‹ Histoire des travaux de Georges CuvierChapitre 5 sur 94 · N LO0LOGIE · texte numérisé non relu

N LO0LOGIE

curnassiers, qui ont encore les frois sortes de dents, mais qui n’ont plus de pouce opposable, par conséquent plus de mains, qui n'ont que des pieds, mais des pieds dont les doigts sont encore mobiles; les rongeurs, dont les doigts diffèrent peu de ceux des carnassiers, mais qui n'ont plus que deux sortes de dents, les molaires et les incisives; les édentés, dont les doigts sont déjà moins mobiles, plus enfoncés dans de grands ongles, qui m'ont jamais que des molaires cet des canines, quelquefois que des molaires, et quelquefois point de dents du tout; les marsupiaux, ou animaux à bourse, pelite chaine collatérale aux trois ordres précédents, c'est-à-dire dont les uns répondent aux carnassiers, les autres aux rongeurs, et les autres aux édentés; es ruminants, qui forment un ordre si distinct par leurs pieds fourchus, leur mâchorre supérieure sans vraies incisives, leurs quatre estomacs; les pachydermes, qui comprennent tous les autres quadrupèdes à sabots; et les cétacés, qui n'ont point du tout d’extrémités postérieures.

Les modifications principales des organes combinés du toucher et de la manducation avant

La

GLASSIFICATION DÜ REGNE ANIMAL. 49 donné les ordres, des modifications secondaires de ces mêmes organes donneront les familles ; el des modifications, de plus en plus subordonnées, donneront tous les autres groupes, les tribus, les genres, les sous-genres, jusqu'à ce qu'on arrive enfin aux espèces pour lesquelles tout léchafaudage est fait.

Ainsi, et pour nous borner encore à un seul ordre des mammifères, celui des carnassiers, par exemple, on vient de voir que l'un des caractères de cet ordre est d’avoir des doigts mobiles. Or, supposez ces doigts devenus très-longs et réunis par des membranes de manière à former un orsane de vol, comme dans la chauve-souris, et vous aurez la famille des chéiroptères ; supposez que, ces doigts restant libres, l'animal appuie en marchant sur toute la plante du pied, et vous aurez la tribu des plantigrades; supposez qu'il ne marche que sur le bout des doigts, et vous aurez celle des digitigrades, etc.; et pareillement pour les organes de la manducation: on a vu que cet ordre a les trois sortes de dents, et c'est là ce qui constitue son caractère comme ordre ; mais supposez maintenant que les dents molaires (lesquelles décident toujours par leur forme du régime de

l'annmal) soient faibles et hérissées de pointes coniques, et vous aurez la famille des insectivores : supposez ces mêmes molaires devenues plus fortes et hérissées, au lieu de simples pointes coniques, de parties plus ou moins tranchantes, et vous aurez la famille des carnivores; et, dans cette famille des carnivores, selon que les molaires seront ou enhièrement tranchantes, où plus ou moins mêlées de parties à tubercules mousses, Vous aurez ou le yenre des ours, dont presque toutes les dents sont luberculeuses; ou celui des chiens, qui n'ont plus que deux tuberculeuses; ou celui des chats, eté., qui n'ont plus de fuberculeuses du tout, qui n'ont plus que des dents tranchantes, qui sont exclusivement carnivores par conséquent, tandis que les chiens peuvent mêler encore quelques végétaux à leur régime, et que les ours peuvent se nourrir entièrement de végélaux; car (et c'est ici l'un de ces rapports nécessaires entre les organes, rapports sur lesquels je reviendrai bientôt) on peut presque calculer la proportion du régime de ces animaux, c'est-à-dire les proportions mêmes de leur canal alimentaire, d'après l'étendue de Îa surface tuberculeuse de leurs dents, comparée à la partie tranchante.

Ce que je viens de dire des familles, des tribus, des genres que j'ai pris pour exemples, Je pourrais le dire de toutes les autres familles, de loutes les autres tribus, de tous les autres genres: et l'on voit dès lors comment la seule place d'un être dans l'un de ces groupes nous apprend, aussi exactement que la description la plus détaillée, tout ce qui se rapporte à l'organisation de cet être, ou au degré d’organisation qui correspond au groupe où il est placé.

Qu'on me dise d'un être, par exemple, qu'il est placé dans le genre chat, et j'en conclurai aussitôt non-seulement qu'il à toutes ses molaires tranchantes, comme chat, mais encore qu'il a les frois sortes de dents, les doigts mobiles, elc., comme carnassier ; mais qu'il a une circulation double etune respiration complète, comme mammifère ; mais quil a une moelle épinière, un canal composé de vertèbres, cinq sens, elc., comme vertébré. Je connaïtrai donc tout l'ensemble de son organisation par sa seule place ; et ce qui me restera à en cire se réduira nécessairement à quelques mots, à l'indication de ses caractères propres ou spécifiques.

Or, comme le nombre des êtres connus est immense, et que, tout immense qu'il est, il ne peut manquer de s’accroitre beaucoup encore, on sent tout l'avantage de pouvoir substituer ainsi quelques mots à une description complète ; de n'avoir à dire de chaque espèce que ce qui lui est propre : de pouvoir suppléer, par sa seule place, à tout ce qu'elle a de commun avec tout le reste du règne ; mais on sent aussi que, pour que la méthode offre cet avantage, 11 faut, et que tous ses groupes soient rigoureusement subordonnés entre eux, el que chacun d'eux ne comprenne que des êtres de même structure.

Des groupes bien faits permettent seuls des propositions générales. Sans propositions générales, 1 n'va pas de méthode; sans méthode, il nya pas de brièveté, mérite suprême de toute science où le nombre des faits est immense, comme dans toute branche de l'histoire des êtres de Ja nature.

Un genre, une famille, un ordre, mal faits, s'opposent à toute proposition générale relative à ce genre, à cette famille, à cet ordre. Ainsi, en placant la sirène et l'anguille dans le même genre.

CLASSIFICATION DURÉÈGNE ANIMAL. 55

Gmelin avait rendu impossible de dire rien de séncral sur ce genre; en plaçant la seiche et le polype d’eau douce dans le même ordre, 11 avait rendu impossible de dire rien de général sur cel ordre; et, en plaçant les mollusques, les vers, les zouphytes dans la même classe, Linnæus avail rendu toute proposition générale, relative à cette classe, impossible, etc.

Des groupes bien faits permettent donc de dire, en une seule fois, pour toutes les espèces qu'ils contiennent, ce qu'il aurait fallu, sans cela, répéter autant de fois qu'il y aurait eu d'espèces demeurées éparses et détachées. Mais, au milieu de tous ces groupes, et sous le pont de vue qui m'occupe ici, les genres ont une importance qui leur est propre. C'est qu'étant le premier rapprochement des espèces, tout le reste de l’échafaudage est, pour ainsi dire, fondé sur eux; et qu'il suffirait d'un genre mal fait pour rompre l'unité d'une famille, d'un ordre, d'une elasse entière.

D'ailleurs, étant plus près des espèces, plus ils n'en rapprocheront que de conformes entre elles, moins 1l restera à dire pour chacune d'elles ; et c'est ici que se voient bien et tout l'inconvénient de ces grands genres, où, naguère encore, on en-

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tassait tant d'espèces si disparates, et tout l’avantage de couper ces genres par des sous-genres: arlfice heureux qui prévient la confusion, en rapprochant d'une manière plus étroite les espèces qui ont entre elles des ressemblances plus particulières ou plus intimes.

Aussi, grâce à cet art de ne former ses genres que d'espèces à organisations parfaitement conformes : grâce à cet autre art de couper les genres trop vastes par des sous-genres qui, plus rapprochés encore des espèces, en marquent mieux aussi tous les degrés de ressemblance ; grâce à cet art, enfin, de procéder par des généralités graduées, de régler le développement de chaque proposition sur son importance, de ne jamais répéter pour une espèce ce que lon peut dire pour tout un genre, ni pour un genre ce que l'on peut dire pour tout un ordre, etc., l'auteur est-il parvenu à resserrer dans un court espace une malière qui, sans tous ces moyens d'abréviation, aurait pu remplir bien des volumes.

Mais tout ce travail des genres, des sous-yenres, ete., que l’on vient de voir, suppose un autre travail non moins considérable, je veux dire l'éta-

blissement positif des espèces: dernier pomt sur lequel le règne animal n'offrait pas moins de confusion que sur tous les autres.

il ne suffisait done pas d'avoir refait ou créé presque toutes les divisions de ce règne; 1l'fallait encore revoir toutes les espèces, les revoir une à une, et revoir jusqu à leurs synonymes, car tantôt plusieurs se trouvaient confondues sous le même nom, tantôt, au contraire, une seule comptait pour plusieurs sous différents noms; et cette critique de ant de noms, imposés à tort ou à raison à un si grand nombre d'espèces, n’est assurément m1 la partie de l'ouvrage qui à dû offrir le moins de difficultés à l’auteur, n1 celle qui aura sauvé le moins d'embarras à ses successeurs. Il suffit, en effet, de jeter les veux sur les écrits d'histoire naturelle qui ont paru depuis la première édition du Règne animal pour voir combien ce travail de synonvmes, dont je parle 1c1, et cel art d'établir des divisions dans les grands genres, dont je parlais tout à l'heure, ont déjà porté d'heureux fruits.

J'ai dit, à propos des embranchements, et jai répété, à propos des classes, que chacun de ces

nd

ob ZOOLOGIE.

yroupes est nettement circonserit et clos : on peut en dire autant de lous les autres groupes de tous les degrés.

Linnæus à dit que la nature ne fait pas de sauts. el Bonnet que l'échelle des êtres ne forme qu'une seule ligne continue. Le contre-pied de ces deux propositions serait beaucoup plus exact.

La vérité est que les différents groupes sont séparés entre eux par des intervalles plus ou moins marqués, plus ou mois profonds: et 1l y a même, dans Forganisation des animaux, une raison évidente de tous ces intervalles."

L'organisation d'un animal n'est, en effet, qu'une certaine combinaison d'organes : mais loutes les combinaisons d'organes ne sont pas possibles. Par exemple, un estomac de carnivore suppose nécessairement des dents tranchantes pour dépecer une proie, des doigts mobiles pour la saisir, ete.; par Ja même raison, les animaux à sabot sont ous de nécessité herbivores, parce que leurs pieds sans doigts mobiles ne leur permettraient pas de saisir une proie vivante, parce que leurs molaires à couronne plate ne leur permettraient pas de la dépecer, etc.

H v a done une harmonie nécessaire qui règle

la combinaison des organes; il y a de ces organes qui s'excluent ; il y en à qui se nécessitent ; encore une fois, toutes leurs combinaisons ne sont donc pas possibles; et, de cela seul que toutes les combinaisons d'organes ne sont pas possibles, 1l suit nécessarement qu'il doit y avoir de certaines lacunes, de certains vides, de certains hiatus, entre les combinaisons possibles et les combinaisons impossibles, ou entre les différents groupes, entre les différents êtres; et que ces hiatus sont déterminés par les lois ou conditions d'existence de ces êtres mêmes.

La première édition du Règne animal (laquelle succédait au Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux”, ouvrage où se trouvent déjà presque tous les premiers germes des idées développées plus tard dans les deux éditions du Règne animal) n'avait que quatre volumes ; là seconde en à einq. Le premier contient les mammifères et les oiseaux ; le second contient les reptiles et les poissons; le troisième les mollusques, les annélides, les xoophytes ; et les deux autres, les crustacés, les arachnides et les insectes.

Publié en l'an VE Vovez, ci-devant, la note de la page 18.

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