CHAPITRE III
sant l'enceinte de la ville , et derrière le sillon sacré il établit , dans quatre quartiers différens , la demeure de chacune des quatre tribus qu'il forma.
Alors, dans ce camp, il organisa son armée: il dénombra cette nation de soldats , et donna des armes à celui qui possédait le plus.
Le droit de vote fut de même établi en rapport avec le droit de posséder et d'être armé. Ainsi , tout en constituant les comices , le législateur ordonna que les voix seraient recueillies , en commençant par les classes les plus riches , et qu'on ne descendrait aux plus pauvres que dans les cas de doute. Mais cela ne devait presque jamais arriver ; car , comme on comptait par centuries, et que chaque classe aussi était divisée en nombreuses centuries , tandis que la classe des prolétaires n'en formait qu'une seule , la question était toujours décidée de prime-abord par les riches armés.
Ces classes militaires, possédant tous les droits, étaient donc maîtresses de la classe prolétaire. Mais celle-ci, par la seule force de l'inertie, c'està-dire par le refus de concourir à l'activité sociale , pouvait , malgré la prétendue immobilité des lois de Servius TuUius, acquérir de nouveaux droits ; tandis qu'une troisième classe n'était com-
prise , ni dans l'organisation des classes^ ni même dans le Lustrum , purification générale par laquelle cette nouvelle société avait été 'consacrée : c'étaient les esclaves , que les citoyens , disent les traditions , acquéraient par le droit très légitime de l'encan auquel la république mettait les prisonniers de guerre.
Ceux-là n'avaient aucun droit social ; et Tullius en accordant aux esclaves , à qui leurs maîtres vendaient ou donnaient leur affranchissement, le droit d'être incorporés comme plébéiens dans les quatre tribus de Rome , leur avait in-
fligé comme signe de mépris le chapeau d'affranchi.
Cette constitution de la nation romaine dont nous venons de donner les principaux détails d'après les lois de Romulus et celles de TuUius, est représentée historiquement dans l'application, par la création successive de trois pouvoirs sociaux.
Le premier est celui des sept rois, dont les deux premiers sanctionnent religieusement leurs institutions , Romulus par le culte restitué de Jupiter Stator, Numa par celui de Vesta.
Le second est celui des douze consuls nobles représentant l'aristocratie militaire.
Le troisième sort de la pluralité turbulente des plébéiens , qui , échappée violemment du centre