‹ Histoire des transformations religieuses et morales des peuplesChapitre 183 sur 187 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cette doctrine , la plus dangereuse en ce qu'elle se voile sous une apparence dévouée , a dû nécessairement amener par son caractère <lestructeur de toute société -une réaction contre son envahissement. Ceux qui sentaient le tesoin de la conservation de Funité sociale et de la loi morale se levèrent ; mais ce fut par la force et la violence qu'ils imposèrent le sacriflce ; et la terreur fut le signe à l'aide duquel ils entreprirent de sauver l'unité /

Les partisans de l'intérêt bien entendu étaient revenus au sacrifice intéressé d'Odin : les conservateurs par la violence revenaient au sacrifice forcé et sanglant ; et leur théorie sociale qui se représente sous deux termes — l'un, unité, indivisibilité : l'autre , liberté, égalité, fraternité — se divisa en deux branches. La première produisit la pensée de conservation qui fonda l'empire français, établi par la force et la conquête : la seconde donna naissance aux tendances sympathiques qui cherchèrent des soulagemens aux douleurs populaires.'

L'unité , qui s'établissait par la force et la violence au lieu de se constituer par l'amour et la charité, était une contradiction avec le point inoral le plus avancé où l'on était parvenu ; et les tendances sympathiques , en contradiction

non moins directe avec tout principe social » se trouvèrent placées , par leurs sympathies mêmes pour certaines douleurs , au point de vue de J'instinct qui demandait la satisfaction de ses besoins par une égalité matérielle.

Ces tendances sympathiques se formulèrent en théories plus ou moins élevées : deux d'entre ^lles subsistent encore aujourd'hui .

L'une a élevé la singulière prétention de réifnir les hommes par les instincts matériels » par la jouissance des sens , par la satisfaction organique. Que l'on déguise ces idées sous le nom d'attraction passionnelle ou sous tout autre nom, il est facile de découvrir le vice radical d'une morale qui supprime le sacrifice , qui nie le dévouement , qui donne pour but à l'activité de l'homme la jouissance de ses organes , et qui l'abandonne à toute la variété de ses instincts 3an$ autre guide que celui du plaisir. Certes , s'il est une contradiction marquée au progrès moral que l'humanité a accompli après tant de peines et de douleurs, c'est celui d'une doctrine qpi place sur la terre le paradis ^nsuel des nations primitives et brutales , qu'on ne pouvait émouvoir que par }e& titillations des sens.

Il est bien remarquable du reste qu'en constat tant toutes ces erreurs d'hommes mus, nous tou*

CflAPITHE V. 5«7

loûsie eroîré, pardes motifs louables, on retrouvé toujours daus lè passé uu terme correspoudaut à leurs idées ou k leur pratique : ce cpiî servirait seul à les faire condamner, puisque efaacuu de ces termes passés a accompli sa fonction dans le progrès , et ne saurait revenir que comme obstacle.

Tous ces motifs de condamnation s'appliquent également à une aulfe doctrine qui, née aussi de sympathies et embi'assée d'abord par des hommes qui avaient déjà fait leurs preuves de dévouement k des idées généreuses , a dévié tellement dé sa route qu'elle est arrivée à prendre la forme de la plus ancienne et de la plus condamnable de toutes les hérésies.

C'est que la logique humaine est inexorable : c'est que toutes les fois que les hommes veulent formula une doctrine, en procédantpar les sentie mens individuels , ils ne peuvent jamais arriver qu'à mie idée fausse. On partit de lldée que lé christianisme était accompli, et qu'il falJait faire le contraire de ce qu'il avait fait, parce qu^il n'a* vait embrassé qu'un point de vue de la grande question morale : ce qui ne tendait à i*ien moins qu'à nier la révélation de Jésus^hrist, et à se ptétendre aussi puissant que lui comme créateur sô^ ctad« Cette idée , contraire à ioui;e la science de ^histoire et qtd éiaît sortie d'une donnée histO'*

rique faussée par des passions individuelles , a tue ceux qui avaient osé la proclamer avec éclat. 1er» non^seulement on niait le sacrifice , mais on prétendait , disait-on , réhabiliter 4a matière que le christianisme avait subalternisée.

Or, si l'on se souvient des doctrines d'extermination t de séparation et d'expiation forcée , dont la pratique lacérait^ meurtrissait et faisait esclave, sans volonté ni recours, tout ce qui était matière ou chair coupable ; et si l'on voit d'un autre côté que le christianisme a aboli l'emploi de la force : qu'il a proclamé la liberté morale et l'égalité d'origine, c'est-à-dire la destruction du droit de race transmis par la chair ; et qu'il a dit que la création des corps , comme celle des âmes , appartient à Dieu : on verra , ce nous semble , que la doctrine chrétienne a affranchi la chair de toute espèce de contrainte , et ne l'a soumise qu'à la volonté de l'individu libre de choisir entre le bien et le mal, c'est-à-dire entre la jouissance physique et le sacrifice de cette jouissance au profit des autres hommes. .

On sera a.lors vraiment étonné que Terreur puisse se prolonger si long-temps sur des faits aussi clairs et aussi patens.

Mais ce n'était pas tout. Le désir de satisfacti<»i du besoin physique avait amené cette erreur: la

Page 1