CHAPITRE II
ment fait avec la plus grande violence ; et ce n'est souvent qu'à force de coups qu'un jeune Groenîandais parvient à avoir la fille qu'il veut épouser.
La polygamie est habituelle, car c'est une honte pour un homme de ne pas avoir d'enfant ; et un regard sinistre suffit pour répudier une femme stérile.
Un homme serait déshonoré s'il touchait à quelque objet de l'intérieur du ménage , qui est tout entier abandonné aux femmes.
. Une veuve vieille , un vieillard abandonné , un enfant à la mamelle d'une mère morte , sont enterrés vivans. Chez les Esquimaux , les vieillards des deux sexes se font étrangler par leurs enfans ou par leurs amis.
Aussitôt qu'un enfant mâle se sert de ses mains, on lui donne un arc et des flèches; et toute sa vie il reste attaché à la cabane de son père , ainsi que. sa femme , qui devient la servante de sa belle-mère , laquelle est maîtresse absolue de lu cabane.
Un homme ou une femme accusés de maléfices, sont lapidés , ou déchirés, ou jetés à la mer par tout le canton. Un homme pour ce crime tue sa mère ou sa sœur.
Un Groenlandais ne porte jamais secours à un autre , s'il n'est de sa famille ou de sa société de
iU HISTOUiË DU PREMIER AGE.
chasse ou de pèche. Si dans sa barque il est gêné par une femme ou un enfant , il les jette à Teau. La vengeance individuelle est la juste représaille d'un mal ; et le vainqueur mange le cœur ou le foie du vaincu , pour ôter le courage aux enfaus du mort.
Il est vraiment remarquable qu'arrivés aux confins du monde habitable , en même temps que nous terminons l'histoire primitive des colonie» qui ont peuplé la terre , nous trouvions un exemple aussi complet de l'individualité sociale , qui a été le résultat de l'élaboration logique de la morale qui dominait le premier âge. Cette espèce de société fossile nous présente en effet une image très nette de l'idée que les hommes avaient formulée du monde et de l'homme , d'après la disposition du séjour primitif, centre social universel , et les diverses transformations qui s'y étaient passées : là on voit la théologie , la pratique sociale et la physiologie individuelle , ba^ sées exactement sur le même principe.
Le Dieu invisible et innommé réside au-dessus du ciel et de la lune , ne se manifestant que par son fils, l'habitant des cavernes de la montagne ; et c'est pour cela que tout Groenlandais doit avoir un fils qui le sen^e pendant toute sa vie.