‹ Histoire des travaux de Georges CuvierChapitre 22 sur 94 · DU MOT NATURE DÉFINI PAR BUFFON · texte numérisé non relu

DU MOT NATURE DÉFINI PAR BUFFON

« La nature, dit Buffon, est le système des lois « établies par le Créateur pour l'existence des « choses et pour la succession des êtres. La nature «n'est point une chose, car cette chose serait tout; « la nature n’est point un être, car cet être serait « Dieu; mais on peut la considérer comme une «puissance vive, immense, qui embrasse toit, « qui anime tout, et qui, subordonnée à celle du « premier être, n'a commencé d'agir que par son «ordre, et n'agit encore que par son concours ou « par son consentement. »

Cette puissance vive, immense, subordonnée au

1 Voyez les Remarques plactes à la suite de cet article (Remarque IN).

premier êlre, n'est qu'une métaphore: c'est le mot nature mis à la place du mot Dieu; et, comme le dit M. Cuvier : « On se représente évidemment «ici, sous le nom de nature, le Créateur lui- “« même. »

Buffon continue : « Cette puissance est, de la « puissance divine, la partie qui se manifeste ; « c'est en même temps la cause et l'effet, le mode «et la substance, le dessein et l'ouvrage : bien « différente de l'art humain dont les productions « ne sont que des ouvrages morts, la nature est « elle-même un ouvrage perpétuellement vivant, « un ouvrier sans cesse actif, qui sait tout em- « ployer, qui, travaillant d'après soi-même, tou- « jours sur le même fonds, bien loin de l’épuiser, « le rend inépuisable ; le temps, l’espace et la « matière sont ses moyens, l'univers son objet, le mouvement et la vie son but. »

Ainsi, la nature est à la fois la cause el l'effet, le mode et la substance, l'ouvrage et l’ouvrier : cela ne peut-être; ce cumul est impossible. Si la nature est effet, elle ne peut être cause ; elle est effet, la cause est Dieu ; elle ne peut être à la fois l'ouvrage et l'ouvrier : elle est l'ouvrage, et l'ouvrier est Dieu.

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Buffon dit encore : « Avec de tels movens, que ne peut la nature? Elle pourrait tout, si elle pouvait anéantir et créer; mais Dieu s'est réservé ces deux extrêmes de pouvoir: anéantir et créer sont les attributs de la toute-puissance ; altérer, changer, détruire, développer, renouveler, produire, sont les seuls droits qu'il ait voulu céder. Ministre de ses ordres irrévocables, dépositaire de ses immuables décrets, la Nature ne s'écarte jamais des lois qui lui ont été prescrites ; elle n'altère rien aux plans qui lui ont été tracés, el dans tous ses ouvrages elle présente le sceau de l'Éternel : cette empreinte divine, prototype inaltérable des existences, est le modèle sur lequel elle opère, modèle dont tous les traits sont exprimés en caractères ineffacables et prononcés pour jamais, modèle toujours neuf, que le nombre des moules ou des copies, quelque infini qu'il soit, ne fait que renouveler. »

Tout cela est très-beau, mais quel mélange du

sens propre et du sens figuré! « Quelle applica-

tion, comme dit Cuvier, du langage figuré aux phénomènes réels! » Et comme on voit bien ici

le génie différent, la manière opposée des deux

auteurs! L'un plein d'éloquence, l'autre plem de justesse; l'un puissant par la grandeur, l'autre par la netteté; l'un cherchant les images, l’autre les fuyant; l'un, plus grand peintre d'idées, comme Platon; l'autre, définisseur plus strict des choses, comme Aristote.

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