CHAPITRE VIII
Congrès d'Àlx-la-Chapelle.— Position de la cour et des partis. —Noie secrète. — Conspiration libérale en faveur da prince d'Orange. — Evacuation du territoire. —Emprunts pour acquitter le solde dû aux alliés. — Réflexions sur l'état financier du pays. — Compensations abandonnées par M. de Rlcbelleu. — La France reprend son rang parmi les puissances. — Projet des coalisés d'établir sur le sol des dotations en faveur de leurs généraux et de leurs ministres. — Ce projet n'a pas de suite. — Conclusion.
Dans la convention du 20 novembre 181 5 il était stipulé , article 5 :
« Le maximum de la durée de cette occupation militaire (il s'agit de l'occupation d'une partie des places fortes et frontières de France) est fixé à cinq ans. Elle peut finir avant ce terme si au bout de trois ans les souverains alliés , après avoir de concert et mûrement exa-
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miné la situation et les intérêts réciproques et les progrès que le rétablissement de Tordre et de la tranquillité aura faits en France, s'accordent à reconnaître que les motifs qui les portaient à cette mesure ont cessé d'exister. »
Les hautes puissances isigtiataires du traité de Chaumont avaient le même jour , 20 novembre 181 5, conclu une autre convention à laquelle le gouvernement de Louis XYIII ne fut pâS appelé à participer. Cette convention était basée sur le traité même de Chaumont dont elle ressuscitait les clauses principales; elle n*était que la confirmation de la sainte-alliance ^ et elle porte t
a Article 6. Pour assurer l'exécution du présent traité et consolider les rapports intimes qui uni(%dent aujourd'hui les quatre sou^er&itia pour le bonheur du monde, les liantes pattie« ^iMitractantes sont convenues de renouveler à des époques déterminées , soit êous k« ^u><^ijces immédiats des souverains, soit par leurs ministres respectifs, des réunions consacrées aux grands intérêts communs et à l'examen des mesutite^ qui, dans chacune de ce« époques, seroiU jugées les plus salutaires pour le repos ^t la pro-
DES TRA|T|b| IM^ l8l5. m
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^ Pri«a«€ adr^sa^fsnt am: pt^njpot^AJtljW^a d<« autres {^saappea m^ cixmlm^ où U^ traçS0$ J^s qt^^ati/^ps qi|i seront sofifPÎ^ea à la fat?li;i¥ 9Aa!^iQ|^)iée dipjbpiatique.
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nâG niSToiRii'
à l'art. 5 dudit traité, prendre en coQSÎdératloBÎ' de concert avec Sa Majesté Très Chrétienne, l'ctat intérieur de la France, et d'après cet antécédent décider si l'occupation militaire des pro- TÎncea frontières de ce royaume peut cesser ou bien si elle doit être continuée, mes collègues et moi nous avons reçu les ordres de nos cabinets respectifs de tous mettre à portée de faire connaître les motifs de cette réunion ; il n'existe aucun doute que l'article susmentionné ne réserve aux souverains alliés le droit exclusif de décider seuls l'importante question qui en est l'objet. Cependant Leurs Majestés Impériales et Royales, voulant éviter toute interprétation non fondée qui pourrait tendre à donner à leur réunion le caractère d'un congrès, et écarter eB même temps l'intervention d'autres princes ol cabinets dans les discussions dont la décision leur est expressément réservée, ont ordonné à la conférence de Paris de faire connaître, par l'organe des ministres et envoyés accrédités auprès des autres cours et états, la résoluiion qu'ils ont prise de décliner toute ouverture contraire qui pourrait leur être adressée à cet égard, et de n'admettre aucun plénipotentiaire qui serait envoyé au lieu destiné pour leur réunion.
1 En usant d'un droit qui leur est exclusÎTCnient réservé par le traité de i8i5, les
i5, les s«g|^
DBS TRAITAS OU i8i5. hby
rains alliés ne veulent nullement attirera eux les négociations entamées à Paris, Londres et Francfort, lesquelles doivent être terminées dans les lieux où ces conférences sont établies et sous Tintervention de toutes les parties qui, vu la nature des affaires , sont appelées à y prendre part. »
Cette circulaire était destinée à rassurer l'opinion publique dont les alarmes n'étaient pas sans fondement, et surtout à paralyser Tessor des demandes intempestives que les états secondaires se proposaient déjà de porter contre la France à la réunion des quatre cours. Il ne s'a- • gissait que de l'évacuation. Les souverains ne voulaient pas pour le moment s'occuper d'une autre affaire : celle-là était assez épineuse pour concentrer sur elle toutes leurs méditations.
Sous le poids de malheurs récents, le roi, les chambres législatives, le ministère et les partis avaient tous pris une position singulière. La discorde régnait au sein de la famille royale, dans les pouvoirs délibérants comme au milieu de toutes les subdivisions de parti qui, après avoir essayé de se classer, n'étaient encore parvenus qu'à produire une confusion déplorable. La politique de Louis XVIII, celle que le duc d'Angoulème croyait devoir afficher, Tattitudc pleine
SSS H
de réserve libérale et d'obséquieuse reconnaissance de Louis-Philippe, duc d'Orléans, trafaillant à refaire sa fortune et à ne mécontenter aucune opinion étaient en profond désaccord arec les principes et les hommes soutenus par le cbmte d'Artois et par le duc de Berri.
La cour se divisait, à l'exemple de la famille royale, suivant les intérêts, les passions, les espëtances ou les calculs de chacun.
IcfjSousrinspirationdeM. Decaies,déjà!êfiQnïstre favori, qui, avec sa caisse secrète, escomj»tait le dévouement rapace de certains grailifl! seigneurs , ob établissait une espèce de basciile politique. M. Decases achetait des amis, payait le Silfence de ses adversaires, et, en prodïgtlMit les faVeuTs, se créait dans la haute domesticité du château, datifi les vieux souvenirs de l'eiil ou dans des services d'antichambre, un appui qiiïl désignait sous la menteuse épitbètfe de coBstitutionnel.
Là, dans les chevaleresques élans du Parillm Watsaïi, on affectait un royalisme moins eoïtompo et moins corrupteur. Il y avait dans la petite cour réunie autour du comte d'Artois des hiimmc's éninfiiques, des cœurs qui se laissaient entraîner sans réflexion , qui parlaient hadt et qui ne savaient pas assex déguiser leurs pensées profondément contre-révolutionnaîtw.
DES TKAITÉS DE I 8 I 5. 35()
Lo^Hs XVIII était en méfiance, et il accusait son frère de l'opposition que les ullraT-mooarcliiques maûîfestaient contre ses tendances.
Louis XVIII s'était épris d'un amour platonique pour la charte de i8i4, dont il aimait à ('entendre appeler l'auguste auteur, et afin de inaintcDir ce régime, impossible avec les pisnion» contraircg qui le battaient en brèciie , il st- cram> ponnait Ti tous les noms sans valeur cétUe, à înute» les c'irconstacce.'t les plus indifférentes
AcAtédecettedlTision de la famille royal", il en naissait mille autres dans les campK rivaux. La chambre de i6i5, c^tte assemblée que le roi avait surnommée l'introuvable, ot qui pourtant était la seule possible, la seule que les collégesélectorauxpouvaient trouver au moiQËiit »ù ils relurent; cette chambre, qui n'eut que 1 ambition de bien taire sans rien stipuler pouj' elle-m^nir, avait été brisée par l'ordonnance eonspiratriee du 5 septembre 1816. M. Decnsei ne pouvait régner avec une pareille assemblée. M. Dtfcazes la frappa de dissolution ; mais eelt«- Convention blaoebe qui fit éclater un si vif amour de la patrie, fans partager aucune des sanglantes ou ridicules utopies de sa di'vanclère, avait réveillé dans les cœurs le sentiment monarchique. Avec elle les royalistes s'étaient fendu compte de leurs forces; Ils s'étaient pas-
ses en revue ; ils ne se disposaient plus A céda le terrain sans combat.
Les opinions étaient en présence, s'attaquant à la tribune, dans les élections et surtout dans la presse. La presse des deux camps était véhémente, acharnée; sa polémique éveillait les passions. D'uo côté ta Minerve, de l'autre U Conservateur soutenaient avec des talents inégaux une lutte horrible. La Minerve, en face des alliés bivouaquant sur notre terri toîreî appelait les peuples à la liberté en passant d'abord par l'anarchie. Oubliant l'asservissement de la France, elle portait en Allemagne et en Angleterre le germe de ses idées révolutionnaires. Toot en protestant de son violent désir de Toir< le royaume débarrassé de ses vainqueurs, elle semblait, par l'acrimonie de ses menaces ou par la franchise de ses vœiix démagogiques, s'appliquer à maintenir une occupation ruineuse. Il y avait de l'égarement ou du fanatisme dans ces têtes d'écrivains. Le jour de la délivrance allait briller, et ils célébraient l'insensé qui, dans la nuit du lo au 11 février 1818, tirait un coup de pistolet sur la voiture de lord Wellington.
Général des coalisés, c'était lui qui aux cooférences d'Aix-la-Chapelle devait rendre témoignage de la situation des choses. Un sous-o£E- L'ier de l'ancienne armée nomme Cantillon sîm
DES THAITÉS DE l8l5.
laquait à sa personne. Cet attentat fut-il un acte de déJire isolé, un complot on un rêve de police ? Ce n'est pas encore éclaîrci; mais ce que nous devons flétrir au nom de la société, c'est la joie'cruelle qui s'échappa de toutes les plumes et de ■ tous les cœurs révolutionnaires à la nouïelle d'ua • crime inutile. Le parti libéral eut l'audace d'en^l accepter la responsabilité, et Napoléon sur son'j lit de mort ne craignit pas d'offrir dans son tcs-^ja tament une prime de dix mille francs à ccluî-l qui en était accusé. On Ht en effet dans un des(l codiciles de Bonaparte :
« 5" Idem, (10,000) dix mille francs au sous-t officier Cantillon qui a essuyé un procès comme prévenu d'avoir voulu assassiner lord Welliog-'t ton, ce dont il a été déclaré innocent. ■
De la part d'un prince comme l'empereur, qui a porté à un si haut degré les instincts de monarchie et de moralité, ce legs est une aberration que peuvent seules atténuer les souffrances de l'exil et les douleurs de l'agonie; mais dans la bouche d'écrivains de sangfroid, d'écrivains qui par leurs discours engagent les partis, l'éloge de l'assassinat politique est toujours sans excuse. Lorsque , comme à celte époque , il peut entraîner la ruine de la
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patrie, il est coupable au premier chef. On eut cependant des louanges publiques à décerner à ce Cantillon, et au milieu de tous les désordres de rintellîgence, dont alors Tesprît public ne fut pas plus exempt qu'aujourd'hui, ce fait est sans aucun doute lé plus significatif.
L'opinion rérolutionnaire était bien actire dans ses haines, l'opinion royaliste à son tour ne montrait pas beaucoup plus de modératioo ou de justice dans sa polémique. La mollesse du ministère allant de l'un à l'autre sans pouroir prendre un point d'appui, llnertie des gens de bien, les coupables ardeurs des méchants, tout concourait à donner à leurs alarmes, toujours expansires , une importance qu^il ne fallait jamais leur accorder.
La Minerve provoquait sciemment au mal. Elle soufflait l'agitation dans les masses, dont la crédulité eut quelque chose de proverbialement stupide; mais le Conservateur 2iYec ses écrivains d'élite, avec ses Chateaubriand, ses Bonald, ses Lamennais , ses de Lalot , ses Fievée et tous les hommes politiques associés à sa rédaction , ne sut pas assez contenir ses justes colères. 11 n'osa pas mettre froidement à jiu les misérables prédicants de la liberté indéfinie , qui , la veille encore, dans le cabinet de police
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de Sarary ou dan? la censure de Fouché, frappaient la pensée d'interdit.
Comme si pour donner aux étrangers un triste aperçu de l'etTerveseeuce intérieure ces luttes sans fin et sans terme ne surtisaient pas encore , on vit dans les derniers mois qui précédèrent les conférences d'Aix-la-Chapelle surgir des notes plus ou moins secrètes , des documents individuels que chaque fraction départi adressait aux cours alliées.
Le pavillon Marsan, dans une pièce attribuée au baron deVitroUes, exprimait vivement des craintes fondées. Il montrait la France plus que jamais en proie à l'esprit d'anarchie, et il indiquait les remèdes qu'il fallait employer contre ce désordre.
Ces remèdes étaient-ils efficaces? o'avaîentils rien dans leur application qui froissât l'orgueil du pays? Nous ne le pensons pas.
En effrayant les puissances étrangères sur les dangers dont la société française était menacée on rendait ces mêmes puissances plus exigeantes ; l'n tâchant de leur persuader qu'elles ne devaient céder ni an vœu du roi ni à celui du ministère qui, interprète de l'opinion générale , demandait l'évacuation du territoire, on se présentait à l'Europe cnmme sans appui dans le royaume , comme sans courage même et sans
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espérance dans les luttes prochaines que Ton prévoyait : c'était fournir à son ennemi intérieur une arme formidable. Une fraction royaliste ne craignit pas les conséquences d'une pareille démarche. Cette fraction se rendit impopulaire par le fait même.. De ce jour-là elle se condamna à l'isolement.
Demander à l'étranger quioccupe vos frontières d'y séjourner plus longtemps qu'il ne Ta résolu, et le demander au nom du principe nionarchique, sera toujours une faute , car c'est gratuitement humilier sa patrie et se déclarer soi-même impuissant; mais cet aveu de l'irréflexion n'est qu'une faute ; peu de royalistes la commirent : le parti entier en porta la peine.
Pendant ce temps l'esprit révolutionnaire se livrait à des actes mille fois plus condamnables; il préparait un crime. Ce crime a été longtemps étouffé sous de banales déclamations. Après avoir reproché aux uns leurs erreurs , ne faut-il pas redire aux autres leurs rêves anti-français.
On a vu qu'après la bataille de Waterloo six plénipotentiaires choisis par les chambres législatives et par les pouvoirs publics de 181 5 s'étaient rendus auprès des généraux de l'armée coalisée, et qu'à Hagueneau MM. de Lafayette, Sébastiani, Pontécoulant , Delaforêt, d'Argenson et Benjamin-Constant abandonnaient aux
DES TRAITÉS DE l8l5. 3
alliés le droit de choisir le prince étranger qu'ils j sollicitaient pour régner sur la France. En i8i5 ] le parti libéral reprit ces déplorables errements : ] il les sui?it avec persévérance par ses chefs ou I par ses émissaires.
Il fatigua de ses cruelles dénonciations les rois et les ministres de l'Europe, ne cessant dé demander un monarque qui n'eût rien de français dans les veines ou dans le cœur. L'Europe résista à cette prière; mais bientôt les exilés qui n'étaient pas compris dans l'amnistie de 1816 se désignèrent un nouveau souverain en dehors même de la famille de Napoléon pour laquelle ils avaient si longtemps conspiré et qui ' en tenait plusieurs à ses gage?. On vit les réfugiés de Bruxelles organiser pour le prince d'Orange , maintenant roi de Hollande, la sourde conjuration que l'empereur Alexandre fit avorter en 1821.
Au moment où les conférences d'Aix-la-Chapelle allaient s'ouvrir, M. Teste . l'un des bannis de IHM. Pasquier et Decazes , rédigea, fous les inspirations de Carnot et de Sïèyes , un mémoire par lequel on proposait aux quatre cours de changer la forme du gouvernement , et de substituer à ia dynastie des Bourbons et à la branche d'Orléans une tige protestante de Nassau. Le roi Guillaume des Pays-lîas, le prince d'O-
range, son tils, se prêtaient à ce vceu cmfiVr' hle, et que la recunnaissaoce d'un accueil plus ou moins généreux ne devait janiaïs inspirejr à ies Fiaoçais même exilés.
Pour entretenir les bonnes inteotioOB de ces patriotes la maison de Nassau se montra pleipe d'égards en faveur des régicides et des e^éff dont Bruxelles devint le véritable champ d'asile. Les Nassau s'improvisèrent révulutionn aires j ib eurent des flatteries et une bienveillance toute particulière à prodiguer aux hommes qui pou?
spiraient pour eux.
Ils se ûreut eu Belgii^ue les ennemis ^ç ^ religion catholique et les adversaires dbe I4 mfip naxchie française , bien assurés de eaptei fiiw la conhancË et les sulTrages de^ patriotes itsm-r çais. Mais en ï6ùo, quand le tocsin de }»ii^ retentit, les proscrits de iâi5 ne sungèreat JlU famille des i'ays-Bas que pour lui taire expier sou hospilalilé, ils applaudirent à la dévolution de septembre.
La Belgique s'insurgea contre son roi^ qui, par ambition , s'était à son détriment ioiproviaé libéral et fait anti-cathuhque. O ti4 n'obtint pas la couronne des Bourbons, i^'oo lui avait si longtemps présentée comme uo 9^ pât décevant, et il perdit la plus beUe p«rtie j^t ses .éUU' .Ce fut Je «eul h^uit que f/stm
DES THÀITÈB DK l8l5. i^J
son de Nassau des conspirations tramées aoiu ■ sou égide el des louanges constitutioDoelles dont ' cUv se laissa cuivrer.
Quand les coa/éreneea d'Aix-la-Chapelle fuf rent indiquées telle était la position des partis , en France. A l'étranger, en Allemagne surtout,,, les esprits étaient fortement agités par les ré-J centes commotions : les peuples réclamaient le»! garanties qui leur avaient été promises pour les ^ lancer sur Napoléon. La Sain te- Alliance était ébranlée; des intérêts rivaux divisaient la Ausr. sic et l'Autriche; la Prusse disputait à cette derr nière puissance le protectorat de l'Alleoiagne, et en Angleterre le cabinet de lord Castlereagb' ', invoquait contre les principes anarcbiques Valie» biU, il suspendait VJiabeas corput.
Du ao au a5 septembre 1818 les comtes de, Nt:ssclrode et de Capo-d'Istria pour la Russie, lord Castlercagh et Je duc de Wellington pour la Grande-Bretagne, le princedeMetteroichasâiité du baron de Gents pour l'Autriche, Je prince de Hardenberg et le comte de Berostoriï pour la Prusse, le duc de Richelieu assisté du comte de fiayneval et du baron Mounier pour la France, arrivèrent i Aix-la-Chapdle. Les empereurs de Aussit: et d'Autriche et le roidePrusse suivirent de très près leurs plénipotentiaires. Les conférences s'ouvrireot le 3o septembre, sans céré-.
monial, sans étiquette, sans toutes les banftUtis de préséance qui d'ordinaire tiennent une si large place dans les réunions diplomatiques.
Chacun semblait pressé d'en finir pour se liïrer en sécurité de conscience aux fêtes et aux plaisirs qui attendaient les souferains et leurs ministres.
A Aix-la-Chapelle , dans cette antique ?ille de Charlemagne déjà célèbre par les deux traités de 1668 et de 1748,011 voyait afQuer tout ce qui en Europe avait un renom de naissance, de talent, de beauté ou de fortune. Les princes d'Allemagne, les ambassadeurs des puissances, la noblesse anglaise et celle de Russie y aTaieot de nombreux représentants.
Dès le 3 octobre il fut décidé en principe qo* l'évacuation du territoire français serait complète, entière, sans réserve. Mais ce ne fut que le 9 du même mois que le protocole d'évacuation se signa en un seul et même instrument comme au congrès de Vienne. Les trois premiers articlet sont ainsi conçus:
« Art. 1". Les troupes composant l'armée
d'occupation seront retirées du territoire fr»-
vais le 3o novembre prochain, ou plus tôt, a
faire se peut.
^ > Art. s. Les. places et forts que les susdite)
DBS TMITifi DS l8
troupea occupent seront remis aux commissaires nommés à cet effet par sa Majesté Très Chrétienne dans l'état où ils se trouraient au mo~ ment de l'occupation.
f Art. 3. La somme destinée à pourroir à la solde, l'équipement et l'habillement des troupes de l'armée d'occupation sera payée dans tous les cas jusqu'au 3o novembre sur le même pïed qu'elle l'a été depuis le 1" décembre 1817. ■
Ainsi les souverains alliés ne tenaient compte ni des notes tecrètes arrachées à un petit nombre de royalistes par une connaissance peut-être trop précise des machinations démocratiques, ni du plan dynastique que les réfugiés de Bruxelles soumettaient à l'Europe, au nom du libéralisme françaif ; ils se prêtaient de bonne grâce au vœu le plus cher de Louis XVIII, et, proclamons-le avec vérité, ce vœu tout national était aussi l'expression de leur pensée.
Nous avons dît avec quelle ténacité la révolution s'était efforcé de gangrener les troupes d'occupation ; les rapports du généralissime anglais étaient alarmants. L'esprit patriotique des soldats en garnison sur les départements frontières s'était affaibli au contact des passions libérales qui s'acharnaient à le corrompre. Pour ceux qui ont étudié la situation européenne à cette épo-
370 HUTOIlft
que, il est démontré )us<{u'à réyidcnce que les étrangers étaient aussi pressés de ra[^ler leur armée que la France de ^'eii voir débarrassée^
La contagion avait fait de rapides progrès dans SCS rangs; tout révélait une. tendance vers des idées de changem» nt , tendance que , par des moyens violents^on pousse vite au désordreeti ranarcbie;mais les soldats russes avaient le plus souffert de l'invasion démagogique. C'était même par des officiers de cette armée que les pamphlets imprimés en Belgique coaVre la société ou eontre le roi se distribuaient dans k:a popula* tions. Aussi à leur retour le czar laissa peu $é* journer dans sa capitale ou dans les grandes villes de son empire les officiers qui arrivaient de France. les régiments reçurent tous cks destinations plus ou moins éloignées du centre ; les chefs eux-mêmes se ressentirent de cette espèce de suspicion. Le général Orloff entre autres subit une disgrâce assez éclatante j l'empereur ne lui retira pas son grade, mais il lui doopa ordre de se rendre immédiatement à l'armée du Cau^» case.
Ces précautions, dont une politique habile aurait eu le pressentiment et qu'elle aurait pu mettre à profit, révélaient de longues terreurs. M. de lUchelieu ne s'en préoccupa point. Lord Wellington, entrant dans les vues« politiques de
DES TBAIfiB Hi l8l5. Zjl
honis XVIIl et dans les i0teqtîoo8 secrètes des puiMaocel, rendit au copgrès d'Aa*-la-CbapeUe uo témoigiiage satisfaisant des dispositions par cifiques du rpyaume. Sur sa parole les moear* ques alliés ^rent acte de générosité offi^cielle envers le roi, ^t Qa accardàreut ce qui ne pouyait plus être refusé pareu|[« s^l^il compromettra grar vaoïept h diaciplioe de leurs ti^pupes.
A Pfitte pouT^)i^,qW mfia ht rétablissait dans sop indàp^ï^AdimP ^m^^in^, ioDisXYiH, la figure ray(9^p»nte 4^ bonb^w ef d'orgw^ij»
adressa 41t. d^Hicheli^nupe d^ ces le ttref qu'il savait faire avec tmt de laboiieius^ ejQEusion :
€ J'^ asiiez vécu, disaitril à son plénipotentiaire, puisque }'ai vp la France libre et le drapeau français flotter sur topti^s Ijss villes françaises. »
C'était beaucoup sans doute pour le pays^ mais ce n'était pas assez pour les monarques ciliés. Il restait à régler les contributions de guerre. Ils s'étaient montrés faciles pour concéder la délivrance du territoire ; ils espéraient, et leur espoir ne fut pas déçu , que M. de Bicheljieu serait au moins aussi accommodant sur les chiffres qu'ils Tétaient, eux, sur le principe d'évacuation.
^7 s HISTOnm
L'armée de lord Wellington semblait être pour les coalisés une espèce de garnison mise dans un royaume afm d'accélérer le paiement de ses dettes ; cette armée de percepteurs se retirant, il devenait îndispeiQ sable de prendre de nouveaux arrangements : les ministres des quatre cours n'y manquèrent pas.
Sur les sept cents millions d'impôts de guerre que le traité du 20 novembre i8i5 avait laissés à la charge de la France il restait dû deux cent soixante-cinq millions, parcequ'on passa en décompte une somme de quinze millions pour diverses compensations, les seules que le trésor royal put obtenir.
Les maisons Hoppe et Baring, qui, comme celle des Bothscbild, avaient au congrès leurs représentants accrédités, reçurent des rentes, et elles s'engagèrent en échange à payer la somme due aux diverses puissances. La répartition de ce dernier impôt de guerre se ût ainsi :
Kussie 43 millions
Angleterre 48
Autriche ^o
Prusse 4*»
Pays-Bas aâ
Bavière 10
Puissances du second ordre 5^
MM. Hoppe el Baring devaient efFectuoi
DBS TBAiris DE l8l5. 3^5
solde en dix mois à partir du 6 janvier 1819 ju8qu'aa 8 juin 1820. A peine la convention étaitelle signée que ces banquiers déclarèrent qu'ils se voyaient hors d'état de négocier au prix convenu la totalité des rentes à eux cédées. Cette convention était du 9 octobre 18189 ^t, dès le 19 du même mois, le duc de Richelieu était forcé d'avouer à la conférence d'Aix-la-Chapelle que les nouvelles circonstances dans lesquelles se plaçait le royaume l'obligeaient à consentir à la résiliation d'une partie des engagements con tractés par les maisons floppe et Bariog.
Dans sa note officielle il attribuait la baisse des effets publics au projet formé par plusieurs états de retirer leur papier-monnaie et d'y substituer du numéraire, < ce qui, disait-il, avait diminué la circulation en France. •
On admit les motifs assignés par M. de Richelieu ; cependant les ministres des quatre cours et l'empereur de Russie ne lui cachèrent pas que la véritable cause de cette perturbation était plutôt politique que financière. Elle tenait évidemment au mauvais résultat des élections partielles dont chaque courrier apportait les nouvelles les plus alarmantes.
M. de Richelieu , qui avait fait quelque chose pour la révolution, et qui, à son insu , laissait M. Decazes en faire beaucoup plus , s'était, dans
3^4 irïBTâtil! *
les conférences préliminaires avec les mînisttW étrangers et dans les audiences que les soilTérilfiM lui accordaient, prononcé d'une manière très positive sur ces mêmes élections. II en garantissait l'esprit monarchique. Il prétendait que. malgré d'apparentes divisions intérieures , la France serait unanime pour protester de son amour en faveur de la légitimité t-t pour montrer à l'Europe qu'elle revenait à des idées plus saines.
Jamais jusqu'à ce jour mission plus importante n'avait été confiée à des électeurs amil de leur patrie, de son indépendance et de l'ordre par la liberté. L'opposition de gauche, quC 1n perfidies constitutionnelles de certains collèfoe* de M. de Richelieu poussaient dans les voïel extrêmes, déclina hautement cette mission de paix : on la vit aller chercher les noms les plus hostihs à la monarchie. Le 20 octobre iSiSle département de la Vendée, représenté par des acquéreurs de biens nationaux que la loi investissait du dioit électoral, faisait sortir Manuel df l'urne de ses scrutins. Le 26 octobre le Finistère lui conférait le même honneur, et ce jour U encore le général I.afayette était nommé député par le département de la Sarthe.
Ainsi trois collèges de l'Ouest, dont les l^fWi' latioDS sont toutes sincèrement
DES TR1ITÉ8 DE l8l5. 37S
arborsiient le drapeau de la révolution en face des alliés. Ces collèges donnaient un démenti cruel aux préfisfons de M. de Richelieu : il en fut partout à peu prts de itiéme. A Paris , MM. Benjamiù-Gonstam et Ternaux étaient atec des nuances différentes les candidats de la rtvoliition. Le premier obtint trois mille sept cent quarante-neuf voix , et le second trois mille huit ceût vingt-* neuf. Les royalistes s'étaient e£facés dàtis leur impuissance.
C'était là le seul motif qui avait amené le.-^ maisons Hoppe et Baring à la résiliation dont nous avons parlé : le» raisons alléguées par M» de Richelieu ne sont qu'un palliatif diplo^ matique. Aucune puissance européenne, aucun état dans les autres parties du monde n'avait 6dttepris d'opération qui nécessitât une accu* mulatioii de numéraire, car partout se créaient de ces établissements qui remplacent Viirgeût monnayé. Si telles eussentétélesvéritables causes de la détérioration des effets publies , les mai* Mûs de banque avec lesquelles le baron Mounier traitait sous le couvert du duc de Richelieu les auraient appréciés plus vite que le» gouvernements, puisque c'est par l'intermédiaire des banquiers que s'opèrent toujours de semblables mutations dans les sfgnês de circulation.
Alors la prospérité matérielle de la France
était telle que du mois de jariTier 1818 où hfiSr pour cent ne valaient que 64 fr. Soc, leurcom était monté au mois de septembre de la même aQDée à 79fr. Soc. Tout donc, excepté le lé* sultat si fatalemeot révolutionnaire des électioiUj devait faire croire à une continuation de prosp^ rite et à l'accroissement de la rente. MM. Hoppe et Baring n'avaient donc pas conclu une mauvaise affaire en se chargeant au taux moyen de 75 fr. 57 c. des rentes destinées à exécuter la convention d'Aix-la-Chapelle ; mais la dépréciation des valeurs de l'Etat fut encore plus rapide que leur élévation. Six semaines après le marché conclu par ces banquiers le cours était graduellement tombé à 63 fr. 5o c. : c'était une des premières calamités que les exagérations ]»• bérates, toujours à. côté de la raison, de la dlh goité et du bonheur de la France, firent pesa sur le royaume.
Devant des faits aussi patents que ceux-là on ne conçoit pas qu'un écrivain se qualifiant d'homme d'État ait pu, dans une Hiitoire dtU Restauration , dénaturer tous les événements , confondre à plaisir toutes les dates et bouleverser l'histoire contemporaine pour la glorification d'une coleric. M. Capeliguc , qui lA* clame ertlin contre le transparent incognito d'un homme d'état que jusqu'à présent personne
DES TB&ITÉS SE t8l-5. ^77
Tait eu le courage de lui disputer, M. Capeiigue, dans son pamphlet doctrinaire en dix volumes, a dît en parlant de cette résiliation que, par une confusion inexplicable, it fait remonter aux conventions financières des lo février 1817 et ii mars de la même année :
■ Avec sa probité scrupuleuse il (le duc de Kichelieu] avait hautement déclaré à MM. Gorvetto et Decazes que les ministres devaient se réunir pour payer la différence sur leurs biens personnels. Ce fut dans cette circonstance que M. Decazes prit le parti d'écrire à M. Baring pour lui exposer la situation embarrassante du ministère vis-à-vis des chambres ; il lui déclara avec franchise que l'état n'avait pas besoio de négocier toutes les rentes comprises dans les traités; que l'opération pour toute la partie excédante étant fort onéreuse à l'état, le ministère se trouvait exposé à une dangereuse responsabilité. M. Baring, auprès duquel M. Decazes avait envoyé son neveu, répondit qu'il allait en écrire à ses associés; et quelques jours après, avec un désintéressement bien rare, M. Baring consentît à annuler l'opération pour la partie de rentes excédantes. ■
Dans ce cha[|itre et dans les piécédeots dou«
878 mstoiHB
venoûs d'expliquer les faits tels qu'ils se passèrent. C'est, nous le savons, de lliistoire uû peu moins partiale èi plus yéridique que ceUe commandée à M. Càpefigue , et que cet écrivain
exécute sans réflexion, sans travail préparatoire;
mais ce que nous avançons est appuyé sur des documents irréfragables. Gomme on peut s'en convaincre par le récit des négociations, ce ne fut point à la sollicitation de M. Decazes que MM. Boppe et Baring consentirent à remettre au trésor six millions six ceùt quinze mille francs de rente représentant les capitaux que ces maisons devaient payer aux étrangers à la décharge de la France. En général leà banquiers n'ont pas le cœur facile à attendrir sur les malheurs publics ; ils sont à peine patriotes lorsque leur intérêt est en jeu. Qu'on juge de ce qu'ift doivent éprouver en faveur des autres royaumes, dont ils ne s'occupent que pour les pressurer.
JJhomme d'état qui a cru écrire YHUtoite de la Restauration a donc tout ignoré ou n'a rien Toulu comprendre.
En échange de la rétrocession de MM. Hoppe et Baring, rétrocession quîls firent pour l'emprunt d'Aix-la-Chapelle, et non pas pour ceux de 1817, qui furent négociés sans obstacles, et par bonheur sans concessions de leur part, la France remit aux alliés des bous portant intérêt
pB8 TR&tttS !bB l8l5. S79
à 5 pour teût. Ceè bons étaient payables ]o\ii par jour à dater dû i** juîti ïSaojusqu^au i^^mars 182I i maid si MM. Hoppe et Baring eussent été habitués autant qu'oh Test de nos jours à ces yastes tiégotfations, ils ne st seraient pas défait si facilement de leurs rebtes. La raison en est évidelite par les chiffres. Bientôt en effet le» rentes atteignirent , elles dépassèrent mêïiie le taux auquel ils led avaieût soumissionnées, et la banque de FVattce s'estima trop heureuse d'a- Toir pu se isubstitUer à leur lieu et place.
La banque dei Firancé se chargea du paiement des cent miUîoiis de bons du trésor contre le dépôt de titres à soixante-quinze francs. Elle continua cette opération jusqu'en iSaS. L'opération s'éleva d'abord à cent millions à l'escompte de 5 pour cent ; plus tard on la réduisît à soixante millions sous l'escompte de 4 pour cent. Chaque année les ressources du pays augmentèrent.
L'impôt rentrait sans difficultés ; la contribution foncière et les trois autres contributions directes avaient pourtant été notablement dégrevées ; car en 1818 le àoulàg^ment fut de treize millions, en 1819 de vingt millions six cent mille francs, en i8âi , de vingt-sept millions trois cent cinquante mille francs. Les années suivantes des dégi^vem^nts non moins considérables furent
accordés; ea définitive ils étaient de quà^- . vingt-douze millions à la fin de 1827.
Ces réductions sur les contributions dîrectei étaient largement compensées par l'augmentation des impôts sur les consommations. L»
négociants se plaignaient sans doute de ne pas voir leurs bénéfices progresser. Leurs àa^ léances, fondées par rapport aux individus, étaient démenties par les faits , lorsqu'on généralise la question et iju'on l'envisage d'un poiat de vue moins étroit. Le nombre des négociants et patentables s'accroissait chaque jonri leurs profils, qui autrefois se répartîssaient entre un plus petit nombre, ne devaient plus, comtoe jadis, procurer de rapides fortunes ; maïs cet état de choses répandait le bien-être dans la société ; il donnait au commerce et à la petite propriété un avantage incalculable.
Et puisqu'un incident nous a entraîné à résumer en quelques lignes l'état financier da royaume, ne nous arrêtons pas dans la démonstration poursuivie, et prenons pour exemple le mouvement commercial de la Banque de France.
En 1820 il n'était que de huit cent trelK
millions cinq cent trente-quatre mille francs.
lin 1827 il s'éleva à près d'un milliard cinq
cent millions. Dans ce chiffre authentique nous
^^ comprenons les escomptes des effets de com-
SES TRAITés DB l8l5, S8l
merce et les revirements des comptes courants.
La prospérité de la France influe toujours sur celle des étrangers. En i8i8 , lorsqu'on la vit décroître , les grandes opérations financières furent partout suspendues. Quand i'ordre et la régularité se rétablirent les puissances songèrent à contracter des emprunts. EUes mirent ce projet à exécution, non pas ainsi que le suppo-' sait M. de Richelieu au moment où ta baisse de nos rentes intimidait les capitalistes; mais ea> 1823, lorsque les fonds français atteignirent lei cours de 90. L'Autriche, la Russie et Naples sai-. sirent ce mouvement de hausse pour faire leurs emprunts les plus considérables ; la Hesse et le pays de Bade en contractèrent également. Cette année-là la Russie empruntait quarante -trois millions de roubles d'argent (cent soixantedouze millions de francs) , et l'Autriche cin-*^ quante-cinq millions de florins (cent soixante millions de francs).
En dehors de ses ressources ordinaires , la I France possédait dans son amortissement capi-' talisé une réserve de près d'un milliard. Noub' nous gardons bien cependant de donner cette dernière circonstance comme une preuve de l'habileté de notre système financier.
L'amortissement fut dans l'origine beaucoup trop largement doté. 11 semblait qu'on n'était
préoccupé que du désir d'élever le cmirs des revotes* Dans les discours de tribune le^ banquiers orateurs, tels que UM. Casimir Périer et LafBtte, n'hésitaient poiut à considérer ranertisgement comme la propriété des port^ora de titres, et ils ne mettaient qu'en seconde ligne l'obligation du trésor de pay^r exactement lei intérêts. C'est pourtant la seule oko^a que l'éttt doive à ses créanciers. JL'amorti^spftietlt delà dette publique est une sage mesm^^ une pté^ voyance pour l'ayeair ; mftis elle me doit pai peser t^rop fort sur le présept. Ainsi qu^ touf ks actes d'administration , il faut la ^restreindre ea de justes limites. Il n'y a de vé^table foods d'i* mortissement que l'excédant de la recette tif a dépense. Tout autre mode d'opération eit une illusion dont profitent des eapitalistei adroits, et dont le peuple supporte l'erreur oi le fardeau.
Nous nous sommes volontaireq^ient éloigoéi des conférences d'Aix-la-Chapelle; maia en analysant comme nous venons de le faire M éléments de notre crédit, et en démontrapt soa influence sur celui des autres pations , nom avons fait toucher au doigt la véfité. Nous r^a* trons maintenant dans le cadre des pégociatienii qui sont le dénouement des traités dei8|5.
La position de M. de Eicbelieu ^tait fhfs dtf-
DBS TRAITA M l8l5. S8S
iicile que jamais* Il a'accqsait d'avoir trompé 4 sou insu les puissances alliées , et , pour faire amende honorable» ce ministre, digne sans au* cun doute d'un meilleur temps, accordait aux étrangers tout ce qu'ils n'osaient qu'à peine de*mander. Ainsi dans la transaction il s'empressa d'abandonner toute» leii compensations que la France avait droit d'opposer* £Ues étaient considérables.
Pan$ sa note aux quatre cours le duc de Wel-» lîngton en portait, il est vrai, Féyaluation beau*<coup plus bas que le baron Dudon ne la présentait dans ses comptes. Cependant, selon le duc de Wellington lui-même, ces compensations étaient seulement pour les Pays-Bas de vingt* huit millions, et de treize pour la Sardaigne. D'un trait de plume M* de Richelieu les anéan-tit , et lorsque tous les arrangements financiers furent ainsi réglés à la grande satisfaction des puissances , qui se sentaient prêtes à bénir les élections libérales , dont çUes seules profitaient , on passa aux dernières stipulations politiques.
La France désirait et devait reprendre son rang en Europe. Jusqu'alors tout avait été fait sans elle et contre elle. Le malheur des vaincus lui avait été résçrvé. Mise en dehors des importantes délibérations qui changeaient la face de l'Europe , voyant tous les états étendre ou ar-
rcmdir leurs frontières i ses dépens, sans laflueoce diplomatique ou militaire sur les événements, elle avait trarersé les trois pénible!! anaées qui venaient de s'écooler dans une sUeitciense dignité extérieure.
Cette dignité, dont plusieurs fois les coaliséi s'étonnèrent, n'était pas de l'orteil froissé; c'était l'expression d'une force contenue. A Aixla-Chapelle , la France, écrasée sous le poids des armées combinées dont elle avait si sourent triomphé en détail , relerait enfin la tête. Soa territoire allait être libre ; ses dettes, imposées par l'équité ou par la violence et acceptées pu la faiblesse ministérielle, ses dettes étaient acquittées: il ne lut restait plus qu'à remoolei au rang de puissance de premier ordre , qo'l sortir de tutelle et qu'à compter avec l'Bnzope sur le pied de l'égalité.
Les souverains alliés sentirent combien cette ambition était fondée. Le i" novembre 1818 les ministres des quatre cours adressèrent an duc de Richelieu la communication suivante :
■ Appelés par l'article 5 du traité da ao novembre i8i5 à examiner, de concert avec S. M. le roi de Frauce, si l'occupation militaire d'une partie du territoire français, arrêtée par ledit traité, pouvait cesser à la fin de la troisif
née ou devait se prolonger jusqu'à la fin de la cinquième, LL. MM. l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse et l'empereur de toutes les Russies se sont rendues à Âix-la-Chapelle, et ont chargé leurs ministres de s'y réunir en confécence avec les plénipotentiaires de LL. MM. le roi de France et le roi de la Grande-Bretagne , afin de procéder à l'examen de cette question importante.
• L'attention des ministres et plénipotentiaires a dû se fixer avant tout dans cet examen sur l'état intérieur de la France; elle a dû se porter également sur l'exécution des engagements contractés par le gouvernement français envers les puissances cosignataires du traité du 20 novembre i8i5.
« L'état intérieur de la France ayant été depuis longtemps le sujet des méditations suivies des cabinets , et les plénipotentiaires réunis à Aix-la-Chapelle s'étant mutuellement communiqué les opinions qu'ils s'étaient formées à cet égard, les augustes souverains , après les avoir pesées dans leur sagesse, ont reconnu avec satisfaction que l'ordre des choses heureusement établi en France par la restauration de la monarchie légitime et constitutionnelle, et le succès qui a couronné jusqu'ici les soins paternels
S86 HI8T0IBB
de S. M. T. C, justifient pleinement Tiespoîr d'un affermissement progressif de cet ordre de choses, si essentiel pour le repos et là prospérité delà France, et si étroitement lié à tous les grands intérêts de l'Europe.
€ Quant à l'exécution des engagements , les communications que , dès Touverture des conférences , M. le plénipotentiaire de Sa Majesté très chrétienne a adressées à ceux des autires puissances , n'ont laissé aucun doute sur cette question en prouvant que le gouvernement français a rempli avec l'exactitude la plus scrupuleuse et la plus honorable toutes les clauses des traités et conventions du 20 novemrbre , et ^i proposant pour celles de ces clauses dont l'accomplissement étaît réservé à des époques plus éloignées des arrangements satisfaisants pour toutes les parties contractantes.
« Tels étaient les résultats de Texamen de ces graves questions ; Leurs Majestés impériales et royalesBe sonrt félicitées de n'avoir plus qu^à écouter ces sentiments et ces vœux personnels qui les portaient à mettre un terme à une mesure que des circonstances funestes , et la nécessité de pourvoir à leur sûreté et à celle de l'Europe , avaient seules pu leur dicter.
« Dès lors les augustes souverains se sont décidés à faire cesser l'occupation militaire dû
DES TKÂiris 0E i8i5. 387
territoire françars , et la conreotion rfu 9 octobre a sanctionné cette résolution. Ils regardent cet acte solennel comme le complément de la paix générale.
«Considérant maintenant comme le premier de leurs devoirs celui de conserver à leurs peuples les bienfaits que cette paix leur assure , et de maintenir dans leur intégrité les transactions qui l'ont fondée , Leurs Majestés impériales et royales se flattent qUe Sa Majesté très chrétienne 3 animée des mêmes sentiments , accueilleraj avec l'intérêt qu'elle attache i tout ce qui tend au bien de l'humanité et à la prospérité de son pays, la proposition que Leurs Majestés impériales et royales lui adressent d'unir dorénaFant ses conseils et ses efiforts à ceux qu'elles ne cesseront de vouer à l'accomplissement d'une œuvre aussi salutaire.
« Les soussignés, chargés de prier M. le duc de Richelieu de porter ce vœu de leurs augustes souverains à la connaissance du roi son maître, invitent en même temps son excellence à prendre part à leurs délibérations présentes et futures, consacrées au maintien de la paix, des traités sur lesquels elle repose, des droits et des rapports mutuels, établis ou confirmés par ces traités, reconnus par toutes les puissances européennes.
S88 HlSTOIBB' ' '
« En transmettant à M. le duc de Kichelieu cette preuve solennelle de la confiance que leurs augustes souverains ont placée daoa la sagesse du roi de France et dans la loyauté de la nation française, les soussignés ont l'ordre d'y ajouter l'expression de l'attachement inaltérable cpie Leurs Majestés impériales et royales professent envers la personne de Sa Majesté très chrétienne et sa famille, et de la part sincère qu'elles ne cessent de prendre au repos et au bonheur de son royaume.
> Ils ont l'honneur d'offrir en même temps i M. le duc de Richelieu l'assurance de leur considération toute particuhère.
« Aix-la-Chapelle, le i" novembre 181& « Signé Mettermch, Casti^rbagh, Wh>
LINGTON , EaRDXNBERG , BeRNSTOSFE,
Nesselrode, Capo d'Istria. I
Le la novembre M. de Richelieu remit aux ministres des quatre cours sa réponse à ia note du 1" de ce même mois ; elle est ainsi conçue:
« Le soussigné, ministre et secrétaire d'état de Sa Majesté très chrétienne, a reçu les communications que leurs excellences MM. les z
DES TRAITÉS DE l8lû. ÔSç)
nistres des cabinets d'Autriche, de la Grande- Bretagne, de Prusse et de Hussie, lui ont fait l'honneur de lui adresser, le i" de ce mois, par ordre de leurs augustes souverains: il s'est empressé d'en donner connaissance au roi son maître. S. M. a reçu avec une véritable satisfaction cette nouvelle preuve de la confiance et de l'amitié des souverains qui ont pris part aux délibérations d'Aix-la-Chapelle. La justice qu'ils rendent à ses soins constants pour le bonheur de la France, et surtout à la loyauté de son peuple, a vivement touché son cœur.
« En portant ses regards sur le passé , et en reconnaissant qu'à aucune autre époque aucune autre nation n'aurait pu exécuter avec une plus scrupuleuse fidélité des engagements tels que ceux que la France avait contractés, il a senti qu'elle était redevable de ce nouveau genre de gloire à la force des institutions qui la régissent, et il voit avec joie que l'affermissement de ces institutions est regardé par ses augustes alliés comme aussi avantageux au repos de l'Europe qu'essentiel à la prospérité de la France. Considérant que le premier de ses devoirs est de chercher à perpétuer et à accroître, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, les bienfaits que l'entier rétablissement de la paix générale promet à toutes les nations ; persuadée que l'u-
Q^O BISTOIU
nion intime des gouvernements est le gage le plus certain de sa durée, et que la France, qui ne pouvait rester étrangère à un système dont toute la force naîtra d'une parfaite unanimité de principes et d'action, s'y associera avec cette fraûcbise qui la caractérise, et que son concours ne peut qu'augmenter l'espoir bien fondé des heureux résultats qu'une telle alliance aura pour le bien de l'humanité, Sa Majesté très chrétîenneaccueille avec empressement la proposition qui lui est faite d'unir ses conseils et ses efforts à ceui de Leurs Majestés pour accomplir l'œuvre salutaire qu'elles se proposent. En conséquence, elle a autorisé le soussigué à prendre part à toutes les délibérations de leurs ministres et plénipo' tentiaires, dans le but de consolider la pui, d'assurer le maintien des traités sur lesquels elle repose, et de garantir les droits et les rapports mutuels établis par les mêmes traités et reconnus par tous les états de l'Europe.
■ Le soussigné, en priant leurs excellences de vouloir bien transmettre à leurs augustes souverains l'expression des intentions et des sentiments du roi son maître, à l'boaneur de leur offrir l'assurance de sa plus haute considératicii'
€ Aix-la-Chapelle, le la novembre iftiS.
■ Signé ïli^
DES TBAITis 1>E l8l5. 5^\
Le 1 5 Qovembre , après avoir sigoé ua dernier protocole auquel le pléaipoteatiaire fraqçaie fut admis comme partie coBtcactaute , protocole qui f sous un autre nom , renouvelait la Sainte* Alliance^ les r^résentants de la France , de la Russie^ de l'Autriche, de 1 Angleterre et de la Prusse firent la déclaration suivante ;
« A l'époque où la pacificatioii.de l'Europe est achevée^ par la résolution de retirer les troupes étrangères du territoire français » et où cessent les mesures de précautions que oes événements déplorables avaient rendues nécessaires, }es ministres et plénipotentiaires de LL. MM, l'empereur d'Autriche, le roi de France y le roi de la Grandc'^Bietagne , Le roi de Prusse et l'empereur de toutes les Russies , ont reçu de leurs souverains l'ordre de porter à la connaissance de toutes les cours de l'Europe les résultats de leur réunion à Aix-larChapelle, et de faire à cet effet la déclaration suivante :
« La conventioa du 9 octobre 9 qui a définitivement réglé l'exécution des engagements consignés dans le traite de paix di4 20 novembre 181 5 , est considérée par les souverains qui y ont concouru comme l'accomplissement de l'œuvre de la paix et comme le complément du
5g« ' BlfiTOIRB
système politique destiné à en assurer la solidité.
( L'union intime établie entre les monarques associés à ce système par leurs principes non moins que par l'intérêt de leurs peuples offre à l'Europe le gage le plus sacré de sa tranquillité future.
« L'objet de cette union est aussi simple que grand et salutaire; elle ne tend à aucune nouvelle combinaison politique , à aucun changement dans les rapports sanctionnés par les traités existants : calme et constante dans son action, elle n'a pour but que le maintien de ta paix et la garantie des transactions qui l'ool fondée et consolidée.
« Les souverains , en formant cette union auguste , ont regardé comme sa base fondamentale leur invariable résolution de ne jamais s'^ carter ni entre eux , ni dans leurs relations avec d'autres états , de l'observation la plus stricte des principes du droit des gens, principes qui, dans leur application à un état de paix permanent, peuvent seuls garantir efficacement l'indépendaoce de chaque gouvernement et la stabilité de l'association générale.
€ Fidèles à ces principes , les souverains les maintiendront également dans les réunions auxquelles ils.assisteraieDt en personne. , ou qui au-
DES TBAITiS DK l8l5. Sç|3
raient lieu entre leurs ministres , soit qu'elles aient pour objet de discuter en commun leurs propres intérêts, soit qu'elles se rapportent à des questions dans lesquelles d'autres gouveiv < neraents auraient formellement réclamé leur in- t terrentioa. Le même esprit qui dirigea leurs 1 conseils et qui régna dans leurs communica-^ tioos diplomatiques présidera aussi à ces réunions , et le repos du monde en sera constam- I ment le motif et le but.
« C'est dans ces sentiments que les souvfr-^ rains ont consommé l'ouvrage auquel ils étaient^ appelés; ils ne cesseront de traTailler à l'affeP^^ mir et à le perfectionner. Ils reconnaissent for-ti mellement que leurs devoirs envers Dieu et envers les peuples qu'ils gouvernent leur prescrî- Ycnt de donner au monde, autant qu'il est eO'l eux, l'exemple delà justice, de la concorde, de'' la modération; heureux de pouvoir consacrer désormais leurs efforts à protéger tous les arts de la paix , à accroître la prospérité intérieure de leurs états, et à réveiller ces sentiments de religion et de morale dont le malheur des temps n'a que trop afEaibli l'empire. >
Signé Mettkrnicb , Riciielieii , Cabtleseagh , Wellington, HA^^^E^BERG, BerrslORFF, Nesselrode, Capo-d'Isteia.
par unordrtdujaur,datéd'Aix-la-Cbai>elklt
i5 novembre i8i8,leducdeWeliinptoa adresa ses adkux à l'armt-c d'occupation dont la dUcipline avait partout été Exemplaire. Le départ if ces troupes s'effectua de suite et sans embarras Le duo d'Ângouléme, qui avait fait uoe couitt apparitioQ au congrès d'Aix-la-Chapelle , étù alors en tournée dans Test et dans le nord. Aai applaudissements detout un peuple, ileutThoO' neur de replanter luî-même le drapeau hlm sur les remparts deThionvitlp, et à la premién ouverture des chambres qui suivit cet événement, si heureux pour la France etpourlesB«fiiboas, LouisXVIII s'exprima ainsi: < Un de me; fils, accouru pour s'unir aux premiers transports de nos provinces aifrancbies, a de ses propre mains et aux acclamations de moQ peuple mboré le drapeau français sur les remparts k Thionville. Ce drapeau flotte aujourd'hui vu tout le sol de la France; l'Europe a acoirtilï avec empressement la France replacée au rang qui lui appartient. •
Ici finit VHistoire des Traités de i8i5 et à leur exécution, histoire entreprise au point de vue français, mais avant tout écrite avec unt indépendance que même les documents officiels mis à notre disposition n'auraient pu nous faiie
DBS TRAITÊI DE l8l5. SqS
abdiquer. Nous avoos cherché la vérité i après l'avoir trouvée, nous l'avons dite,
Le tableau de ces grandes transactions est maintenant sou» les yeux du public. Chacun, eu dehors de ses affections ou de ses inimitiés, peut s'expliquer ce qui jusqu'à ce jour était resté inexpUcable , car la plupart des pièces diplomatiques sur lesquelles nous appu^rons nos récits sortent pour la première l'ois des archives de France ou de celles des cabinets étrangers. Ce ne sont pas, on le sent bien, les hontes toujours rachetables de l'invasion que notre plume a voulu tracer, mais ses affreuses conséquences qu'à tout prix il faut éviter pour l'avenir.
De 1795 a iSoo la France a vu treize départements de l'Ouest insurgés contre le principe ré volutioonaire; elle a soutenu dans son sein la guerre civile la plus terrible, la plus acharnée et la plu; héroïque. Malgré ce fléau intérii nr, qui en dévorautses ressources au dedans affaii>lissait ses forces au dehors, elle a pu peridaot vingt-trois ans de courage et d'énergie tenir en respect l'Europe liguée contre elle. La France a fait plus : république ou empire, elle a vaincu les peuples et les rois, imposé sa domination et régné de Madrid à Varsovie en plantant ses aigles sur les muis de Romcj de Vienne, de fierlia et de
3g6 BIRTOIHE
Moscou. Un joui elle succomba dans ce duet jusqu'alors heureux d'un seul contre tous.
11 n'y eut donc pas de honte dans la défaite, il d'y en aura même jamais; pourtant les calamités qui la suivirent furent immenses, et, avouons-le hautement, sans la bienveillante politique de l'empereur de Russie, ces calamités auraient encore pu prendre un caractère plus effrayant.
h'Hisioiffdes Traités de 18 iBetde leur exéculwK ne pouvait, ne devait être écrite que sur des documents originaux, que sur les pièces officielles qui servirent de base et d'instruction à ce terrible procès de l'Europe contre la France. Ce» documents originaux, ces pièces officielles Oui été par nous arrachés à l'oubli ou à la pouesîère des chancelleries. Nous n'avons rien cru deToù taire, rien devoir omettre : tout a été dit. Lecoaragedesuns,riasoucianceoulapeurde8autTeSiU cupidité de certains ministres, les hainesde quelques peuples ont été mis au grand jour : chacun peut maintenant juger en connaissance de cause. Nous pourrions terminer ici une tâche malheureusement trop instructive pour tous si par uo dernier fait nous n'avions pas à révéler le sort que les puissances germaniques réservaient À h France avant la bataille de Waterloo.
£A;i8;^51e?,aJliés,,fijtaspéréç,pgijitreBonapartc
DES TKIITÈS DE t8l5. 5q-J
et ses adhérents, ne demandaient pas mieux que de faire expier à la Révolution les désastres qu'elle avait portés dans leurs états. Les uns s'entretenaient d'un partage immédiat; les autres, plus timides, n'osaient proposer que le système de dotation appliqué par l'empereur. Ce système, non encore présenté ofllciellement par les diplomates et par les généraux les plus en crédit auprès des souverains , avait été secrètement accepté par tous les autres, qui en comprenaient très bien les avantages pécuniaires et politiques. I) se réduisait à établir sous le titre de dotation des fiefs qui devaient perpétuer le souvenir de la défaite et consacrer l'investiture que la victoire accordait aux coalisés.
Dans un grand nombre de provinces subjuguées par ses armes l'empereur Napoléon avait confisqué des terres seigneuriales appartenant soit aux monarques, soit aux royaumes, soit même à des particuliers que l'on désirait expulser à tout jamais de leur patrie; et il avait donné ces terres à ses lieutenants ou à ses courtisans. On transplantait ainsi dans les états étrangers une classe de nouveaux propriétaires dont la présence rappelait sans cesse la conquête qui venait en briser l'unité et eo morceler les domaines.
Ce n'était point une concession faite par les
5^ HIITOIMS
souTcrains du pays , mais bien une prise de possession, suite de l'enrahissement militaire. L'empereur Napoléon avait pris cette initiative : le» rois qui en avaient le plus souffert la tournaient contre la France.
En Westphalie Bonaparte s'était réserré des fiefe pour six millions cinq cent mille francs de Tentes; dans le Hanovre pour trois millions sept cent quatre-vingt-six mille francs ; en Poméramïe pour six cent quatorze mille quatre cent dix francs; dans la principauté de Fuld et Hamn pour quatre cent trente-quatre mille franchi dans la principauté d'Erfurt pour cent quarantesept mille cinq cents francs ; dans la Frîse-Orîentale pour quatre cent quatre-vingt-quinze mille francs ; dans le grand-duché de Berg pour denx cent cinquante mille francs ; dans le comté 'àt Beyruth pour trois cent cinquante mille cinq cents francs.
Une rente de cinq cent cinquante-trois mille francs avait été créée sur le monte napokom (dette publique de Milan) ; la même destînatioil était affectée à d'autres biens domaniaux sitiiiS en Toscane , dans les états pontificaux , en fliïlicie et en lllyrie.
Cette masse de dotations prélevées en prji ennemis , souvent même sur des alliés , était d!fr iribuée par Napoléon entre deux mille cinq tant*
DES TRAITÉS DE i8i5. Sgg
pTÎïilégiës qui avaient à peu près tous rendu des services à l'état ou à l'empereur. Certains de ces donataires occupaient seulement des chargea de cour; mais par l'éclat ou par l'ancienneté de leurs blasons ils Jetaient sur tant de roturiers anoblis un reflet d'égalité et de confusion qui entrait dans les plans de Bonaparte.
Pour ne citer que les plus favorisés, nous nous contenterons de donner quelques chiffres deff dotations dépassant cent mille francs de rente.
Le m-axéchal Berthier, prince de Waftram, et ses frères reçurent i,3oo,ooofri'1
Le comte et la comtesse Bertrand 1 32,ooo
Le maréchal Bessière, duc d'Istrie , et son frère ,
Le prince Cambacérèa et son frère
Caulaincourt, duc de Vicence,
Le duc du Feltre
Le duc d'Alberg (pour témoiguagedc bienveillance particulière, ainsi que le porte l'acte de donation)
Le maréchal Davoust , prince d'Ecltmùlh,
Le pènéral Duroc, duc de Frioul, Le cardinal Pesch (pour indemnité de 6a renonciation à ses droits
91 IjOOO
4oo mSTMlB
de coadjuteur du prince primat) Sdo^ooo
Gaudin , duc de Gaëte, i a5 9000
Le maréchal Lamies, duc de
Montebello , 3^7 ,000
La duchesse de Montebello 5o,ooo
Le maréchal Lefebyre, duc de
Dantzick , 1 5o ,000
Le prince de la Leyen (pour témoignage de bieuTeillance particulière) 100,000
Le maréchal Masséna, prince
d'Essling , Boo^ooo
Son second fils iSS^ooo
Le comte MoUien 122,000
Le maréchal Moncey, duc de
Con^liano, 100,000
Le général Mouton, comte de
Lobau, 170,000
Le maréchal Ney, prince de la
Moskowa, 728,000
Le maréchal Oudinot , duc de
Reggio, i85,ooo
Le général Ornano 100,000
Le général Horace Sébastiani 120,000
Le maréchal Soult, duc de
Dalmatie, 3o5,ooo
Le maréchal Suchet, duc d'Àl-
buféra, 195,000
DES THAITis DE l8l5.
4oi
î <■ jTivic dt- Tallej'ïacd tao.oot
Le comte Tascher (pour facili'' r son mariage avec la princesse ; la Leyen) 200,001
Le maréchal Victor, duc de Bel- De 1 58 ,000
Cette liste des dotés impériaux était sans sous les yeox des puissances étrangères ; leurs généraux surtout y cherchaient des exemples de spoliation. Ils encourageaient les souverains à prendre modèle sur la munificence de Napoléon. Pendant ce temps la presse d'Allemagne et les pamphlets qui s'imprimaient à Berlin, à Leipsick et à Bruxelles jouissaient contre ]a France d'une liberté illimitée. £n i3i5 ils commentaient, ils approuvaient l'intention encore secrète des rois alliés; ils les poussaient à l'emparer des propriétés appartenant aux adhérents de Bonaparte, contre lesquels était dirigée la déclaration de Vienne; ils demandaient que ce régime de confiscation fut établi à l'instant même pour ne pas donner à la France le temps c se reconnaître.
Quelques-uns de ces écrits sont sous nos yeux. Is témoignent d'une haine presque sauvage, 'une haine qui éclate à chaque mot. On les ntend invoquer à chaque ligne le droit de epxésaîUes et indiquer les sources où plus
4o» HWTOIPOS
d'une fortune de ce temps s'est fo rm ée ; îl y en a même qui appelept les vengeaace^ des rois sur la tête de ceuTi: qui ont dépouillé les natioqs 9, et ils désignent nominativement le comte Daru pour faire subir à ses prapfiétés la peiae du talion. En sa qualité d'intendant général de la Grande Armée, M. Daru devait plus qu'un autre être exposé à ces retours des choses d'icib^&: c'était lui ea effet qui avait apposé le séquestre sur tous les biens dont Tempeireur faisait largesse.
De pareilles dotations ét^iepit bien plus humiliantes que des impôts de guerre. J&lle9 établissent daps le pays une classe di^ nouveaux propriétaires. Leurs premiers devoirs apnt en-' vers un souverain étranger, auquel ces Aef3 confisqués doivent faire retour si le possesseur ne laisse pas de descendance masculine^
lies quatre grandes cours n'osèrent pas donner à ce planu^e sanction que les chefs militaires de rAUemagne, et principalement de la Prusse^ sollicitaient avec ardeur- JEllles reculèrent devant une libéralité qui avait toutes les app^seQces d'une çoQcussion^ et qui venait de réussir si miH au captif de Sainte- Hélène. Elles voulurent s'ea tenir à 1^ contribution de guevre et à la délimitation iies frontières d'après la carte d^ France
DES TB&IT&9 DS l8l5.
Les traités de i8iS sont donc plus légers, plas transitoires que cette dominatioQ dont Bonaparte victorieux Défaisait grâce à aucun pays et à aucun peuple; mais dans cet allégement qu'inspira la crainte de voir les Français se réunir un jour par le besoin de chasser de leur sol les maîtres que la conquête aurait pu momentanément y installer, il perça un sentiment d'équité et de terreur qu'il est bon de constater. Pourtant ce sentiment ne fait point contre-poids à l'injustice de l'impôt de guerre.
Il n'est jamais permis à une nation étrangère d'intervenir dans les affaires de ses voisins, à moins qu'elle ne se voie elle-même menacée des conséquences de ce bouleversement; mais dans ce cas la guerre est faite en faveur de celui qui arme, de celui qui marche contre un peuple insurgé.
11 ne sera jamais juste de réclamer l'indemnité de cette campagne lorsque les mouvements militaires o'ont tendu qu'à délivrer un allié, qu'à calmer des inquiétudes politiques. En 181 Slesétrangers eurent tort d'accabler la France sous une contribution de guerre; en iSaS la France , faisant payer à la Péninsule les frais d'une invasion entreprise pour préserver la monarchie des secousses révolutionnaires, fut aussi inconséquente que les souverains alliés.
^04 HISTOIB&
Une guerre de principes, d'alliaace ou dlntervention ne doitjamais entraîner d'impôts, jamais de pertes de territoire ; car c'est en fausser le but, c'est renouveler les Irritations, c'est éterniser les mécontentements que, dans l'intérêt de la paix générale et dans celui du monarque secouru, on avait cherché à étouffer.
Les alliés dans leur victoire se montrèrent plus généreux et moins avides que l'empereur Napoléon, qui distribuait à ses lieutenants les po priétés des états ou des particuliers : mais de cette générosité calculée à la justice dont il eût été si politique de faire preuve, il y a loin. Personne dans le camp de l'Europe ne conçut l'idée d'apaiser tous les tumultes intérieurs par un magnifique exemple d'abnégation per-, sonnelle. D'une guerre qui devait être uaç croisade désintéressée les rois alliés fireot, une spéculation. Us voulaient tuer le principe démagogique. En maraudant autour du tréBQi royal, en se montrant âpres et intraitables dans la plupart des questions d'argent, en effrayant toujours les ministres de Louis XVIII et en leur faisant abandonner les hommes d'état qui n'avaient pas peur des menaces et qui tenaient tête à tous leurs commissaires , ils donnèrent une nouvelle vie aux principes de désordre.
Sans doute il y eut dans toutes ces exa^
lions d'argent autant de la faute des circonstances que de celle des hommes. Nous avons essayé défaire les deux parts avec l'impartialité qui est le premier devoir, le plus beau titre de l'historien; mais en présence des événements qui ont suivi les transactions de 181 5 et celles de 1S18, qui en sont la conclusion, nous n'hésitons pas à dire toute notre pensée.
Si les plénipotentiaires des cours coalisées, moins indécis dans leurs projets, n'avaient pas au congrès de Vienne, et même avant et après la bataille de Waterloo, presque mis en discussion les droits incontestés et incontestables de la maison de Bourbon ; s'ils n'avaient pas écouté les proposilionsque la révolte osait leur adresser, et si, vainqueurs enfin de Bonaparte, ils avaient donné à la France, épuisée même par ses victoires, une salutaire leçon de désintéressement, jamais peut-être ce royaume, redevenu monarchique sous l'épée de Napoléon, n'aurait cherché à compromettre la paLv de l'Europe en tramant de nouvelles conspirations.
11 y a des sacrifices auxquels il faut savoir se résigner pour le salut commun. En i8i5 l'occasion était si belle que l'on ne conçoit pas comment les souverains n'osèrent point la saisir.
Le partage du royaume est une imposai-