CHAPITRE II. 3iS
Spirituelle était le corps de Jésus-Christ : le monument religieux en fut le signe. L'ancienne enceinte , qui séparait le sacré du profane , le pur de l'impur, prit la forme de la croix , instrument du ^crifice de Jésus-Christ , et reçut dans son sein tous les fidèles frères. La porte , autel du sacrifice , devint le clocher à la voix sonore , qui convoquait tous les fidèles au mystère du saint sacrifice. L'autel oblatoire fut la sainte table y où tous les hommes , sans distinction de race y de sexe ni d'âge , venaient recevoir leur part de la victime divine. Le siège du Dieu fut le tabernacle tout étincelant de lumières , de pierreries et d'or merveilleusement ciselé , où l'hostie sacrée était exposée à l'adoration des fidèles. Ainsi se spiritualisaient toutes les formes anciennes : ainsi tous les signes de la hiérarchie par la force et de la séparation des races disparaissaient : ainsi la forme humaine elle-même voilait pudiquement ses membres élancés pour ne laisser voir que l'expression aimante du saint personnage , qui foulait à ses pieds le monstre nu aux formes herculéennes et à la face contractée par la haine.
Mais à cette époque de transformation , où la morale commençait à s'incarner dans la société ^et venait de produire le premier élément civil de hiérarchie spirituelle , en succéda une autre où
32i HISTOIRE DU TROISiËME AGE.
tous les pouvoirs ancieûs semblèrent se détruireà l'envi.
En vain le clergé, qui se dépravait , avait été averti par les papes , les conciles,. les moines , et même par les hérétiques : il n'en tint compte • Les papes eux-mêmes se disputèrent la tiare ^ en donnant à l'Europe le scandale de leurs intérêts égoïstes.
Une nouvelle famille royale , faible , impuissante , celle des Valois , mal soutenue par mie noblesse envieuse de tout pouvoir supérieur à elle , et jalouse elle-même de la puissance qu'acquérait la fédération des communes , laissa prendre la France par ce mélange d'Anglo-Saxons et de Normands mal convertis au christianisme, et peu soumis à l'Ëglise, qui habitaient l'Angleterre.
Alors de cet immense désordre sortirent , comme toujours, un acte orthodoxe et un acte hérétique. Le premier fut celui d'une fille des champs , martyr pour son pays ; qui sauva la Francç en chassant l'étranger et en rendant au: pouvoir royal la consécration sainte sans laquelle il n'existait pas. Jeanne d'Arc, maîtresse du pouvoir armé, se soumettait donc volontairement aux deux puissances catholiques qui existaient alors: l'Église et le roi , fils aîné de cette Église.