‹ Histoire des travaux de Georges CuvierChapitre 21 sur 94 · LS · texte numérisé non relu

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aujourd'hui de plus impropre qu'appliquée aux

« corps les plus vils et les plus périssables.

« Mais, pour rester dans la sphère des êtres

«contingents, de même qu'il y a la nature de cha-

que individu, 1l y a aussi celle de chaque espèce, de chaque genre, et ainsi de suite en remontant d'abstraction en abstraction, on arrive enfin à une nature générale de toutes choses: celle-là embrasse les qualités communes à tous les êtres et les lois de leurs rapports mutuels; c'est la nature des choses, prise dans le sens Le plus abstrait. «Enfin, par une figure bien commune dans toutes les langues, on à employé ce nom, qui ne désignait d'abord que des qualités, que des attributs ; on l’a employé, disons-nous, pour les choses mêmes, pour les substances auxquelles ces qualités se rapportent : la nature est alors l'ensemble des êtres, ou l'univers, ou le monde, et quand on la considère comme contingente et par opposition à l'être nécessaire, à Dieu, on la nomme création. La nature, le monde, la création, l'ensemble des êtres créés, sont alors autant de synonymes.

« Mais, par une autre de ces figures auxquelles

« toutes les langues sont enclines, la nature à été « personnifiée ; les êtres existants ont été appelés «les œuvres de la nature, les rapports généraux « de ces êtres entre eux sont devenus les lois de la «nature. Le résultat définitif de ces rapports, qui « est une certaine constance dans les mouvements « et une certaine fixité dans les proportions des es- « pèces, en un mot, la conservation jusqu'à un cer- « tain point de l'ordre une fois établi, a été intitulé « la sagesse de la nature; enfin, les jouissances mé- «nagées aux êtres sensibles ont pris le nom de «bonté de la nature. Xci l'on se représente évidem- « ment, sous le nom de nature, le Créateur lui- « même. C'est de ses œuvres, de ses soins, de sa « sagesse et de sa bonté qu'il s’agit.

« Cependant c'est en considérant ainsi la na- «ture comme un être doué d'intelligence et de «volonté, mais secondaire et borné quant à la « puissance, qu'on à pu dire d'elle qu'elle veille « sans cesse au maintien de ses œuvres; qu'elle «ne fait rien en vain; qu'elle agit toujours par les « voies les plus simples; qu'elle tend à guérir les” « maladies, mais qu'elle succombe quelquefois « sous la force du mal, et autres adages, dont la

plupart ne sont vrais que dans un sens fort res-

treint et fort différent de celui qu'ils semblent offrir au premier coup d'œil.

« Le mot nature n'est done qu’une manière abrégée el assez amphibologique d'exprimer les êtres et leurs phénomènes : en considérant ces phénomènes tantôt dans leurs causes prochaines, tantôt dans leur cause primitive el universelle, et si l'on songe qu'au moins dans tout ce que ces phénomènes ont de sensible, ils dépendent des lois du mouvement, combinées avec les formes que les corps ont reçues dans l’origine, on voit que l'idée de naissance, de commencement, qui à fourni la racine du mot, se conserve plus ou moins dans toutes les acceptions qu'il a prises; mais on voit aussi combien sont puérils les philosophes qui ont donné à la nature une espèce d'existence individuelle, distincte du Créateur, des lois qu'il a imposées au mourvement, et des propriétés ou des formes données par lui aux créatures, et qui l'ont fait agir sur les corps comme avec une puissance et une raison particulières. À mesure que les connaissances se sont étendues en astronomie, en physique eten chnmie, ces sciences ont renoncé aux paralogismes, qui résultaient de l'application de

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ce langage figuré aux phénomènes réels. Quelques physiologistes en ont seuls conservé l’u-

sage, parce que dans l'obscurité où la physiolo-

oie est encore enveloppée, ce n'était qu’en attribuant quelque réalité aux fantômes de l’abstraction qu'ils pouvaient faire illusion à euxmêmes et aux autres sur la profonde ignorance où ils sont, touchant les mouvements vitaux...

«Nous concevons done la nature simplement comme une production de la toute-puissance, réglée par une sagesse dont nous ne découvrons les lois que par l'observation ; mais nous pensons que ces lois ne se rapportent qu'à la conservation et à l'harmonie de l’ensemble; que, par conséquent, tout doit bien être constitué de manière à concourir à cette conservation et à cette harmonie, mais nous n'apercevons aucune nécessité d'une échelle des êtres", ni d’une unité de composition *, et nous ne croyons pas même à

1 Voyez les Remarques placées à la suite de cet article ( Re-

marque 1).

? Voyez les Remarques placées à la suite de cet article (Re-

marque W).

«la possibilité d'une apparition successive des « formes diverses * ; car il nous paraît que, dès le « principe, la diversité a été nécessaire à cette « harmonie et à cette conservation : seul but que « notre raison puisse apercevoir à l’arrangement « du monde. »

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