

« Fait triple et signé à Paris Tan de grâce 181 5, le ^ septembre.

« Signé François , FRÉDiRic-GuiiiAUMK, Alexandre. »

Ce langage, si en dehors des traditions diplomatiques, si peu intelligible dans ses mystiques élans, était plutôt un sermon humanitaire qu'une déclaration politique. La charité chrétienne paraisssait être son principe et son but ; mais au nom d'an pacte de justice et de fraternité on accablsit dans le même moment la France entière deschar^

BBS rKAl'si^k 9B i8i5. 179

ges les plus bwmUiajates. La Sainte-Alliance avait sans contredit pour idée mère Tintime union de rEur(»pe contre le royaume desaint Louis, devenu le quartier-général de la démagogie. Ce n'était pourtant que le traité de Chaumont si souvent fait et refait et à la fin traduit en style religieux. Elle consacrait la so^ lidarité des rois et des peuples se levant contre toute révolution, et lui opposant TEuropa, qui prenait parti contre tlU.

La Sainte-AlHîince ne procéda point par un égoï^me coupable; elle ne proclama pas la non intervention, ce tiiste chacun chez soi ^ chacun pour soi des sociétés tombées entre les mains des banquiers ou des avocats. L'inspiration qui l'avait dictée était née au souille d'une pensée monarchique. Elle faisait delà religion le point de départ de tous les actes diplomatiques; mais pour qu'il y eût unité dans les vues il fallait qu'il se trouvât unité dans les consciences : or Alexandre de Russie professait le culte grec, Franv'ois d'Autriche le culte catholique et Guillaume de Prusse était protestant.

Celte divergence dans les croyances devait en faire naître d'autres dans l'application. La Sainte- Alliance ne constitua jamais un droit politique, un droit avéré, mais par l'étrangeté de sa rédaction, par le nom même de Sainte-^Alliance que lui

tSô HIBTOIBK

imposa madame Krudner, ce traité devait faire naître bien des suppositions et susciter de graves embarras.

Après tant de secousses il était urgent de rassurer le monde ébranlé et de comprimer les passions que tant de guerres acharnées, que tant de débordements avaient souleTces. Peutêtre les princes si^ataires s etaient-its proposé ce but, mais pour l'atteindre avec succès ils ne (levaient pas confondre dans unemême exclusion la France révolutionnaire et la France monarchique. Les alliés ne supposaient pas aux royalistes de l'intérieur la puissance qu'ils avaient ea réa^ lité, puissance qui était incontestable dans 1m provinces ainsi qu'à Paris, dans la chambre de 1 8 1 5 comme dans les administrations renouvelées, et que le roi seul prenait plaisir à nier.

Le roi n'aimait pas ses amis. Esprit défiant et craintif, il avait peur des traîneurs de sabre de l'empire, hommes qui n'ont eu que le facile courage du champ de bataille, et, qui dans la vie politique et îivile, n'ont pas su même, par une honorable constance dans leurs ail'ections, maintenir Je respect dû à leur gloire miUtaire. Louis XVUl désirait avnnt tout rendre paisibles ses derniers jours et mourir sur un trône, si longtempH Tubjet de ses convoitises. On lui disait qu'en se livrant sans réserve aux inspi/ation

DES THAITÉS DJ! ]8li3. ]8l

royalistes il ne serait bientôt plus le maître d'imprimer sa direction aux affaires; oo lui répétait qu'ils l'entraineraient dans un système de réactions parlementaires dont les suites étaient incalculables; on lui montrait le précipice que la chambre de i8i5, organe des volontés du pays, aspirait à combler aussîtiM après sa convocation , qui du a4 septembre était ajournée au 7 octobre; ■on lui persuadait qu'il n'y avait de salut jpour 'la constitution dont il se croyait le père qu'en 0e rattachant aux opinions modérées, nées de Pexpérience des vingt-cinq dernières années. Il écoutait ces conseils, qui flattaient son amourpropre et perdaient sa dynastie; il se prêtait aux combinaisons que ces conseils indiquaient, et par ordre du roi on rejetait sur le second plan Je parti monarchique, le seul alors qui eût de lu popularité et de la vie.

En présence de tant de mauvais vouloir, ce parti se raidissait dans ses obstinations. On était ■exclusif contre lui ; il devînt exclusif contre les autres. On le menaçait dans son honneur, dans ses souvenirs de gloire ou de martyre, dans ses espérances de stabilité et de gouvernement. Il menaça à son tour; mais impuissant à révéler sa force contre de royales antipathies, mais 'accusé, calomnié par la bouche d'un Bourbon au tribunal de tous les souverains, il n'osa

î$9 Mttm

pas szcrider on roi an priacîpe. H rraf«nift de i^auTer par une salutaire leçon d^mnife à toutes les rorantës un trAne qui, en croulant une troisième fois, devait entrainer la France dans un abime de maux.

Il était ausâi difficile de ramener Louis XYIII à des idées moins préjudi'^iables à la sécurité de sa couronne que de lui faire concilier dans de justes proportions son devoir et les vœux si diamétralement oppi^és de ses sujets. Mais, au dessus de cette question personnelle, les royalistes devaient comprendre que dans un pareil conflit ils engageaient quelque chose de plus sacré même que la volimté d*un prince. Après avoir tant souffrt, il leur restait à jMrouTer qu'eux seuls pouvaient rassurer les intérêts moraux et matériels du pays. Louis XVllI toujours sur le trône, ils devaient marcher d'un pas ferme et respectueux à l'accomplîs'^ementde leur mission providentielle , et , par une attitude inébranlable, le forcer enfin à reconnaître son erreur.

Les royalistes n'eurent que durant peu de mois cette indépendance. Leurs chefs transigèrent tantôt avec Louis XVIU, taniôt avec ses minis* très ; ils espérèrent même qu'il serait possible aux largesses de la couronne de conquérir de besoi* gneuses fidélités, de mobiles conrictions que

DES TRAITÉS BB l8l5« |83

rhabitude du commandemejit et que la cupidité jetaient sur leur passage. Au risque de briser leur unité, ils acceptèreat ,avee reconnaissance de semblable» offres de service, et lorsque les alliés se demandaient : c Où sont donc les hommes vraiment monarchiques de France? »

Louis XYIll leur montrait ses favoris ou ses courtisans , puis il ajoutait : c J'ai bien encore mes aiais les ultra; mais avec ceux-là il n'y a rien de possible. »

Les souverains étrangers adoptèrent ce thème, que de perfides susceptibilités avaient imposé à la vanité constitutionnelle du roi. On en faisait up prince sans passion et cherchant à rallier autour de lui les têtes politiques qui avaient marqué dans tous les camps par une de ces timidités calciilé(S que les uns taxent de lâchetéambitieuse et les autres de sagesse. Louis XVIII affectait de ne pas croire à ce parti royaliste que venaient r*n forcer des généraux et des administrateurs de Tempire, hommes énergi jues ou habiles; il dédaignait d'avoir foi en lui. Les puissances coalisées le nièrent, mais pour donner une ombre de consistance à un prince qui, à peine de retour dans ses états, ne rencontrait d'appui que dans les ennemis de sa dynastie, ils jetèrent les bases de leur Sainte-Alliance.

Avec plus de confiance dans l'amour et dans

i84 •' Hisro*AE

]es lumières de tous ceux qui, à cette époque, se rangeaient franchement sous le drapeau blanc , et qui seuls étaient en position de régénérer le royaume, Louis XVIII aurait pu prévenir bien des malheurs. En restant dans son parti , — ce qu'un roi doit toujours faire^ sauf à tenter des conquêtes morales chez ses adversaires par la justice ou par l'oubli des injures lorsque le repentir le sollicite, — il aurait infailliblement obtenu de meilleures conditions au traité et constitué un grand centre national C'était offrir à l'Europe une garantie de tranquillité. Le roi recula devant ce devoir que sa naissance et le bonheur de son pays lui dictaient. Les alliés prirentleurs précautions en con« séquence.

DES TBAIT», J>fi l8ld. lAS

Ml^

Page 1