‹ Histoire des transformations religieuses et morales des peuplesChapitre 180 sur 187 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ÉTAT PRËBËINT,

Toule science a pour but de prévoir. La science^ historique q^i nous a permis de coordonner les nombreux matériaux traditionnels que nous avons compulsés, et qui nous a amené à ce grand résultat de l'unité morale de l'humamté » serait inutile si elle ne condufêait pas à un enseignement pour Tavenir et pour le présent.

Après avoir exposé les transformations Siiceeasives qu'ont éprouvées les peuples sous l'influence des lois religieuses et morales qui les>

régissaient : après être arrivé à cette connaissance , que le christianisme n'était pas accompli, et que la hiérarchie spirituelle que son dogme a créée devait être le moyen de conservation et d'activité de la société à venir : après avoir con-^ staté que la base de cette société serait la liberté morale , l'égalité d'origine et Ja fraternité universelle : il nous reste à donner le moyen de choisir entre les divers modes d'organisation, les diverses pratiques sociales qui peuvent être pro* posées dans ce but.

Or, nous l'avons dit : toute organisation sociale n'est jamais qu'un terme temporaire par lequel passe un peuple pour arriver à un but donné.

Dès le moment que ce but est atteint , l'organisation change et se dispose à faire un autre pas dans la voie du dogme à réaliser.

Sciemment ou insciemment cela se passe toajours ainsi. On conçoit alors qqe l'ignorance de cette temporanéité d'une pratique sociale peut amener de graves désordres par l'obstination qu'un pouvoir met à la conserver , alors qu'elle eçt devenue inutile ; mais on concevra combien

il est plus dangereux encore , que ceux qui

apportent une nouvelle théorie sociale , et veulent l'appliquer au mal présent, ignorent quel est le but général du dogme ,. et ne sachent pas

calculer quelle e$t là trafisformation qui doit être accomplie aciueUement.

Et cependant c'est toujow$ dans les temps où la foi manque le p)us » et par conséquent où le but moral est le moins reconnu, c'est-snlire dans les grandes crises des sociétés^^ que surgissent le plus de doctrines nouvelles.

Si ceux qui^ùrësentent ces doctrines ne se sont pas placés au point de vue le plus âevé de la morale , pour en déduire une praliqoe sociale actuelle, ils pourront être mus par des motife qui les mèneront à l'erreur.

Ainsi des sympathies individuelles pourront faire porter par les uns une attention trop grande à certaines douleurs qu'ils chercheront à calmer par des moyens immédiatement applicables , mais dont reffet ne se réaliserait qu'aux dépens . de la conservation sociale.

Des haines personnelles^ contre un obstacle pourront faire croire, à d'autres que le remède est seul dans la destruction de cet obstacle , sans qu'ils se doutent que nul empêchema^t au pro* grès ne peut être renversé que par une création qui le remplace, et qui féconde le sol que sa chute laisse nu.

Les exemples ne manquent pas aujourd'hui pour vérifier ces types ; et chacun peut trouver

$19 HISTOIRE DU TlOiSltM: AGE.

auftoor d^ lui et les obstades obstinés» el les sympathies aveugles, et les désirs de destruction .

Mais oomme chacun de ces partis arrive iuévitâblemeut par une voie ou par une autre »

formuler en théorie ses désirs, et k les présenter comme le bien absolu , il s'agit , dans ce Qonflit d'opinions contradictoires, de doctrines combat* tantes, de pratiqpies opposées , de choisir quelle estlabonneé

Ici se présente la grande question du l^en et du mal , entre lesquels ThMnme a toujours à choisir. Or, nous ne connaissons pas d'autre moyen de connaître la différence du bien avec le mai» que la morale.

Mius qui noui» enseignera la morale î Ce sera: l'histoire.

Si les pensonnes qui ont bien voulii prêter quelque attention à la lecture de oe livre, en ont bien saisi l'esprit , elles ont pu déjà constater elles-mêmes , avant que nous l'ayons dit , qu'il y a une morale universelle qui domine toute l'humanité, depuis qu'elle existe, et que nulle société n'a été exempte de s'y soumi^tre. Cette morale est celle du sacrifice*

Si l'on veut, en effet, jeter un coup d'œil sur l'histoire que nous avons tracée, en faisant abstraction des divisions en âges dont nous nous.

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sommes servi , paroe qu'elles soûl indiquées pai^ de grands caractères religieux dominés par dés révélations , on se cotivaincra qu'il y a en réalité pour certains faits une seule ligue continue» qui se suit sans interruption depuis la première so^ ciété jusqu'à la nôtre.

Ainsi 9 il y a ce fait bien évident qui ressort dé tout ce quW a lu : ^-- que toutes les transforma-^ ttonsreligieuseset morales qui se sont accomplies, qu'elles se soient faites sciemment ou însciemment , par les forts ou parles faibles, par la violence ou par la douc43ur , n'ont jamais eu qu'un but : celui d'amener le sacrifice libre et spirituel, c'est-*à«<lire la domination de l'esprit sur le corps; de manière à faire de celui-ci un instrument docile du dévouement.

En d'autres termes : toutes les pratiques sociales ont toujours tendu à vaincre les instincts matériels , pour régulariser la force dont les organes sont doués , et pour la rendre soumise à cette loidu sacrifice qui ordonne de se priver d'une jouissance, soit pour le bien des autres, soit pour l'accomplissement de la volonté d'un Dieu.

Nous défions qui que ce soit de trouver une société qui n'ait pas eu ce but , quel que soit le dogme qui l'ait guidée.

S'il est vrai que le sacrifice soit Id loi morale

380 HISTOIRE DU TRCHSIÈIIE AÉE.

univetiseUè dé rhumanité : s'il est vrai que ce crifice ait ccwustamment tendu à être de plus ea plus libre , de plus eu plus spirituel » de plus en plus dégagé dië toute espérance personnelle , nous aurons trouvé la véritable pierre de touche sur lar quelle nous pourrons essayer les doctrines nouvelles. Nous- déciderons alors certainement, que celle qui nie le sacrifice , qui en appelle aux instincts matériels et à Tégoisme, est fàiosse et dangereuse : qu'elle est contraire au progrès ; et qu'elle tend à &ire retourner l'humanité au point de départ d'où elle est partie.

La mise en présence des deux termes extrêmes descréatioos religieuses et sociales que nous avons étudiées ^ suffirait presque seule à prouver cette tendance incessante de Fhumanité,

Ainsi^ qu'on se représente, d'un côté, le premier chef social dominant par la force matérielle la plus brutale , par l'effroi., par la mutila? tion , tout ce qui lui était soumis. : imposant à tous des sacrifices sanglans, en exécution d'un ordre qu'il avait reçu , et dont L'accomplissement devait lui permettre de retourner au séjour céleste du repos, à des jouissances matérielles qu'il avait été forcé de quitterpour venir exterminer le mal sur la terre : —

Que , d'un autre côté , on lise dans les Saints-^

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