‹ Histoire des transformations religieuses et morales des peuplesChapitre 104 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

conie , la Messénîe, FElide , TArcadie ; les îles de Crète, de Rhodes, deSamos, d'Ithaque, de Nérite, de Zacynthe , les Echinades , etc. , n'eut pas plus tôt détruit Troie qu'elle fut dissoute , sans laisser même trace de son grand corps , dont les membres moururent dans la guerre , se dispersèrent ou s'égarèrent.

Alors la guerre se ralluma entre le Péloponèse et le continent , et les Héraclides parvinrent à conquérir le Péloponèse sur les Pélopides.

Mais entre ces deux pays se fit un mélange de toutes les races , de tous les dogmes , de tous les cultes autochthones ou imi)ortés que nous avons vu se réunir là de tant de pays divers , et dont la famille de Deucalion fut l'unité politique.

De ce désordre sortirent trois tentatives d'unité fort distinctes : la première , dogmatique et religieuse, fut celle de Linus et d'Orphée, dont les noms apparaissent déjà dans l'histoire d'Hercule et dans la guerre des Argonautes : la seconde fut celle des fédérations ou ligues araphictyoniques , achéennes , etc. , qui se formèrent contre l'invasion de la Perse : la troisième fut celle du royaume de Macédoine.

La première et la troisième sortirent du même

pays, la Thrace. Le culte de Bacchus avait passé

de l'Asie-Mineure en Thrace , vers le commence- ' 14

210 HISTOIRE DU SI!:C(»«iD AGE.

ment du second âge, et s'était mêlé aux grands cultes de la viergej mère , Cybèle et Diane , qui s'y étaient établis pendant le premier âge. Mais le culte anthropophagique de Bacchus devait être réformé ; et ce furent Linus et Orphée qui le firent. La lutte acharnée de l'ancien sacerdoce de Bacchus contre cette réforme, ne l'empêcha pas de triompher ; et le dogme de Zeus , âme du monde, origine, milieu et fin de tout, fut la dernière tentative d'unité religieuse qui domina la Grèce , et sous laquelle vinrent se ranger tous les petits dieux secondaires des nations pélasgiques et hellènes , pour former la fédération d'un conseil de douze dieux, signe de leurs fédérations républicaines.

Mais un fils de Bacchus , du nom de Macédon , avait , disent les traditions , fondé la race des rois de Macédoine. Voilà donc la double unité religieuse et politique qui miettra fin au désordre grec.

La seconde tentative d'unité commença par des réformes partielles. Lycurgue divisa le territoire de Sparte en possessions héréditaires , partagées entre les Spartiates, Doriens Hellènes <;onquérans , et les Lacpniens , Atlantes Péloponésiens vaincus. Lycurgue consacra l'oisiveté comme le privilège des nobles, à qui il défendait

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rétùde, les voyages et le travail matériel ; dev<Mv dégradant des esclaves ou heloles, qui n'avaient aucun droit , et étaient en partie égorgés tous les ans dans une chasse appelée embuscade. Il isola ensuite sa nation de toutes les autres , avec lesquellesr elle n'avait que des rapports de guerre. Ainsi ce réformateur, pour établir l'unité de to nation, la faisait stérile.

L'influence de la constitution établie par Thésée se fit davantage sentir dans l'Attique. Solon , dans des lois fort obscures et souvent contradictoires, établit les Eupatrides possesseurs héréditaires des terres , et les Thètes, mercenaires ou vassaux , partageant le droit de légiférer avec les Eupatrides : liant le tout par des conseils chargés de conserver et d'appliquer les lois. Il avait, disait-il, donné au peuple (les Thètes) tout pouvoir qui était juste et raisonnable , sans trop augmenter ni diminuer son autorité ; et il avait pourvu à la sûreté des riches (Eupatrides) en les mettant à couvert de toute insulte : il avait, ajou*tait-il , également muni les deux partis d'un fort bouclier, afin que l'un ne pût jamais opprimer injustement Tautre.

Si Lycurgue avait fait sa nation stérile , Solon faisait la sienne immobile ; et l'ostracisme tua

su BBTOIRE DU SECOND ACE.

-moralement ta loi de ce dernier, comme Tembuscade ensanglanta matériellement celle du premier.

Mais la pwisée de conservation ëgoïste dominait trop ces petites individualités sociales, pour qu'elles ne se réunissent pas dans le danger commun. L'invasion de la Perse les forma en ligues, que chacun des deux peuples rivaux de Sparte et d'Athènes cherchait à dominer quand le péril était passé.

C'était donc toujours la guerre du Péloponèse et du continent. La Thèhes hérakléenae chercha bien un moment à dominer ces petites aristocraties turbulentes ; mais ce fut de la race de Macédon que sortit la puissance royale et conquérante , qui commença l'établissement de la grande unité politique de l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique.

Alexandre , descendant de Bacchos et d'Hercule , élève d'Aristote , compatriote d'Orphée , roi d'un pays iulermëdiaire entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique , réclamé par les Perses comme descendant de leurs rois , par les Égyptiens comme descendant de leurs dieux , et conquérant de tous les vieux centres de la civilisation primitive asiatique et africaine, ne semble-t-il pas le représen-

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