‹ Histoire des transformations religieuses et morales des peuplesChapitre 20 sur 187 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

êtres dont la fonction était limitée à un certain âge , et qui par conséquent étaient sacriGés lorsqu'ils avaient fini leur tâche sociale, rendaient ainsi , parle repas qui suivait tout sacrifice , leur force régularisée par l'obéissance, au corps social qui la leur avait donnée. C'était à la fois' une application de la morale du retour , et un acte de conservation de la force des agens sociaux, mode de sépulture d'ailleurs qui convenait fort bien à des peuples nomades. Aussi cette pratique a-t-elle été retrouvée chez les populations les plus inférieures de l'Amérique , de TOcéanie , de l'Afrique, de l'Asie; et les traditions mythiques de l'Europe en conservent plusieurs souvenirs.

Mais, comme une partie de la loi morale de ce temps était la multiplication de l'espèce et le mouvement , et que les chefs sociaux se faisaient immobiles et détruisaient , par le fait que nous venons de dire, une paf tie de leur génération, la fille mère, mue sans doute déjà par un développement du sentiment maternel , voulut conserver son premier-né. Elle accusa le père d'inaccomplissement de la loi religieuse de la multiplication , et emporta son enfant loin du couteau sacré qui allait le sacrifier. Elle se sépara donc de la société où le père était absolu et immobile , et en établit une nouvelle. Or son nouveau dogme

social fut nécessairement le contraire de celui auquel elle s'opposait. Là Tesprit était mâle et créateur : ici l'esprit fut femelle » générateur et nourricier. Le père s'était fait immobile : la mère se fit vagabonde , c'est-à-dire qu'elle expia par le mouvement. Le père mangeait son premier-né :

la mère le nourrit pour multiplier l'espèce. Cependant , si l'enfant eut la vie sauve , il n'en fut pas moins soumis à l'autorité absolue de la mère, qui lui donnait sa morale , sa volonté et son but d'activité.

Mais, dans cette nouvelle société, se fit bientôt la division en deux êtres , et par conséquent en deux groupes ; puis bientôt en deux familles ou deux races, comme cela arrivait toujours. Ainsi, il y avait la famille du fils, devenu mari de sa mère, et soumis à sa volonté , et la famille des fils et des filles procréant entre eux.

Or, cette subordination du fils, mari de sa mère, le fit à son tour s'insurger contre celte domination femelle , qui méconnaissait l'esprit comme mâle et créateur : il remonta donc à son origine réelle , reconnut la supériorité du père divin qui l'avait créé , et se soumit à lui en se donnant la fonction de conservation morale, entre la direction paternelle et l'acte nourricier de la mère.

Cette nouvelle séparation du fils et de la mère

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